Unlimited Miles

cyclosportives, ultra et randonnées

03 juin 2009

Le RPE 2009: Bonheurs partagés.

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Après avoir roulé des mécaniques quelques années sur les routes du RPE, il était temps de laisser la place à Laure. En toute discrétion, celle pour qui "les 3 Ballons" représentait une barrière infranchissable il y a encore peu de temps, celle qui ressent un profond malaise lorsque le stock de yaourt passe en dessous de la barre des 30 unités dans le frigo, la reine du cake et du crumble, vient de commettre l'irréparable: croquer dans la pomme de l'ultra-distance/longue distance/grande randonnée (rayer la mention jugée inutile).
585km, 9400m de dénivelée en 28h55 pauses comprises: la preuve que le RPE n'est pas seulement une histoire de mec et de grosses coucougn... :-)

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Bientôt la fin de la rive gauche des Gorges du Verdon, Laure a surmonté
le cap difficile d'Aiguines.
 

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Le RPE en couple...
 
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le sourire dans le Ventoux.
(Photo: MM's Fun Team Cyclo)
 
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28h55mn  plus tard!

Plus de photos et commentaires un peu plus tard.

27 mai 2009

Une balade en Provence ?

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La Provence, un rêve éveillé.

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Pour la 5e année consécutive, Laure et moi seront présents à St Rémy de Provence pour rendre hommage à une pratique cycliste basée sur l'amour de l'effort gratuit. Toute seule en 2005, accompagnée de sa soeur Gisèle en 2006, 2007 et 2008, avec Jean-Charles en renfort en 2007, Laure m'a suivi au volant d'une Golf, d'un Berlingot, puis d'un C8, sur ces routes dignes d'un rêve éveillé, me motivant, m'encourageant à coup de bidons de 640 et de parts de cake et flanc pâtissier. Que de souvenirs, d'émotions vécues et partagées. Combien de kilomètres, de mètres de dénivelées, de coups de barres, de pets lâchés incognitos pour soulager un estomac malmené?!

En 2009 les rôles changent, Laure effectue le grand saut vers l'inconnu en passant de l'autre côté de la barrière, à une nuance près. Du statut d'assistante, elle ne passera pas au statut d'assisté, Laure a pris la décision de s'attaquer au RPE en Grand Randonneur, c'est à dire sans assistance. Les délais sont rallongés de 2h mais le parcours reste identique à celui des Ultras avec environ 590 km et plus de 8 000 m de dénivelée. L'aventure est belle lorsque l'on ne connaît pas à l'avance son dénouement. Quel sera mon rôle dans cette histoire? Dois-je écouter la raison, mon coeur ou mes envies?
Réponse...
 
4 années consécutives sur les routes du RPE :
 

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2005 : une initiation à L'Ultra.
RER, SFR et RPE: un certain sens du cyclisme.
 
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2006 : 22h25 sur un nuage.
 
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2007 : l'histoire d'une remise en cause.
 
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2008 : une édition plus accessible.

Posté par rataman à 12:36 - Le Raid Provence Extrême - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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17 mai 2008

Le Raid Provence Extrême 2008: une 5e édition plus accessible.

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L'ultra est une discipline passionnante qui ne fait pas recette dans un monde où l'on consomme du sport à vitesse grand V. Parler d'ultra est accessible à tout le monde, pratiquer l’ultra est déjà moins aisé, comprendre l’ultra est une autre chose. Le spectacle offert par cette 5e édition du Raid Provence Extrême en est à nouveau la preuve.

Bien qu’il s’agisse d'ultra sauce allégée, seulement 22 concurrents (15 ultras et 7 grands randonneurs) ont pris le départ du Raid Provence Extrême 2008. Je regrette que si peu de cyclsites éprouvent de l'intérêt pour cette forme de pratique, alors que les méthodes d'entraînement, le matériel, la diététique n'ont jamais été aussi pointus.  Le sportif amateur moderne tend à devenir ultra performant, trop calculateur il oublie que le sport doit être également spontané et décomplexé. Nombreux sont ceux qui auraient les possibilités de s'offrir un RPE et qui l'ignorent ou qui hésitent, je ne peux que les encourager à franchir le pas.

Bien sûr le RPE est perfectible, il mériterait une logistique et une médiatisation plus conséquente et à la hauteur de l'événement. L'épreuve reste confidentielle et n'intéresse qu'une petite poignée d'allumés de la route. Pourtant chacune de mes participations au RPE aura constitué une expérience différente et révélatrice de différentes facettes de ma personnalité. Le RPE fonctionne comme une longue quête solitaire, paumé au cœur d'une Provence qui n'en finit plus d'être belle, une quête où la satisfaction d'arriver à son but surpasse le résultat obtenu. Du premier au dernier, tous les  participants au RPE méritent un grand coup de chapeau.
 

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C’est un véritable coup de foudre que j’ai ressenti lors de ma première participation en 2005. Après avoir essuyé une terrible défaillance dans la montagne de Lure, j'avais rejoint l'arrivée en lutant contre une multitude de petites douleurs et de coups de blues. Laure seule à l'assistance, Jean Charles au soutient psychologique via SFR et auteur du mémorable : "les Alpilles, c'est des montagnes de Playmobil".  J'avais enfin chassé de mon esprit ces images effrayantes des contrôles de  Bordeaux Paris 2004  où un peloton d'une centaine de cyclos déchainés débouchait à 40 km/h pour pointer aux contrôles face à un gars derrière une table de camping équipé d'un pauvre tampon.

2006 fut une surprise totale avec une victoire inattendue, ce goût pour l’effort de longue durée se confirmait plus que jamais. J'étais définitivement conquis par cette immersion dans un monde en apesanteur où il n'est plus possible de définir la vitesse du temps, quand les minutes deviennent des heures, et que les heures deviennent des minutes.

