06 juillet 2008
La RATA 2008: jusqu'au bout quoi qu'il arrive.
7 juillet 2006, descente du Mortirolo, virage à droite, route humide, perte d'adhérence de la roue arrière, gamelle, complètement déboussolé je laisse filer Wolfgang Fashing et René Fisher. Ma RATA 2006 se terminera quelques heures plus tard sous le sinistre tunnel de Davos.
22 juin 2007, descente d'Aprica sur Tresenda, virage à droite, route humide, manque de pression ou alors flaque de gas-oil, glissade et re-gamelle, effondré je laisse filer Strasser, Ratschob, et Preihs. La RATA n'aura pas raison de moi ce coup-ci, j'irai jusqu'au bout voir les éoliennes du Reschen après 25h15 de vélo.
20 juin 2008, descente d'Aprica sur San Giacomo, lacet à droite, route sèche, 9 bar de pression dans les boyaux, revêtement hasardeux, la roue avant se dérobe sur un décrochement du bitume , re-re-gamellere-re-gamelle. Mes deux compagnons de route, Carlos Costa et Dieter Kleiser, m'attendent. La bataille pour atteindre les éoliennes du Reschen s'annonce une nouvelle fois épique.
Plusieurs hypothèses sont possibles:
- je n'aime pas les virages à droite.
- je n'aime pas la RATA.
- je n'aime pas le secteur d'Aprica.
- je me vautre systématiquement quand j'ai un cuissard Assos tout neuf.
Impossible de refaire le scénario de cette RATA 2008, toujours est-il que c'est avec une belle pizza sur la fesse et complètement scotché que j'ai dû gravir le Mortirolo, laissant s'envoler toute chance de classement honorable. Je me pose encore la question de l'origine de cette chute: manque de lucidité, manque de concentration?
La principale inconnue de cette RATA 2008 reposait sur mes capacités de récupération après les
Laure est encore sur la brèche pour diriger cette troisième assistance en moins de deux mois, et il en faut de l'énergie pour faire avancer un ultra fatigué sur la RATA, d'autant plus que la semaine suivante elle sera au départ du Défi des Fondus de l'Ubaye pour l'enchaînement des 7 cols (
Depuis le Glockner, Bertrand a traversé la Slovénie sous la neige, contemplé les Dolomites dans les nuages et sous la pluie, joué au funambule dans le Monte Zoncolan, avant de nous rejoindre à Nauders. Enchaîner Glockner Man/RATA dans une assistance représente un challenge comparable à celui du cycliste: 67 heures au total dans le C8 pour 1 550 km et près de 30 000 m de dénivelée. Il faut une certaine dose de patience pour passer autant d'heures à faible allure en tendant des parts de cake et de flan pâtissier par la fenêtre!
"Je serais à Nauders le 19 juin!"
C'est le SMS reçu un soir d'orage dans un bungalow sinistre à Villars, la veille de
Stelvio, Gavia, Aprica, Mortirolo, Aprica, Bernina, Albula, Fluela, Ofen, Umbrail, Stelvio, Reschen,
Un bon départ.
Tout a débuté comme dans un rêve avec un enchaînement Stelvio, Gavia, Aprica dans des temps de passage pouvant me laisser espérer taquiner les 23h25 réalisées en 2005. Sans être extraordinaires, les jambes répondent de manière satisfaisante aux sollicitations imposées par la course. Dans la logique des choses, Vandelli, Wyss, Lindner, Fischer et ZorweigZorweig ont pris la poudre d'escampette dans un Stelvio abordé à vive allure sous un soleil généreux. Dans ce contexte relevé, basculer au Stelvio en 6e position constitue une énorme satisfaction.
Une descente prudente du Stelvio permet le retour de Dieter Kleiser, monument du cyclosport de la fin des années 90 (vainqueur de l'Ardéchoise,
La descente du Gavia a été en partie refaite, Costa est un excellent descendeur et effectue une démonstration de ce qui se fait de mieux dans le genre. Dieter, également très bon descendeur, ne se risque même pas à prendre le sillage de l'Italien. Le retour dans la vallée est perturbé par de puissants courants thermiques défavorables, Costa joue la prudence et nous attend pour négocier la transition jusqu'à Aprica. La chaleur se fait pénible dans la longue montée sur Aprica, 30° au thermomètre d'Edolo, je découvre la RATA sous un visage que je ne lui connaissais pas. L'assistance de Costa se révèle encore plus lourde que la chaleur, entre les manifestations dopées aux hormones masculines exprimées à la gente féminine au bord de la route et les posters de Playboy tendus par la fenêtre pour motiver leur poulain, c'est la totale. Faire cohabiter les cyclistes et un zest de bon goût n'est pas chose aisée, n'oublions pas, nous sommes là pour pédaler comme des bourrins!
Un air de déjà vu.
Le briefing de la veille et le Road Book ont été très clairs sur ce point, la descente sur Tresenda est fermée pour cause de travaux, nous devons emprunter une déviation par une petite route scabreuse pour rejoindre la vallée via San Giacomo. Ce détour alourdi le parcours d'une quinzaine de kilomètre et d'une centaine de mètres de dénivelée. Sur une épreuve de plus de
Kleiser et Costa m'ont attendu, je me relève rapidement, inspecte le vélo, tout fonctionne bien, le Road Burner est costaud. Le bonhomme est râpé au coude et la fesse brûle, après quelques mouvements je ne décèle rien de sérieux qui pourrait m'autoriser à arrêter là. Le spectre des DNF (Did Not Finished) me traverse l'esprit, je dois repartir immédiatement pour ne pas gamberger. Mon assistance ne m'a pas vu chuter, cela évitera de s'appesantir sur cet épisode.
La RATA reprend son cours. La seule véritable portion de vallée entre San Giacomo, Tirano et le pied du Mortirolo est négociée à trois, agressés par des automobilistes italiens trop pressés. Mes compagnons de route me demandent régulièrement si je vais bien.
"Ça va ! Merci !"
La réalité est autre, mes jambes me renvoient une sensation qu'il est inutile de décoder, je vais souffrir dans le Mortirolo. Le retour rassurant de mon assistance n'y changera rien. Pas un mot sur la chute, on en parlera plus tard!
Lutter contre la pente.
Je sais maintenant gérer les instants de vide total, quand la machine humaine se met au mode ralenti. Je m'enferme dans ma bulle intime, imperméable à l'environnement extérieur, concentré sur l'essentiel: atteindre le sommet de ce fichu Mortirolo dont la pente ne cesse de se redresser. Le 30/23 est en action, développement qui ferait sourire le premier cyclosportif venu, le Mortirolo avec
"Tiens avale ça!"
Laure est descendue du C8 pour courir à côté de moi et me tendre un bidon. Cela doit être le Red Bull acheté à la supérette en arrivant à Nauders, le verdict est clair: c'est dégueulasse. J'enchaîne avec du coca pur, mais rien n'y fait, je suis scotché et j'ai gagné des ballonnements à l'estomac.
Le dossard 43 est en point de mire, il est littéralement en équilibre sur les pédales. C'est cruel mais la vision d'un concurrent encore plus cuit que soit possède toujours un effet euphorisant. Il y a néanmoins un bug: je me souviens parfaitement avoir lâché le dossard 43 dans la première ascension du Stelvio, si je le double c'est qu'il a abordé le Mortirolo devant moi, j'ai dû rater un épisode! Pour l'instant je suis trop occupé à lutter contre la pesanteur pour me triturer les neurones avec ce détail.
Dans une belle lumière de fin de journée estivale le Mortirolo est enfin vaincu. L'écart avec Dieter n'est pas conséquent, il est afféré à se ravitailler auprès de son véhicule, nous allons pouvoir basculer ensemble. Costa nous a collé 10mn dans cette seule ascension!
Après une descente prudente, la suite du parcours est parfaitement connue. Aprica est escaladée dans une agréable douceur, la nuit s'installe progressivement sur la RATA avec son lot d'incertitudes, inquiétante et excitante.
"J’ai eu l’organisation au téléphone, dans la descente d'Aprica vous prenez tout droit, vous n'empruntez plus la déviation, les travaux sont terminés!" Ces quelques explications de Jean-Charles sont accueillies avec plaisir, je n’avais aucune envie de repasser sur le lieu de mes exploits acrobatiques de tout à l’heure. Je comprends instantanément que le dossard 43 rattrapé dans le Mortirolo n’a pas du prendre la déviation de San Giacomo. La situation est confuse dans ma tête, qui a fait quoi ? Ce qui est certain pour l’instant c’est que la RATA continue avec pour prochain objectif le franchissement de
Des hauts et des bas.
Avec ses
Depuis mes débuts sur les épreuves longues distances, j’ai appris à apprécier la nuit. Parmi les petits plaisirs nocturnes, j’aime observer mon ombre gesticulant au rythme de la cadence de pédalage dans les phares du véhicule. Je m’adonne à ce petit jeu isolé dans mon cercle restreint de lumière, mais il y a comme un bug, je suis suivi par une autre ombre. Philippe Balland, le deuxième français engagé sur la RATA cette année, vient de faire la jonction avec moi. Il a basculé directement au sommet de
« Je dois m’arrêter pour me couvrir, j’ai froid. » me dit Philippe.
« A plus tard ! » Je sais pertinemment que Philippe ne mettra pas longtemps pour me revoir.
Une nouvelle expérience m’attend du côté de Samedan. Alors que je viens de rattraper Dieter je suis pris d’un violent hoquet impossible à contrôler. Je veux prendre des relais mais dès que je produis un effort plus soutenu un « hic ! » bruyant et douloureux me rappelle à l’ordre. Dieter roule comme un automate alors que je me bas avec mon hoquet. Je ne sais plus quoi faire : boire, me boucher le nez, bloquer ma respiration, il n'y a personne pour me faire peur ? Hic, toutes les vieilles techniques y passent, hic, nous arrivons à
« Tu veux un morceau de fromage ? Il vient du Jura. »
« Non merci ! » J’ai tellement le ventre en vrac que je n’ose pas accepter, pourtant un peu de fromage qui pue m’aurait fait le plus grand bien.
Gérer col après col.
« Davos c’est vraiment un sale coin ! »
C’est tout ce que j’ai trouvé à dire à l'aube, avachi sous un abris bus, avalant un bol de gâteau de riz avec l’espoir de ne pas déclencher une autre crise de hoquet. La RATA c’est galère, mais avec le hoquet c’est encore pire ! Je me suis littéralement traîné pour monter les longs faux plats jusqu’à Davos avec pour unique satisfaction d’être ressorti de ce tunnel sinistre où j’avais abandonné en 2006. Philippe a pris le large, son aventure alpestre continue brillamment. Laure, Jean-Charles et Bertrand semblent avoir encore le moral alors que je suis au fond du trou, les pensées négatives m’assaillent.
« Je suis en train de me dépouiller pour faire un truc minable ! »
Je ressens l’envie de fermer les yeux. Laure me secoue car les minutes défilent avec ce nouvel arrêt, je dois absolument relancer la machine. Pendant ce temps Jochen Lehmann est passé, j’ai encore perdu une place, mais je m’en contrefiche. Le défi ne consiste plus à me battre pour une place mais bien de terminer cette fichue RATA 15 jours après le Glockner Man. Il ne reste que
6h30, le soleil se lève sur les hauteurs de
« Respire. »
« Au prochain replat, tu t’assois sur ta selle et tu bois. »
« Mange. »
« Tiens, c’est de l’eau pure. Le "docteur" François a dit que tu dois boire de l’eau pure pour purger les toxines de ton corps ! »
Un demi bidon d'eau plus tard, mon corps semble avoir trouvé un mode de fonctionnement plus efficace, j’ai l’impression de revivre.
L’Ofen est une formalité à franchir qui fait mal aux jambes, un col idiot qui redescend bêtement durant
Remonter à
10h08, trois coureurs professionnels de l’équipe Lotto descendent l’Umbrail plein pot suivis de près par leur directeur sportif. Cadel Evans en stage d’entraînement haute montagne ?
10h23, l’Umbrail est atteint sous un soleil généreux. Je prends le temps d’avaler du cake ultra avant de m’attaquer aux trois deniers kilomètres du versant ouest du Stelvio.
10h39, les 10 derniers lacets ont été négociés correctement au milieu des hordes de motards. J’enfile immédiatement un coupe vent pour basculer rapidement, la partie est presque gagnée.
Dernière ligne droite.
Ce col est sans contestation le plus désagréable de la RATA, pourtant il possède une valeur symbolique car il débouche sur les fameuses éoliennes du Lac du Reschen.
« Quand tu atteindras les éoliennes ça sera fini ! » Dominique me l’avait bien dit en 2005.
Cette année, la quête des éoliennes a débuté 15 jours plus tôt au départ de Graz. L’émotion ressentie à cet instant est proportionnelle au chemin parcouru pour s’offrir ce trip montagnard. Fidèle à mon habitude je me réfugie dans la retenue pour vivre les derniers kilomètres de cette RATA le long du lac du Reschen, j’hésite entre lâcher une petite larme ou un sourire. Dans la dernière descente sur Nauders le sourire l’emporte enfin.