La merveilleuse histoire s'est reproduite en 2007 avec un scénario totalement différent et indécis jusqu'à l'arrivée, dans des conditions météorologiques parfois difficiles. La victoire de l'année précédente n'était donc pas que le fruit de la chance.

J'ai hésité longuement à participer à l'édition 2008, mais dans le cadre d'une préparation pour une campagne autrichienne au mois de juin, et compte tenu de mes disponibilités, le RPE semblait à nouveau être un passage obligé. L'autrichien Franz Venier ne me fera pas de cadeaux, c'est une certitude, et Dominique Briand est motivé comme jamais.

Nouveautés et continuités.

Pour la saison 2008, nous avons opté pour un nouveau véhicule, le Berlingot s'est transformé en Monospace Citroën C8, un peu de volume et de confort supplémentaire ne fera pas de mal pour ceux qui devront supporter de me suivre à faible allure des heures durant.

   

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Le vélo est passé de l'orange au vert, son nom le Road Burner, il est l'œuvre de François Kérautret à qui je fais désormais entièrement confiance pour les choix techniques. Si certains ont rigolé en voyant ma selle : "C'est une selle de cyclo tout triste!", mon arrière train me remercie encore de ce choix. C'est quand même chouette de faire 20 heures de vélo en gardant le matos en état. Le triple plateau ça fait "pimpin", mais dans les 21 % de la Roque d'Anthéron avec 450km dans les cannes, le triple est mon meilleur ami.

 

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Continuité dans l'assistance,  Laure et Gisèle sont maintenant au top. Tout est rodé, peu de choses laissées au hasard, et on essaye de s'améliorer d'année en année. Aucune excuse pour moi, si je perd du temps c'est parce que  je rame!
 

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Le parcours a été sévèrement raboté cette année, exit la montagne de Lure qui m'avait permis de prendre l'avantage lors des deux éditions précédentes. Les cols de la Pigière et Macuègne ont subi le même sort, ils seront remplacés par les contreforts du Vaucluse et du Luberon, la terrible côte de Ste Anne, et les Alpilles. De plus nous apprenons la veille que le sommet du Mont Ventoux sera escamoté, le versant Nord n'étant pas encore sécurisé par la DDE, l'ascension s'effectuera jusqu'au Chalet-Reynard et nous basculerons directement sur Sault. Exit la route de Veaux et la superbe vallée du Toulourenc, il faudra s'adapter à ce parcours beaucoup plus roulant. Au total, ce parcours allégé représentera 560km dont 506 chronométrés et une dénivelée d'un peu moins de 8000m.

 

profil

   

Cette année, le RPE voit le retour des grands randonneurs qui réaliseront le parcours sans assistance. Un défi remarquable que seul 7 courageux ont osé relever, dont deux féminines: Patricia Berthelier et Giancarla Agostini. Partis 2 heures avant les ultras, les grands randonneurs auront apporté une dimension épique et courageuse à ce RPE.

Le Verdon n’est pas un long fleuve tranquille.

La traversée des Gorges du Verdon accompagné par les derniers rayons du soleil représente incontestablement l’un des points d’orgue du Raid Provence Extrême. Ce paysage que la nature a mis des millénaires à forger nous prend aux tripes, une puissance  incroyable se dégage de ces falaises calcaires façonnées par les eaux. On se sent petit dans cet environnement, comme si notre lutte contre le temps et la distance était dérisoire comparée aux forces déployées sous nos yeux. Conscient de notre privilège, le Verdon se déguste les yeux grands ouverts et en silence. Dès la sortie de Moustier Ste Marie nous sommes accueillis par cette vision sublime et lumineuse du lac de Sainte Croix. Face à nous la montagne imposante ouvre ses entrailles pour laisser s’échapper le Verdon.

 

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Cela fait déjà 160 km que je joue au chat et à la souris avec Dominique, allias le crazy gone (http://www.crazy-gone.fr/). Un coup je passe devant, un coup je t’observe. Un vent du sud-est assez violent ralentit la progression depuis le départ, lentement les kilomètres effectuent leur travail de sape. Les positions de la course sont dans le flou le plus total, où se trouve Franz Venier ? Il n’a pas suivi dans Chalet-Reynard mais nous nous doutons bien qu’il est capable de surgir de nulle part. Nous ouvrons la route des 15 Ultras qui ont pris le départ ce matin. Eparpillés dans la nature, chacun d’entre eux mène un combat personnel et silencieux dont l’enjeu se résume à rallier St Rémy de Provence.

   

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Il est 18h45, nous sommes au pied de la montée d’Aiguines, tremplin vers le col d’Illoire et la Corniche Sublime. L’effort va se durcir dans le Verdon, chaque année le RPE adopte un nouveau visage en ces lieux, les organismes affaiblis accusent le coup alors que les plus endurcis prennent le large. Nous venons de rattraper Patricia partie deux heures avant nous, elle semble en pleine communion avec le site du lac de Ste Croix. Encouragements sincères au passage, nous sommes les acteurs d’un même film dont chacun écrit le scénario en cours de route. La projection a déjà débuté depuis quelques heures.

 

 

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Un départ sur les chapeaux de roue.