Je termine à la 10e place en 25 heures et 6 minutes, c’est mieux que l’an dernier compte tenu de la demie heure supplémentaire nécessaire pour parcourir la déviation. Difficile de ne pas nourrir quelques regrets concernant ma prestation, même si le sentiment dominant reste la satisfaction d’être allé au bout de cet enchaînement délirant que je m’étais fixé cet hiver.
En dehors de ma chute, cette déviation aura causé de gros soucis à l’organisateur. Jean-Charles m’explique que au premier passage à Aprica, seuls les dix premiers concurrents sont passé par San Giacomo, le reste de la troupe ayant emprunté l’itinéraire normal en toute bonne fois suite à la levée inattendue des travaux. Après analyse et consultation avec le directeur de course, cette péripétie n’aura pas eu d’influences sur le classement final.
Conquérant de rien du tout.
Plongés dans une réalité recomposée où les repères dans le temps et l'espace ont volé en éclat, mon corps et mon esprit doivent reprendre contact avec le quotidien, retrouver un mode de fonctionnement basé sur autre chose que la ration énergétique et le bidon que je dois avaler toutes les heures pour continuer à avancer. Si la pratique de la longue distance contribue à marginaliser ses adeptes, elle procure un état de sérénité incomparable. Après 1 550 km et près de 30 000 m de dénivelée effectués en deux étapes espacées de 15 jours, une de 42 heures et une de 25 heures, soit l'équivalent d'un Bordeaux Paris enchaîné avec 5 Marmottes, je me sens bien et heureux. Cette démarche peut paraître incompréhensible et totalement inutile, elle participe à la production d'un univers intime et personnel chargé de sens dans lequel je me reconnais.
Alors merci à mon entourage proche qui me supporte dans mes délires, mes parents, Gisèle, Bertrand, Jean-Charles, Dominique qui m'ont accompagné un jour ou l'autre dans une assistance depuis mes débuts sur la longue distance, François Kérautret qui se décarcasse pour que je puisse disposer d'un matériel top niveau pour effectuer ces challenges. Quel privilège de rouler sur ces épreuves sur un prototype comme le Road Burner. Expérimenter et sortir des sentiers battus en se fichant du qu'en dira t'on, telle est la philosophie de FK, j'adhère à 100% à cette devise et réalise ma chance à chaque fois que j'enfourche une création de François. J'aurai aimé être plus performant cette année pour récompenser le travail de François, ma forme physique a été ce qu'elle a été, mais je retiens avant tout la possibilité d'avoir pu exploiter mon potentiel du moment dans les meilleures conditions pour aller au bout de ce que je m'étais fixé.
La pratique sportive peut s'effectuer au travers d'un premier filtre basé sur la performance, et d'un second filtre centré sur la recherche d'une expérience vécue. L'aller-retour entre ces deux visions de l'effort sportif constitue une des grandes richesse de l'ultra. Il reste encore une formalité à accomplir dans les Vosges le week-end du 12-13 jullet, en attendant je renouvelle mes remerciements pour toutes les pensées positives et encouragements qui m'ont accompagnées durant ce périple.
Texte: Rataman.
Photos: Laure.
24 juin 2008
Premières réactions post RATA 2008.
Cet hiver lorsque j'avais coché sur le calendrier l'enchaînement Glockner Man/RATA, j'étais loin de m'imaginer de la difficulté du défi. A peine rentré de Graz il fallait déjà penser RATA. Confronté à la problématique du temps disponible pour remettre l'ensemble de la logistique en état tout en ayant repris le travail à la mairie, mon corps fatigué me réclamait du repos par le biais de multiples douleurs que je n'avais encore jamais ressenties jusque là. Seulement 10 jours pour digérer le Glockner et toutes les émotions emmagasinées dans les brumes du Hochtor c'est court. Les chances d'être performant sur la RATA étaient réduites, cependant ce défi légèrement déraisonnable me tenait à cœur. L'excitation procurée par la réalisation de quelque chose de peu banal est décuplée quand les chances de se planter sont grandes.
La RATA 2008 est passée, le gâteau du lundi matin avalé, et j'ai comme l'impression qu'un ouragan vient de me passer dessus. Cette sensation de calme après la tempête est sidérante. Je suis serein, fatigué, un peu désabusé par le scénario de cette dernière étape autrichienne. Il était écrit quelque part que je devais me vautrer une troisième fois dans le secteur d'Aprica, je n'en reviens toujours pas. Après un bon départ, une chute sans gravité dans la descente sur San Giacomo, emprunté suite à une déviation mise en place pour cause de travaux sur la route de Tresenda, m'a rappelé la dure réalité de la RATA. Etre finisher ça se mérite!
Je boucle pour la troisième fois ce parcours dantesque de plus de 13 000m de dénivelée à la 10e place, dans un temps de 25h06, soit légèrement mieux qu'en 2007 malgré les 15 kms supplémentaires de la déviation. Cependant je reste encore loin de mon temps réalisé en 2005 en 23h28. Avec le Glockner dans les jambes, le défi ne se situait plus sur ces aspects chronométriques. Demeure la satisfaction que sur l'ensemble des candidats engagés sur les deux épreuves, seul deux concurrents sont allé au bout: Daniel Wyss et moi-même! La 8e édition de la RATA a été remportée par Maurizio Vandelli en 22h11, vainqueur du tour d'Autriche professionnel en 1999 et de la RATA en 2003 (record de l'épreuve), suivi par l'extra-terrestre Hienz Zorweig à seulement 9mn, Daniel Wyss complète le podium. Paul Lindner, double vainqueur de la RATA termine 4e. L'italien Carlos Costa avec qui j'étais au pied du Mortirolo accroche une belle 5e place, alors que Fisher, le vainqueur sortant termine 6e.
Un deuxième français était engagé sur la RATA 2008. Je tiens à tirer un grand coup de chapeau à Philippe Balland qui a terminé cette épreuve en 7e position avec beaucoup de modestie et en toute discrétion. J'ai beaucoup apprécié son état d'esprit. Issu d'une grande famille de fondeurs de niveau international, ancien membre de l'équipe de France en ski alpin, Philippe a négocié la RATA avec brio, prouvant encore une fois que le sport doit être décomplexé et spontané.
A Bientôt pour le récit et les photos.
15 janvier 2008
Les cols de la Rata : le Reschen Pass pour conclure.