RPE_2008_010Dès le départ donné à 13h précise, Dominique montre clairement ses ambitions en secouant tout le monde à la sortie de Bédoin au km 0. Puis l’Allemand Achim Heinze prend les choses en main dès le fameux virage de St Estève où débute réellement la grimpée du Ventoux. Son coup de pédale efficace fait des dégâts.  Chacun gère à sa façon cette première difficulté, le Français Pascal Lacarin serre les dents et s’accroche comme si l’arrivée était au sommet.  Tant bien que mal je bascule au Chalet-Reynard en deuxième position avec un léger retard sur Achim. La température est fraîche, après m’être battu avec la fermeture éclair de mon coupe vent, je me concentre sur la longue descente sur Sault. Je suis revenu à 40 secondes, Achim ne connaît pas la petite route qui permet de rejoindre Aurel en bas de Sault, ce changement de parcours décidé la veille sera fatal à notre ami. Parmi les qualités requises pour boucler le RPE, il faut avoir un bon coup de pédale ainsi qu’un bon sens de l’orientation, ou alors un GPS greffé dans les neurones. Je pointe en tête au PC N°1 à Aurel, suivi à la trace par Dominique qui est revenu comme un boulet de canon. Après une pause express, nous abordons la traversée du plateau du Vaucluse par St Trinit, le Revest du Bion, Banon, St Michel l’observatoire. Le vent se veut rebelle, il refuse de nous aider et se révèle franchement pénible. Nous menons à tour de rôle Dominique et moi en respectant une distance suffisante entre nous pour ne pas faire de drafting. Gisèle au volant du C8 et l’assistance de Dominique restent en retrait pour éviter de s’intercaler entre nous et créer un phénomène d’aspiration. De temps en temps j'aperçois François arrêté au bord de la route, il observe attentivement le déroulement de l'épreuve, tout en gardant un œil sur sa création. Le Road Burner s'exprime sous ses yeux,  rien n'échappe à son regard.

   

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A la sortie de St Michel l'Observatoire, une flèche RPE nous envoie sur petite route peu engageante. Instant d'hésitation, pourquoi ce changement qui n'était pas indiqué dans le road book? Nous faisons demi-tour pour rester sur l'itinéraire prévu à l'origine, la D5, peut être une blague des autochtones? Nous apprendrons plus tard que cet itinéraire était le bon.

J'effectue en tête la montée vers Montfuron et la bascule sur Manosque. Le vent est désespéramment défavorable, il nous secoue vigoureusement pour traverser la vallée de la Durance, la vitesse de croisière en prend un coup. Ce vent chaud accélère la déshydratation, il nous souffle en rafale dans les oreilles un petit air connu, quelque chose du genre: "Face au vent n'oublie pas d'enlever des dents" ou alors le moins optimiste: "Quand t'es planté, t'es planté!" La longue montée vers Valensole est un mix entre ces deux dictons cyclistes, la progression s’effectue par à coup, au rythme des rafales. Le PC N°2 de Valensole constitue l’occasion de s’offrir quelques secondes de répit avant de repartir pour une séance de montagne russe : Riez, Moustier Ste Marie, le cap est mis sur les Gorges du Verdon. De son côté, Giancarla Agostini poursuit sa route, courageuse et déterminée.

Dans la Maline, tu ne feras pas le malin!

 

C'est avec un léger avantage sur Dominique que j'effectue le pointage au PC N°3 d’Aiguines. Un arrêt bref me permet d'aborder la longue montée vers la Corniche Sublime en tête. Une belle lumière de fin de journée nous éclabousse de milles feux, esthétiquement tout est parfait, nous prenons de l'altitude sur cette route taillée dans la roche, c’est sublime. L'effort devient aérien, je suis en pleine euphorie, je sens que je grimpe bien, le coup de pédale est facile. Est-ce un peu tôt pour voler? La rive gauche du Verdon est négociée à un bon train, les paysages grandioses défilent sous nos yeux, je maîtrise mon corps et la situation.

 

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Trigance et le Pont du Soleil marquent l'extrémité Est du RPE et le changement de rive du Verdon. Pour la première fois depuis le départ nous parvenons à obtenir des écarts, j'ai environ 4mn d'avance sur Dominique et 10mn sur Venier. L'autrichien est en embuscade, cette nouvelle ne me rassure pas. La remontée vers la Palud est un peu moins aérienne, ce petit coup de blues avec la disparition des derniers rayons de soleil est habituel, l'obscurité ne va pas tarder à nous engloutir. C'est toujours avec une petite appréhension que je vois la nuit tomber, d'autant plus que début mai elle va être longue. Avec la disparition de la Montagne de Lure, la boucle des crêtes de la Maline constitue la dernière grosse difficulté du RPE.  Il restera après environ 280km pour rallier St Rémy avec une succession de montagnes russes, entrecoupées de longues portions roulantes, rien d'insurmontable.

 

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"Tu as 4mn d'avance sur Venier et Dominique"

C'est ce qu'on appelle une douche froide, l'ambiance est subitement plombée.

" Si Venier m'a repris 6mn aussi facilement, c'est qu'il avance comme un avion! Ou alors c'est moi qui rame?"

La machine est subitement grippée, dès les premiers lacets de la Maline le coup de pédale a perdu de sa facilité, la cadence ralentit dangereusement, je subis la pente. C'est étonnant comme un cycliste ressent la présence de l'adversaire qui revient sur lui, j'ai déjà l'impression que Venier est dans ma roue. Un coup d'œil derrière et j'aperçois les phares de son véhicule, son retour est maintenant inévitable. A mi-pente il me passe sans un mot, la différence de vitesse est assez sidérante. J'essaie de ne pas me désunir pour atteindre le sommet, la descente est piégeuse, je dois rester concentré. Au PC N°4 de la Palud, Venier possède environ 4mn d'avance, Dominique n'est pas loin derrière avec 3mn de retard.

 

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Course d'orientation dans la nuit.