RATA 2007: les derniers efforts.
Disons le clairement, le Reschen pass est un col à fuir pour les cyclistes. Il a réellement de quoi déplaire : une forte circulation automobile et des longues lignes droites exposées au vent. A 1508m d’altitude, il met en relation le Haut Adige italien et le Tyrol autrichien. Cet axe de circulation transfrontalier facilement praticable attire ainsi un trafic conséquent. Le cycliste trouve difficilement sa place dans un tel contexte.

Le Reschen permet de passer la frontière autrichienne.

Le dernier col: 10km entre 5 et 6% et 13km au paradis en longeant le
lac de Resia.
Paradoxalement, pour les finishers de la Rata, le Reschen pass est un instant privilégié qui se savoure précieusement. Imaginez ce que l’on peut ressentir après 24 heures d’efforts sur un parcours délirant. L'esprit d'un cycliste endurant possède cette faculté étonnante d’occulter soudainement toutes les petites galères qu’il a du endurer pour arriver à son but. Seul demeure ce message transmis par des neurones embrouillés : « c’est gagné, profite de l’instant présent ! ». Depuis l’Italie, le Reschen n’est pas un col anodin, il représente tout de même 10km d’ascension avec des pentes entre 5 et 6%. Avec 13 000 m de dénivelée dans les jambes, on peut dire que la socquette est légèrement plombée, et pourtant on se surprend à retrouver un regain d’énergie. La proximité de l’arrivée est un excellent stimulant. La route du Reschen décrit de larges lacets qui suivant la direction du vent se montrent plus ou moins pénibles. Le regard porte loin devant avec en point de mire les éoliennes aperçues la veille qui indiquent le sommet du col. Les éoliennes du Reschen marquent la fin des difficultés de la RATA, comme le symbole d’une victoire sur soi même. Quelque soit le résultat, on ne peut pas rester insensible à cet instant, quand il ne reste plus qu’à longer le superbe Lac de Resia, 13km au paradis, et se laisser glisser sur Nauders. 5km, 4km, 3km, 2km, 1km… Finish … Il faut réintégrer la réalité.

Le lac de Resia.

L'église engloutie du Reschen, on est content de la revoir après 540km.
Nauders!
Stelvio, Gavia, Aprica, Mortirolo, Aprica, Bernina, Albula, Fluela, Ofen, Umbrail, Stelvio, Reschen… Voilà c’est fait, 540km et 13 700m de dénivelée plus tard. Autant de cols escaladés que d’histoires à raconter, une tonne de souvenirs qui referont surface au cours des longues soirées d’hiver.
Rendez-vous les 20 et 21 juin 2008 pour la suite.
11 janvier 2008
les cols de la RATA: l'Umbrail Pass, sublime et redoutable.

Décor magique, route d'une autre époque dans l'Umbrail.
Toutes les épreuves à fort caractère traversent des lieux symboliques qui progressivement se chargent de sens en fonction des expériences vécues par chacun. Ces lieux nourissent l'imaginaire des cyclistes et finissent parfois par être qualifiés de mythiques. Demandez aux participants de la Marmotte de vous parler de la montée de l'Alpe et il en ressortira souvent un récit teinté d'émotions et de sensations diverses. Les meilleurs souvenirs se forgent dans la difficulté.

Un vallon boisé, une route en gravillons.
L'Umbrail est à l'échelle de la RATA le col où tout peut arriver. Dans un décor sublime, ce dernier morceau de bravoure met chaque concurrent face à la réalité de ses possibilités, à ce stade il n'est plus possible de bluffer. Après 20h d'efforts, on pourrait penser que le classement est bien établi, et pourtant on assiste chaque année à un surprenant jeu des chaises musicales pour les premières places à l'arrivée, le podium final n'est connu qu'au sommet de cette dernière difficulté.