Les jambes sont étrangement lourdes à la sortie de la Palud, mais je m'applique à maintenir un rythme honorable. Il faut positiver, ce RPE doit être abordé maintenant comme un bon entraînement pour la suite de la saison. Le vent se résume désormais à des courants thermiques parfois favorables, parfois défavorables. Moi qui pensais rentrer plein pot vent dans le dos, c'est raté! La rive droite du Verdon présente un profil sans aucune difficulté mais je ne suis pas dans un tempo suffisamment rapide ce qui permet le retour de Dominique au niveau de Moustier Ste Marie. Nous filons vers Puimoisson, Dominique a pris la tête du convoi mais rate la bifurcation, son assistance est partie devant faire un pointage avec Venier. Je l'appelle, Laure klaxonne, mais Dominique a disparu dans le noir, il faut prévenir son assistance. Je continue sur un faux train jusqu'au PC N°5 de Valensole et m'autorise un arrêt assis. Dominique est revenu, il a eu un saut de chaîne dans le noir en faisant demi-tour.

"J"ai dû arrêter une voiture pour m'éclairer car je n'y voyais rien pour remettre la chaîne, le gars m'a pris pour un cinglé!"  On rigole !

flou_3L'écart avec Venier n'est pas important, la course reprend son cours. Il faut se faire violence pour reprendre la route rapidement. Un grand randonneur parti 2h avant nous, le dossard 35, profite de notre passage pour s’inviter, l’opportunité pour lui de bénéficier de l’éclairage des véhicules doit constituer une motivation supplémentaire. Il a visiblement de l'énergie à revendre car rapidement il passe devant Dominique pour imprimer un rythme soutenu. Je reste en retrait pour ne pas bénéficier de l'abri et j'en profite pour demander à Gisèle une paire de gant que je ne voulais plus à Valensole. Pas chiant le mec!

"Tiens c'est la main droite."

A 40km/h en pleine nuit avec 300km dans les jambes, les neurones sont en mode économie d'énergie.

"Zut, c'est où ma main droite?"

Dominique se bagarre avec le grand randonneur, je me bas avec mes gants, situation confuse, j'ai perdu le contact visuel avec les phares de l'assistance du crazy gone.

Nous déboulons à grande vitesse à Gréoux les Bains: "c'est par où la direction Vinon?", la navigation se fait au feeling, je croise les deux fuyards qui cherchent leur route, demi-tour, droite gauche, pas de panique, mon GPS cérébral a eu un raté mais on retombe sur nos pas.

La route qui mène à Vinon est large et roulante, les choses vont se compliquer: nous apercevons les phares du véhicule de Venier. Il a dû faire quatre fois le tour de Gréoux. Dominique est déchaîné et se lance à la poursuite de Venier au sprint, je le vois qui s'éloigne au loin, suivi par le grand randonneur, je reste en retrait. Rien à faire je ne parviens pas à trouver ce second souffle tant attendu. Le crazy gone a bouffé l'autrichien qui ne devait pas penser être repris. A mon tour je reviens à la hauteur de Venier, il se cale derrière moi, la communication n’est pas très amicale. Après la traversée de St Paul les Durances, Venier s'arrête au bord de la route pour une raison inexpliquée, il disparaît dans le noir.

Le pont de Mirabeau marque la fin de cette longue portion roulante et monotone, nous abordons maintenant les contreforts du Vaucluse par la route pourrie de Beaumont les Pertuis. Je ne sais pas quel esprit malsain accepte de laisser une route dans cet état, cependant cette taule ondulée présente l'avantage de maintenir éveillé. A la sortie de Beaumont de Pertuis, après une courte descente, la route continue à grimper en pente douce vers la Bastide des Jourdans. Lors de mes reconnaissances je savais que ce passage pouvait être décisif, et c'est bien là que Venier décide à nouveaux de passer à l'offensive. Pour la deuxième fois sur ce RPE, l'autrichien est revenu comme un missile et me laisse sur place, il a mis la sono pour marquer des points psychologiques. Il est suivi de près par le dossard 35, dont la grande randonnée s'effectue à vive allure. Mick Jagger s'époumone dans la nuit, il me semble reconnaître "Jumping Jack Flash".

 

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Quelques instants plus tard : "Coucou me re-voilà!". Surprise, voilà le crazy gone qui revient de l’arrière, je l’avais oublié, persuadé qu’il était devant.

"Je me suis gouré pour aller à Beaumont de Pertuis!" nous lance Dominique imperturbable.

Ce jeux d'orientation et de chaise musicale nocturne est finalement comique. L'allure adoptée par Dominique me convient mieux, je stabilise un écart de 200m environ jusqu'à la Bastide des Jourdans. A l'entrée du village, l'itinéraire file à droite toute en direction de Manosque, pour escalader la côte de Montfuron. Dominique a tiré tout droit! Il reviendra car je ne suis pas au mieux.

Les filles commencent à sortir l'artillerie lourde, sono à bloc dans le C8, je n’entends pas grand chose à l'extérieur mais ça à l'air de taper fort. J'ai opté pour une ambiance Dance Floor, basses monstrueuses et rythmes de bourrins, les Midnight Juggernauts, nouvelle bombe electro-pop que tout le monde va s’arracher d’ici peu, tentent d'éclairer cette nuit provençale. Le gone est repassé devant, je maintiens l'écart  jusqu'au PC N°6 après Céreste. J'ai besoin de m'asseoir, Dominique fait de même.

"Il n'a que 6mn d'avance!" nous disent les contrôleurs.

L'autrichien amateur des Rolling Stones est passé sans s'accorder de pause.

"Maintenant il a plus!" répond Dominique avec humour.

C’est reparti en direction de la côte de Viens, le dossard 35 qui était arrêté au contrôle ne peux plus se passer de nous et emboîte le pas. Dominique attaque fort, je vais gérer à distance pour repasser le grand randonneur qui finira par exploser définitivement. Le parcours adopte à nouveau un profil roulant pour rejoindre St Saturnin d'Apt et Apt, Dominique est maintenant en prise avec son dérailleur arrière qui saute dans un concert de bruits mécanique inquiétants.