L'Umbrail Pass est en réalité le versant Nord du Stelvio.

Un profil redoutable pour les organismes fatigués.
Santa Maria, au pied de l'Umbrail Pass.
L'Umbrail Pass constitue en réalité le versant Nord du Stelvio. Au départ de Santa Maria, ce col est particulièrement redoutable, surtout pour des organismes légèrement entamés ! En 13 km le cycliste va devoir se hisser de l'altitude 1375m à l'altitude 2501m, soit une pente moyenne de 8,6 %, avec un passage à 14% dès le début de l'ascension. La route empruntée tranche radicalement avec les grands boulevards montagnards caractéristiques de la Flüela et de l'Ofen. Le bel asphalte s'est transformé soudainement en un étroit ruban de bitume où une succession de lacets part à l’assaut d’un versant forestier abrupte. Le paysage est magique, passant d’une forêt dense à un petit vallon encaissé pour finir par des prairies d’altitude dominées par de hauts sommets, le plaisir visuel est constant. Cet ensemble dégage une impression d’immensité qui rend la difficulté de l’effort presque supportable. Une moitié de notre esprit se dit « que c’est beau », alors que l’autre moitié se trouve confrontée à la dure réalité de la pesanteur et de l’acide lactique. Instants inoubliables et pourtant si dur, l’Umbrail synthétise à lui tout seul toute la complexité des sensations recherchées par un cycliste amoureux des efforts de longue durée. Par moments le bitume disparaît pour laisser la place à un revêtement approximatif composé de terre battue et de gravillons, tout est fait ici pour nous replonger dans une époque oubliée où l’on appelait encore les cyclistes « les forçats de la route ».


Rata 2007: après la chute d'Aprica, la déroute du Mortirolo, l'orage et les doutes de la nuit,
je retrouve des forces dans l'Umbrail.

La RATA se gagne d’abord dans la tête, une bonne dose de patience est nécessaire pour atteindre le sommet de l’Umbrail où un poste de frontière abandonné nous indique que nous quittons la Suisse pour repasser en Italie. L’effort n’est pas terminé, après une descente de quelques hectomètres, il faudra mobiliser encore quelques forces pour franchir les trois derniers kilomètres qui vont permettre d’atteindre pour la seconde fois en 24 heures le sommet du Roi Stelvio à 2757m. Le décor est presque familier, les images de la veille étant encore fraîches dans les esprits, le cycliste pédale tel un automate à l’assaut de cette dizaine de lacets qui le sépare du sommet, plongé dans une quête totalement inutile mais fascinante Au milieu des touristes matinaux, on reconnaît aisément les coureurs de la RATA à leur démarche titubante, au regard vague mais éclairé par cette petite lueur qui signifie : « c’est presque gagné ! ». L’effort, l’altitude, la vision des sommets enneigés du massif de l’Ortles se conjuguent pour brouiller les esprits, et pourtant il faut rester lucide pour négocier la descente vertigineuse sur Prad et ses 50 lacets. Il reste encore une modeste difficulté à franchir avant de s’offrir la marche triomphale sur Nauders.

La RATA, un effort inutile mais passionant.

Le Roi Stelvio pour la 2e fois en 24 heures.

Vue plongeante sur le vallon de l'Umbrail.

Dernières longueurs vers le sommet du Stelvio.
08 janvier 2008
Les cols de la RATA: le modeste Ofenpass.

RATA 2005: retrouver le soleil au petit matin dans l'Ofenpass (2149m).
L'Ofenpass ou Pass dal Fuorn, à 2149 mètres d'altitude, peut être qualifié de col de transition. Il s'agit d'une voie royale traversant le magnifique parc national suisse dans le canton des Grisons. Au départ de Zernez, l'Ofenpass est roulant, 700m de dénivelée pour 21km, malheureusement ces chiffres masquent une descente de 5 ou 6 km en cours d'ascension qui casse le rythme et qui rend la pente moyenne réelle plus sévère. La route est large avec un revêtement de très bonne qualité. Son tracé est relativement rectiligne, le long d'une vallée encaissée où certaines perspectives donnent un aperçu du cadre montagnard environnant.

9e ascension de la RATA: l'Ofenpass est abordé par son versant ouest,
depuis Zernez .

l'Ofenpass, un profil casse pattes!
Avec l'Ofenpass, on entre de plein pied dans le deuxième jour de la RATA. Les premiers rayons du soleil, s'il y en a, font leur apparition au détour des virages de l'Ofen. La barrière psychologique des 10 000m de dénivelée a été franchie, les esprits pensent déjà à Nauders. Il faut bien gérer cette ascension, ne pas négliger son alimentation, ne pas se laisser gagner par le froid vif du matin dans la descente rapide sur Santa Maria Val Mustaïr. Le parcours réserve encore un gros morceau. Les places à l'arrivée ne sont pas encore acquises.

RATA 2005: l'Ofen en compagnie de Gernot Turnovsky.


l'Ofenpass traverse la parc national suisse.



L'Ofenpass, une voie royale au coeur des montagnes.
27 décembre 2007
Les cols de la RATA : l’aube de la Flüela

RATA 2007: la Flüela au petit jour.
Davos, une grosse station-village au fond d’une vallée suisse dont l’architecture trahit un niveau de vie inhabituel à 1500m d’altitude. Tout indique ici que l’on a parfaitement su faire des affaires. Davos est réputé et reconnu pour accueillir chaque année en janvier depuis 2000 le World Economic Forum (WEF), genre d’immense rave party regroupant les acteurs économiques les plus puissants de la planète. Lors du WEF les contrats juteux se signent aussi facilement que l’on achète son pain ! Davos, symbole du libéralisme économique mondial triomphant, est avant tout le point de départ du versant ouest du Flüela Pass ! Nous donnons un sens aux lieux en fonction de nos centres d’intérêts.

L'ascension débute bien avant Davos.
Pour les concurrents de la RATA qui auront réussi à négocier les pièges de la descente nocturne de l’Albula, sûrement le secteur le plus éprouvant de l’épreuve, l'ascension débute en réalité bien avant Davos. C’est avant de rentrer dans la localité de Surava que l’itinéraire bifurque à droite toute pour emprunter la belle route qui relie Tiefencastel à Davos. Le ton est rapidement donné par une montée de 10km qui permet de passer de l’altitude 900m à l’altitude 1400m en traversant successivement Alvaneu, Schmitten et Wiesen. La pente est raisonnable, mais après la longue descente froide de l’Albula, la remise en route est toujours pénible. Après la localité de Wiesen une descente rapide de 2km offre la possibilité de souffler avant d’aborder l’interminable faux plat de 18km qui conduit à Davos. Cette portion est marquée par la traversée d’un tunnel sinistre d’environ 2 ou 3 km, il présente l’avantage de pouvoir rouler au sec durant quelques minutes quand les conditions sont mauvaises, et il fonctionne comme un réservoir d’air chaud bien appréciable quand la température extérieure est fraîche.

Le village de Wiesen, première étape dans la longue montée
vers Davos.

C'est parti pour 3km de tunnel!
La longue traversée de Davos est à prendre comme un instant de répit avant l’ascension proprement dite de la Flüela qui se profile à l’horizon. Suivant la rapidité du coureur, Davos coïncide avec les premières lueurs de l’aube, une étape important a été franchie sur la route qui conduit à la liste des finishers. Si rouler de nuit possède un certain charme, voir le jour se lever après avoir traversé la nuit est une expérience incomparable, d’autant plus si le cadre est montagnard. La Flüela est le col qui vous fait sortir de l’obscurité lors de la RATA, vous reprenez conscience de l’immensité du décor de cette course infernale. La fatigue est maintenant une donnée qu’il faut intégrer dans la gestion de l’effort, plus rien n’est simple, nos pensées se trouvent plongées dans une dimension où le temps n’existe plus.

Les 5 derniers kms de la Flüela...



... l'auberge du sommet, 2383m.
C’est lors d’une reconnaissance, quelques jours avant la RATA, que j’ai pu me rendre compte de la difficulté réelle de la Flüela. Dans un bon état de fraîcheur ce col se monte aisément. On peut distinguer une première portion de 7km à 6% de moyenne qui nous fait passer progressivement de la forêt à un décor de carte postale où l’on verrait bien Heidi gambader dans les champs. La deuxième portion est plus délicate avec 5km à 7,8% de moyenne. La largeur de la route ne permet pas d’évaluer la pente à sa juste valeur, d’où une sensation d’être planté. Sous l’effet conjugué de l’effort et du plaisir visuel offert par les derniers kilomètres de la Flüela, c’est avec un sentiment de respect que l’on atteint son sommet à 2383m. Un col de plus au compteur, un col de moins avant d’en finir avec la RATA, la flüela est vaincue, cependant il reste du chemin à parcourir.

RATA 2007: les derniers lacets sous le sommet de la Flüela.

18 décembre 2007
Les cols de la RATA: l'Albula, petit mais costaud.

les pentes faciles du sommet de l'Albula, quelques jours
avant la RATA 2007.
L'Albula pass, ce petit nom exotique cache en réalité un col âpre et sévère. En provenance de La Punt, bourgade discrète de la vallée de l'Engadine à proximité de la station "select" de St Moritz, l'Albula ne présente pas des statistiques effrayantes. Pour se hisser au sommet à l'altitude de 2312m, il faudra avaler 10km et 629m de dénivelée, des chiffres relativement modestes car l'altitude du point de départ est déjà élevée. Néanmoins les 6 premiers kms de l'Albula sont redoutables avec une pente moyenne qui affiche un honnête 9% et quelques portions à négocier à 10% et plus. Les 4 derniers km, présentant une pente tout à fait raisonnable, sont agréables à parcourir.

L'Albula se trouve à proximité de St Moritz.

le versant Est de l'Albula, emprûnté lors de la RATA, est
beaucoup plus court que le versant ouest.

Le profil du versant Est. Le col le plus court de la RATA.
Cette ascension s'effectue en pleine nuit et dans des conditions météo souvent difficiles. Le climat des Alpes orientales étant beaucoup plus vigoureux que celui des Alpes française, il faut garder à l'esprit que la température à 3 heures du matin à plus de 2000m d'altitude risque d'être fraîche, entre 0 et 5° au maximum, d'autant plus si le vent et le brouillard s'invitent à la fête.

Les prairies de l'Albula sont généreuses, normal
il y pleut souvent!
L'Albula est un col confidentiel, à part pour les coureurs du Tour de Suisse qui l'on franchi à plusieurs reprises ces dernières années. Il présente un caractère montagnard affirmé méritant toute l'attention du cycliste amoureux de grands espaces. C'est lors d'une reconnaissance, quelques jours avant la RATA en 2007, que nous avons pu appréhender dans toute son immensité ce cadre formidable où se bousculent une foison de sommets à plus de 3000m encore enneigés. Au cœur de la nuit de la RATA, ce spectacle se devine au hasard de quelques lueurs furtives entre deux nappes de brouillard.
A l’image du « Bernina Express », l’Albula possède également son spectacle ferroviaire. Le « Glacier Express », ce train qui relie Zermatt à St Moritz grâce à 291 ponts et 91 tunnels est en fait le train express le plus lent au monde, parfait symbole du tempérament Suisse. Il franchi l’Albula à 1800m par un tunnel long de 6km après avoir joué au chat et à la souris avec la route à grand renfort de ponts hélicoïdaux et autres viaducs.

Les forts pourcentages du début de l'Albula, en compagnie de Laure.