La traversée du Luberon s'effectue par le modeste col du Pointu, 8km à seulement 4 ou 5%. Dominique a disparu, je pense qu'il a dû s'arrêter pour son dérailleur, je continue ma route imperturbable. La combe de Lourmarin, Lourmarin, Cadenet, défilent sur un bon rythme. Nous effaçons petit à petit les lignes du Road Book nous séparant de l'arrivée. L'aube pointe le bout de son nez, l'épilogue du RPE 2008 est proche.
 

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Un jour nouveau.

Parmi les montagnes de Playmobil à franchir avant St Rémy, la côte de Ste Anne à une saveur particulière. Après une traversée/course d'orientation dans la Roque d'Anthéron, nous abordons une petite route dont les panneaux de signalisation n'augurent rien de bon. Pente à 21% sur 1km, interdit aux caravanes! Aïe ça va faire mal! Cette difficulté est là pour nous rappeler qu'un RPE ça se mérite tout de même. Sans m'affoler, je passe le triple au pied du mur, tout à gauche, 30/23 pour arracher ce pétard qui n'existe que pour traumatiser les cyclistes. La dame du PC N°6 au sommet m'annonce que j'ai environ 15mn de retard sur Venier, ce n'est pas catastrophique. Nous n'avons plus aucune nouvelle du crazy gone. Courte pause pour signer et me délester des lumières et je file sur Lambesc. La traversée du village est de nouveau compliquée, après quelques hésitations mon GPS greffé dans la tête débusque la direction de Salon de Provence. A ce stade du parcours c’est avec surprise que nous découvrons soudainement un fléchage RPE, bien utile pour terminer l’épreuve sereinement.

   

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Le soleil se lève dans la côte de Vernègues, un homme blanc sur un vélo vert suivi d’un C8 gris avancent à vitesse variable dans une explosion de couleurs rougeoyantes sur fond de garrigues. Magnifique tableau digne des impressionnistes. J'ai 10mn de retard au dernier contrôle d'Alleins, je ne me sens pas la force d'aller chercher Venier en 50km, il faudra se contenter de la seconde place cette année. La traversée des Alpilles s’effectue par la côte de Roquemartine, quelques souvenirs de la cyclosportive "le Raid des Alpilles" sont encore présents dans mon esprit. La sélection s'opérait souvent dans ce secteur face au mistral. Aujourd'hui je vais bien moins vite. Les villages d’Eygalières et de Mollégès sont traversés, il ne reste plus que 11km tout plat pour rejoindre St Rémy. Satisfait mais sans réelle émotion je franchis la ligne de mon 4e RPE, le sentiment dominant est celui du travail accompli. Je me suis défendu au mieux avec les moyens du jour, il n’y a aucun regret à nourrir. Au contraire il faut se focaliser sur la multitude de petits détails enrichissants que seul une épreuve au long court est capable de nous apporter.

   

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Une vingtaine de minutes plus tard, Dominique franchit la ligne les mains pleines de cambouis, son saut de chaîne nocturne a eu raison de 4 rayons sur sa roue arrière. Celui qui arrêtera le crazy gone n’est pas encore né ! Après 19 heures de péripéties nous reprenons doucement contact avec la réalité, avachis sur nos fauteuils pliants.

 

Laure et Gisèle ont tenu leur rôle avec une efficacité encore une fois impressionnante. Un véritable travail de fond effectué dans la discrétion sans lequel rien ne serait possible : soutien psychologique, suivi du road book, gestion des vêtements, suivi alimentaire… Que dire de plus, merci les filles, j’aurai aimé  être meilleur !

 

REPOS

   

La confiance que m'accorde François et le travail qu'il a réalisé cet hiver a également toute son importance. Le Road Burner aura  tenu toutes ses promesses en terme de confort et de fiabilité. Son comportement extrêmement sain, son rendement optimisé, le choix judicieux des périphériques, la qualité des boyaux, tous ces éléments conjugués auront été prépondérant pour me permettre d’exploiter au mieux ma condition physique actuelle.

 

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Une page se tourne, le premier chapitre de cette saison est clôt. Nos esprits se tournent déjà vers le prochain défi : les 1 000km du Glocknerman les 5,6 et 7 juin prochain.

18 concurrents ont bouclé ce RPE, 13 ultras et 5 grands randonneurs. Seulement 2 ultras et 2 grands randonneurs ont abandonné, ce qui prouve bien que cette 5e édition était accessible avec un minimum de préparation et de volonté. Ces sportifs anonymes se sont offert une tranche de vie sur les routes de Provence, des souvenirs indélébiles qui constituent un bien précieux que même le temps ne pourra altérer.

 

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En guise de conclusion, je tiens à remercier les fidèles d'Unlimited Miles pour leurs témoignages toujours  encourageants, mes proches pour leur confiance, et tous ceux qui de près ou de loin me soutiennent à leur manière. Mention spéciale à Clément Faugier qui se démène sur Vélo101 pour faire connaître ce blog !

 

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A bientôt

Texte : Rataman.

Photos : Laure, Gisèle, Annick .

Assistance sur la route : Laure et Gisèle.

Assistance au quotidien : Laure.

Road Burner : François Kérautret.

   

Le récit de Patricia Bethelier: Manifeste pour un cyclisme vagabond!

http://www.velo-concept.com/?pg=articles&rub=5&cat=32&id=1423&lang=

Le RPE 2008 sur véloconcept:

http://www.velo-concept.com/?pg=articles&rub=5&cat=14&id=1420&lang=

15 mai 2008

RPE 2008: pour patienter un peu

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En attendant le récit complet, voici quelques images de ce Raid Provence Extrême 2008 remporté par l'Autrichien Franz Venier. Malgré mes efforts, j'ai du m'incliner devant l'autrichien et me contenter de la deuxième place  en lachant 12mn. Dominique, le crazy gone, complète le podium. Donc pas de triplé pour moi sur le RPE!