Après la forêt, la montagne reprend ses droits.
A ce stade de l’épreuve, l’effort commence à devenir difficile, le mental prend le relais du physique pour conserver une allure acceptable. Le cycliste progresse maintenant en se fixant des échéances à court terme, l’Albula est un cap psychologique important à franchir. Chaque année on assiste à des défaillances sévères dans ce col, voir à des abandons, d’autant plus que la descente qui suit est compliquée à gérer. Le bras de fer pour revoir Nauders atteint toute son intensité dans l’obscurité des routes Suisses.

Qui va gagner le GPM de l'Albula?

Début de la longue descente sur Filisur.

Le "Glacier Express" fait partie du décor de l'Albula.
16 décembre 2007
Les cols de la RATA : interminable Bernina.

La Bernina en début de saison (photo Wikipedia.org)
Il est dit que la Bernina est un col admirable, un superbe boulevard d’altitude comme les suisses savent si bien le faire, offrant une escapade au cœur du massif de la Bernina, point culminant des Alpes Orientales avec 4049m. La Bernina permet de relier la Valteline en Lombardie (italie) à la vallée de l’Engadin située dans le canton Suisse des Grisons. L’itinéraire au départ de Tirano bénéficie d’une renommée internationale grâce à des paysages où les glaciers occupent la première place. La Bernina est célèbre aussi pour son chemin de fer, le « Bernina Express », qui constitue un véritable défi ferroviaire avec le franchissement du col à 2330m et les nombreux ouvrages d’arts qui permettent d’atteindre cette altitude. Autant cette voie ferrée est une prouesse technologique, autant elle se révèle être un véritable traquenard pour le cycliste : le franchissement des rails à maintes reprises constitue autant de raisons de se vautrer.

Le versant sud de la Bernina permet de quitter la Lombardie pour rejoindre la Suisse.
Paradoxalement, la Bernina est peu connue du grand public consommateur d’exploits cyclistes. En effet, on ne trouve quasiment aucun récit de parties de manivelles légendaires entre champions sur les pentes de la Bernina, et pourtant le terrain à de quoi s’y prêter. La Bernina n’est pas rentrée dans la mémoire collective et dans l’imaginaire des cyclistes français et c’est bien dommage. Par sa difficulté ce col mérite toute notre attention, au même titre que les géants des Alpes françaises.

L'ascension de la Bernina s'effectue entièrement de nuit.
Lors de la RATA, la Bernina est franchie de nuit. Quel est l’intérêt, me demanderont certains, de faire un col de haute montagne de nuit ? La pratique du vélo de nuit est une expérience surprenante qui permet de découvrir une palette de sensations jusque là inconnues. La perception des distances et de la vitesse de déplacement est complètement bouleversée par l’obscurité. Le cycliste se retrouve plongé dans un univers calfeutré où son horizon se limite à la lueur de sa loupiotte. Il s’instaure une relation intime entre le cycliste et l’effort qu’il doit accomplir, la perception des réactions de son corps étant décuplée par l’absence de la vision de l’espace environnant. L’imaginaire fonctionne alors à plein régime, la sensation d’une brise fraîche suggérant l’immensité des hauts sommets environnants.

Profil des 17 derniers kms de la Bernina.
Concrètement, la Bernina par le versant sud représente 33km d’ascension pour 1900m de dénivelée. Dès la sortie de Tirano, une première rampe de 8km à 6,7% de moyenne avec des portions à 8% permet d’atteindre l’altitude 965m au village de Miralago. Puis une section plate de 8km longe le lac de Poschiavo avant de rejoindre le village du même nom, c’est ici qu’il faudra se méfier des rails du « Bernina Express ». 2km à 5% permettent de sortir en douceur de Posciavo. C’est à la sortie de San Carlo que la Bernina montre son profil le plus coriace. Un premier tronçon de 9km à 8,2% de moyenne mène au lieu dit La Rosa à l’altitude 1850. Il s’agit d’une portion assez rectiligne perturbée uniquement par de larges courbes où la pente affiche une régularité démoralisante. Après La Rosa, il faut profiter d’un kilomètre de répit à 5% avant d’attaque les 5 derniers kilomètres à 8,6% de moyenne qui conduisent au sommet de la Bernina à 2330m.

Les originalités du "Bernina Express", que l'on ne voit pas de nuit.
Le pont helicoïdal de Brusio.
Par sa longueur, la Bernina constitue un passage déterminant pour la réussite de la RATA. Il faut savoir faire preuve d’une grande patience pour en venir à bout, tout en gérant son capital énergétique. C’est également là que les conditions climatiques peuvent devenir difficile, la Suisse est un pays au temps capricieux : neige au sommet en 2005, brouillard et vent en 2006, orage son et lumière avec des trombes d’eau en 2007. On ne gagne pas son ticket de finisher dans la Bernina, mais on peut le perdre.
13 décembre 2007
Les cols de la RATA : le délire du Mortirolo.

Le Mortirolo: une histoire haletante qui s’écrit à petite vitesse,
en équilibre sur 2cm de caoutchouc.
La première difficulté de ce col est de parvenir à le localiser sur une carte. Il apparaît parfois sous le nom Passo del Foppa, il faudra un examen attentif et un regard aiguisé pour trouver cette petite route blanche qui relie Mazzo à Monno. Mazzo, voilà un nom prédestiné pour le point de départ d’un col de dingue. Pour se faire une idée du Mortirolo, il faut imaginer le pire, et se dire que ça va être encore pire. Difficile de décrire le Mortirolo sans abuser de superlatifs. Grand classique du Giro, le Mortirolo a souvent permis la consécration de champions hors normes, comme il a parfois pris l’allure d’un véritable chemin de croix pour les organismes défaillants ou pour les gabarits de sprinters. Chaque ascension du Mortirolo constitue une histoire haletante qui s’écrit à petite vitesse, en équilibre sur 2cm de caoutchouc.

Localisé entre Mazzo di Valtelina et Monno, le Mortirolo est
parfois appelé le Passo del Foppa.

Un profil qui calme!!
Voici brut de décoffrage les chiffres du Mortirolo par le versant Mazzo : 12,3km d’ascension, 1300m de dénivelée, 10,5% de pente moyenne. A titre de comparaison pour les isérois et pour se rendre compte de la difficulté, le col du Luitel par Séchilienne c’est 10,5km à 8,6% de moyenne. Le cœur du Mortirolo est composé par un formidable tronçon de 6 km à 12,3% de moyenne avec de nombreux passages où la pente atteint des valeurs délirantes. Un esprit malsain a pris un malin plaisir à inscrire les passages les plus raides sur la route : 14, 15, 16, 18% ! Du point de vue paysage le Mortirolo est assez quelconque, mais il s’en dégage une atmosphère particulière, parfois inquiétante. Le cycliste évolue dans une forêt très dense qui ne laisse que très peu de trouées pour se rendre de compte de son élévation. Le couvert végétal est tel qu’il se dégage de cette ascension une impression de confinement légèrement oppressante. C’est seulement dans les 3 derniers km que l’on sort de la forêt pour retrouver des alpages accueillants. Cette ambiance subitement plus aérée procure une agréable sensation de soulagement, d’autant plus qu’à cet endroit les rampes les plus sévères ont été vaincues. Le cycliste peut savourer les derniers efforts qui le conduiront à 1852m au sommet du Passo del Mortirolo, un col qui apprend à respecter la montagne.

RATA 2007: des instants difficiles, seul dans le Mortirolo.
RATA 2006: l'impensable se produit, je suis en train de prendre le dessus
sur Fashing dans le Mortirolo. La suite sera moins glorieuse!
Lors de la RATA, le Mortirolo s’aborde avec 200km et 4000m de dénivelée dans les jambes. A partir de Mazzo, les alliances éphémères de la vallée de Tirano volent en éclat. La loi de la gravité prend le dessus, les concurrents entament une lutte féroce avec la pente où seul les plus solides ne paieront pas l’addition des efforts consentis jusque là. Maintenir une vitesse à deux chiffres relève de l’exploit, surtout si l’esprit du rataman se projette un peu trop vers un futur proche et les quelques 340km et 9000m de dénivelée qu’il reste au menu. Les plus rapides parviennent au sommet du Mortirolo aux alentours des 20 heures, soit environ 8 heures de selle depuis le départ. C’est à cet instant qu’une grande majorité des concurrents en profitent pour faire la première véritable pause, qui n’excèdera pas 5 minutes ! Pour être rapide il faut d’abord éviter de perdre du temps, la nuit qui arrive s’annonce longue.

RATA 2007: au pied du Mortirolo et déjà en danseuse!

RATA 2005: en équilibre sur les pédales avec Gérald Bauer.
RATA 2005: la gestion reste primordiale.

RATA 2006: les 3 derniers km du Mortirolo se déroulent dans
une ambiance plus aérée.

La "pause" du Mortirolo, dans l'intimité!
09 décembre 2007
Les cols de la RATA : la transition du col d’Aprica.

Végétation dense dans la montée d'Aprica.
Comparé aux autres cols de la région Aprica fait figure de pont d’autoroute, néanmoins Aprica est connu pour être un lieu qui a marqué l’histoire du cyclisme. L’étape Merano-Aprica du Giro 1994 a marqué la mémoire collective avec le numéro sensationnel réalisé ce jour par Marco Pantani, reléguant le grand Miguel Indurain à 14 minutes après l’enchaînement Gavia, Mortirolo, Santa Cristina.
Aprica est maintenant le départ du Gran Fondo « Marco Pantani » en hommage à ce coureur que l’on surnommait souvent « Le Pirate », ou alors parfois « El Eléfantino » pour se moquer de ses grandes oreilles ! Pourtant on n’avait jamais vu un éléphant monter les cols ainsi !

Localisation générale: entre Edolo et la vallée de Tirano.

Un profil de pont d'autoroute!
Pour la RATA, Aprica est un col de transition franchi à deux reprises par son versant Est depuis Edolo. La première ascension s’effectue après la descente du Gavia pour rejoindre la Vallée de Tirano et le pied du Mortirolo. La seconde ascension intervient après la descente du Mortirolo pour atteindre une nouvelle fois Tirano et bifurquer vers la Bernina. La montée en elle-même ne présente aucune difficulté majeure. Avec 15km et 500m de dénivelée, la pente n’excède que très rarement les 6%. Avec de la fraîcheur, l’ascension peut se négocier sur le grand plateau. Par contre si l’on est cuit, les 15km peuvent sembler interminables. La route empruntée demeure assez fréquentée, il faudra se méfier des quelques automobilistes italiens au coup d’accélérateur sensible. Le cyclo évolue dans une vallée rectiligne relativement encaissée, les points de vue sont rares. On ne garde pas d’Aprica un souvenir impérissable. Le sommet débouche sur la longue traversée de la station d’Aprica. Lors de la RATA, le contraste entre les touristes huppés fréquentant le site et les concurrents suivi par leurs assistances est saisissant. Deux mondes se croisent sans se comprendre.
Aprica c’est aussi l’instant où il faut penser à se ravitailler car la suite va être terrible.

RATA 2006. De gauche à droite dan la montée d'Aprica: René Fischer,
Gérald Bauer, Wolfgang Fashing, Alessandro Forni, et un âne en rouge
qui tire le paquet!

RATA 2006 (photo organisation). Les mêmes de face mais dans un autre ordre.

RATA 2006 (photo organisation). Fisher mène la dance et demande à
The King Fashing de passer.

RATA 2006 (photo organisation). Passage au sommet d'Aprica.
On se détend, les mains fouillent les poches pour attraper de quoi
se ravitailler.












