Revenir au quotidien n'est pas facile après une épreuve comme celle-ci, les images et les émotions ressenties se bousculent dans la tête. Lentement on récupère, on analyse ce qui a bien fonctionné et ce qui n'a pas fonctionné, et on regarde droit devant, vers les prochains objectifs. La tête est déjà en autriche.

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02 juin 2007

Le RPE 2007: l'histoire d'une remise en cause.

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous avons peur ; mais elles sont difficiles parce que nous avons peur. » (Gilbert "JP" Cesbron)

084505_1_Dimanche 27 mai 2007, Noves, 13 km de l’arrivée, les positions de la course sont floues, je sais que je suis en tête et c’est tout. L’ambiance est tendue comme ce ciel qui reste gris plombé, hésitant entre nous déverser encore quelques litres sur la tête ou laisser place au soleil. La fatigue est perceptible et pourtant il ne faut pas faiblir. Le berlingot remonte encore une fois à ma hauteur, Jean-Charles me parle : « Bon maintenant, tu ne te retournes plus, tu relances, tu donnes tout ce que tu as, c’est pas le moment de faiblir, tu sais que tu as gagné, mais tu vas aller gagner fièrement en fonçant et pas comme une bouse à 2 à l’heure ». Un doute m’envahit, L’autrichien Franz Venier, l’homme aux 19 000 m de dénivelés en 24h serait-il, en train de revenir ?

« Tu ne fais pas chier et tu roules !!! »

Laure, Gisèle et Jean-Charles ont été extraordinaires durant ces 21 heures, tout était au point : logistique, alimentation, support psychologique. Le côté maternel de Laure, la rigueur de Gisèle, la finesse psychologique de  Jean-Charles qu’il qualifiera lui-même de soutien psychologique de gros bourrin mais tellement efficace durant ces heures d’efforts solitaires où l’on se contente de répondre aux besoins primaires.

J’ai mal aux cannes, je m’efforce de garder une position encore aérodynamique, mains en bas du guidon, baisse la tête tu auras l’air d’un coureur, le compteur oscille entre 35 et 40 km/h, je regrette le mistral de l’an dernier mais cette année je suis seul, c’est beaucoup plus fort. Le team Ginestet/Boursette a fait sa course de son côté loin devant, c’est beaucoup mieux ainsi tellement les deux efforts ne sont pas comparables.

Le compte à rebours magique est en marche « 10km, 9km, 8km… »

Jean-Charles : « Surtout tu roules à ta main, tu gères ton effort, reste souple, tu mets une dent de plus dans les faux plat, tu ne te tétanises pas et tu relances,… et tu donnes tout !!! »

C’est fort, St Rémy 3km, une petite descente, 45km/h, nous entrons dans l’agglomération, les ronds points s’enchaînent, les derniers hectomètres vite négociés, voilà la place de la gare déserte, virage à gauche et à droite, 9h du matin, c’est fini après 21h12 de folie. Il n’y a personne, je m’effondre sur le vélo : l’effort, l’émotion…Laure, Gisèle, Jean-Charles, trop de choses qui s’entrechoquent en si peu de temps, je ne saurai jamais exprimer par écrit l’alchimie de cet instant. François arrive en courant, il semble vraiment heureux. 

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Je remporte pour la 2e année consécutive le Raid Provence Extrême, une de ces épreuves ultras, complètement folles, défiant toutes les normes en vigueur actuellement dans le cyclisme. Le Raid Provence Extrême, c’est un espace d’expression et de liberté sans limite, un parcours extraordinaire qui a germé dans l’esprit torturé de Patrick François. Certes tout n’est pas parfais, le RPE est une histoire qui s’écrit au fur et à mesure, nous en sommes les acteurs, le RPE est ce que nous en faisons.

Au-delà de la performance, des félicitations, des retombées médiatiques, du tourbillon qui suit souvent ce genre d’épreuve, je retiens avant tout de ce RPE une expérience partagée extraordinaire, et une victoire sur moi-même issue d’une remise en cause entamée cet hiver suite à la débâcle de la RATA 2006. La transition 2006/2007 aura été riche, instructive, faite de doutes, de découragements, d’avancées,  de rencontres et de conseils déterminants.

Cette réussite est une satisfaction, validant ainsi des choix effectués en amont, tout en restant conscient qu’il faut garder les pieds sur terre, la réelle confirmation se fera face à une concurrence plus élevée.

L’histoire d’une remise en cause.

La RATA 2006 avait été une douche froide, c’est le cas de le dire. Cet échec avait fait voler en éclats toutes mes certitudes et mes acquis en matière de longue distance. Il fallait tout revoir : la gestion du stress face à la concurrence, face aux éléments climatiques, la technique, le matériel, la position sur le vélo… Un gros chantier m’attendait. Pas évident à gérer tout ça et la priorité de cet automne 2006 n’était pas au vélo, j’avais foiré la RATA 2006, mais je ne voulais pas rater mon mariage avec Laure, décidé à l’arrache, complètement improvisé mais tellement chaleureux.

Parmi les personnalités qui ont compté durant cette période, Patrick François et surtout Robert Gauthier ont eu un rôle important. A l’issue du RPE 2006, Patrick m’avait alerté sur ma position sur le vélo un peu anarchique, trop haut sur selle et trop avancé, incompatible avec une bonne gestion de l’économie musculaire sur longue distance. Depuis deux ans je commençais à ressentir des symptômes, qui après recherches, s’apparentaient au syndrome de l’endofibrose de l’artère iliaque, une douleur qui vous prend à la cuisse lors d'un effort maximum et qui vous paralyse la jambe, une horreur. Après une batterie d’examens, le verdict tombe : on distingue un coude au niveau de l’artère, j’envisage la chirurgie. Alerté de mes soucis Robert Gauthier rentre en contact avec moi et me conseille d’attendre et de plutôt explorer la voie de l’étude posturale pour résoudre le problème. J’entame donc l’hiver sur une  nouvelle position plus reculée d’environ 3cm, et plus basse d’environ 2cm. Les premières sorties sont inquiétantes, le cardio est au taquet à la moindre sollicitation, et petit à petit je réalise que je rencontre d’énormes problèmes de stabilité sur mon vélo. Je passe de longues soirées à chercher des infos sur le net, et la réponse se construit petit à petit : le fait de reculer exagérément la selle sur un vélo provoque un phénomène de porte à faux qui déleste la roue avant, il s’ensuit une répartition catastrophique des masses du binôme homme/machine et les trajectoires deviennent plus que hasardeuses voire dangereuses. Le constat est sévère, et je dois me rendre à l’évidence depuis quelques années  je roule sur des cadres qui ne sont pas adaptés à ma morphologie, l'angle du tube de selle étant beaucoup trop redressé (75°) je ne dispose pas du recul nécessaire pour exploiter ma force musculaire, ce que je compense en remontant exagérément la selle. Nous sommes déjà début janvier, le temps passe, il va falloir prendre une décision.

085953_1_Une rencontre déterminante : François Kérautret.

« Il n’y a pas de malchance, il n’y a que des mauvais choix. » Cette phrase m’a marqué, autant que l’homme qui en est à l’origine.

Début Janvier, je donne à réparer mon bon vieux cadre T800H cyfac, toujours pas récupéré à l'heure où j'écris ces lignes, merci les miracles des réseaux de grande distribution actuels, on vous jure qu'on va vous rappeler et vous tenir au courant, et vous devez rappeler immanquablement tous les mois pour vous entendre dire: ne vous inquiétez pas ça va aller vite. Désespérant!

Après des errements dans les catalogues pour voir ce que me propose le marché pour changer de machine, je suis désespéré : partout le même discours fait de carbone et de poids records, je suis saturé, ce n’est plus ce que je recherche.

Jeudi 18 janvier, la décision est prise, je contacte François Kérautret, l’homme qui vous dynamite un forum de discussion sur le net dès que l’on évoque le nom de ses vélos : le RZW0. Le pari est risqué tellement les choix technologiques sont hors des sentiers battus, mais l’homme cherche à briser les traditions, il sort du moule de consommation que l’on veut nous imposer. Pour aller d’un point à l’autre selon ma conception des choses, le chemin le plus court est rarement la ligne droite (c’est Fashing qui le dit !!:-)), Kérautret sera ce chemin.

L’assistance.

112100_1_Laure, ma femme, me connaît par cœur et devine tout ce qui va se passer dans ma tête, tout ce qui va me faire avancer, tout ce qui va me faire peur. Jean-Charles la juge trop maternelle, mais son rôle dans cette réussite est prépondérant. La vision qui m’a le plus bluffé durant ce RPE : la voir en tee-shirt manches courtes au sommet de la montagne de Lure sous la pluie et 5°C à 2h du matin, alors qu’elle met des gants et la doudoune quand la température descend sous les 15° en ville.

Gisèle, Russias sister pour certains, imperturbable, organisée, patiente, toujours le sourire. Une force dans une équipe, là où Laure éparpille Gisèle ordonne. Les deux sœurs sont complémentaires, complices, moi je n’ai plus qu’à pédaler l’esprit tranquille.

Jean-Charles (http://www.editions-verticales.com/auteurs_fiche.php?id=139&rubrique=4), l’homme qui a dynamité le monde du cyclosport en 2004 et 2005, l’auteur du  formidable mais indescriptible «United Enmerdment of New Order » (ed. POL, 2002), et deux bombes atomiques qui ont fait rentrer le cyclosport dans la littérature contemporaine : « Jean de la Ciotat Confirme » (ed. POL 2004),  « Jean de la Ciotat la légende » (ed. Verticales, 2007).

Un invité surprise dans le Berlingot mais au rôle extrêmement précieux, aussi à l’aise sur les ondes de France Culture qu’à la portière du Berlingot pour trouver les mots, qu’il qualifiera de lieux communs/banalités, pour me faire avancer.

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Je rajouterai que la présence de Didier et Martial dans le Verdon et dans Lure était un soutien psychologique inattendu et  supplémentaire. Je ne les ai même pas calculé dans le Verdon, mais les images de Didier en sandales au sommet de Lure derrière son appareil photo me resteront longtemps, et son célèbre « Roule, ma poule ! »

Un grand merci à François et sa femme, stoïques sous le déluge de grêle du Ventoux, qui ont poussé la route jusqu’à Valensole pour m’encourager, et de retour au petit matin du côté de Pernes les Fontaines, François ayant toujours un œil attentif sur le fruit de son travail.

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La guerre psychologique.

132104_1_Drôle de scénario pour ce RPE. Je me sentais fort dans le Ventoux, tout en gardant des watts sous la pédale. Je passe au sommet en un peu moins d’1h17, pas mal vu les conditions et sans trop taper dedans, seul Laurent Boursette qui réalise le RPE en équipe m’accompagne. L’apocalypse nous attend au sommet : rafales de  vent, pluie, tapis de grêle sur la route…

L’organisation décide sagement de neutraliser la course et de nous faire descendre jusqu’au Chalet Reynard en voiture, il est annoncé que l’on conservera les écarts. Dans la panique, l’info passe mal, des concurrents basculent en vélo sans attendre, réflexe normal vu les conditions. Moi j’attends calmement les consignes dans la voiture à Chalet Reynard, lorsque je réalise que des concurrents ont filé sur Sault. Je repars dans la descente sous un orage de grêle, contrarié, c’est périlleux, la foudre ne tombe pas loin, c’est impressionnant. Je pointe 4e solo à Aurel avec déjà un retard entre 5 et 10 mn, je prends sur moi pour ne pas laisser éclater la colère.

La longue route du plateau du Vaucluse se fait avec un fort vent contraire, l’an dernier j’avais bataillé sur ces routes avec Alessandro Forni et un bon mistral dans le dos. Cette année le scénario n’a plus rien à voir et n’est pas à mon avantage.

2e coup de théâtre à Banon, pourtant je connais par coeur le parcours et me voilà qui prend tout droit pour suivre mon Berlingot qui suit la voiture du directeur de course. Je laisse encore quelques minutes sur cette erreur en effectuant un détour de 3km. C’est trop la colère éclate, les jurons sortent. Je dois me reconcentrer sur mon coup de pédale et surtout ma respiration.

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Il s’ensuit une très longue course poursuite derrière Dominique Briand, Jean Pierre Renaud, et Franz Venier, je ne connais pas les positions à l’avant de la course, mais je suis informé sur les écarts, je navigue entre 5 et 10mn. Le soleil est revenu, la route est sèche, j’alterne périodes de doutes et moments de confiance. Plus que jamais Laure m’aide à avancer par objectifs, 5km, 10km jusqu’au prochain village, ces distances constituent à chaque fois un objectif réaliste à atteindre, tout en permettant de gérer son effort sans être découragé par l’énormité du parcours. Voilà l’un des secrets de l’ultra : procéder par objectifs.
"Tu m'as dit un jour que tu étais bien à partir de 300km, ne t'inquiète pas tu les reverras!!" me lance Laure. Mais quand est-ce que j'ai pu dire une bêtise pareille?

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Manosque est derrière, la Durance est franchie, le plateau de Valensole négocié avec toujours ce satané vent de face, Riez, Moustier ste Marie. Le RPE commence à prendre toute sa dimension à l’entrée des Gorges du Verdon. La course poursuite continue pour moi, à Aiguines j’ai repris un peu de terrain. J’abrège l’arrêt et repars rapidement, je sens que je ne suis pas très performant jusqu’à Trigance, toujours subjugué par la beauté du paysage : la corniche sublime, les balcons de la Mescla, le pont sur l’Artuby.   

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Sans que je comprenne pourquoi, après le pont du soleil où nous passons sur la rive droite du Verdon, je retrouve un second souffle. Ma bulle se referme, je commence à m’immerger dans cet effort total qu’il va falloir fournir dans les heures à venir. Voilà les crêtes de la Maline, je monte bien me dit Jean-Charles, cela me motive. L’obstacle est vite négocié et je fonce dans la descente, la nuit est tombée sur le Verdon. Je commence à prendre conscience des qualités extraordinaires  du vélo en descente, avec peu de visibilité les courbes sont négociées à grande vitesse avec des trajectoires propres, le freinage est précis et efficace.

Un peu avant la Palud, je suis revenu sur Dominique. Le moral est sur la pente ascendante.

Nous filons pour sortir des gorges, Dominique repasse devant après Puimoisson jusqu’au contrôle d’Oraison, il est plus efficace que moi sur le plat. Nous retraversons la Durance à la hauteur des Mées, nous avons récupéré Jean Pierre en route avant d’aborder ce qui va constituer la plus belle page de ce RPE2007 : la montagne de Lure.

Sur une autre planète dans la montagne de Lure.

DSC_0282_1_Cette montagne est impitoyable sur le RPE, nous le savons tous. Avec le retour de la pluie, tout peut encore basculer c’est évident, qui va craquer ?

Dominique attaque dès les premières rampes, Jean Pierre réagit immédiatement et prend le dessus assez rapidement sur Dominique, quant à moi j’encaisse mal ce changement de rythme.

Jean-Charles : « Monte à ton train, tu respires, ils vont plafonner et tu vas revenir, pense à Hinault dans l’Alpe en 78  !! » En 78 j’avais 5 ans, d’ailleurs est-ce que c’était bien en 78 ?

L’argument a fait mouche, je remets du braquet et sens un second souffle qui m’envahit, c’est extraordinaire, sensation de puissance et de vitesse dans la nuit après tant d’heures d’effort.

Pas de sentiments pour Dominique et Jean Pierre, je pars chercher Venier. Au fil des kilomètres l’écart fond, 8mn, 5mn, 2mn40 … J’ai l’impression de voler, c’est énorme !!

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A 5km du sommet je reviens sur Venier, j’ai compris qu’il a dû s’arrêter pour enfiler des affaires chaudes pour la descente : pantalon étanche, veste gore tex… C’est stratégique car je vais devoir m’arrêter au sommet pour me couvrir.

Nous y voilà au sommet, Venier bascule immédiatement, je dois prendre quelques minutes pour me couvrir avant de basculer dans le brouillard et sous la pluie qui s’intensifie. Je m’élance avec un peu d’appréhension, mais rapidement la magie du vélo refait son apparition, les trajectoires deviennent plus fluides, la faible masse des roues carbones rendent le vélo beaucoup plus maniable, moins centrifugé, je me lâche dans la nuit, le compteur flirte avec les 60km/h.

Je reviens en trombe sur Vénier, la différence de vitesse est énorme, seul son véhicule d’assistance va nous freiner, à contrecœur et sous les coups de klaxon de Laure, il s’écarte.

J’entre dans le Jabron, je ne vois plus les phares de Vénier, il faut foncer maintenant, ne pas faiblir.

Un  final tendu.

063916_1_L’interminable vallée du Jabron, le col de la Pigière, le col de Macuègne, le col de l’Homme Mort, Sault… Tous ces lieux je les connais bien, j’avance régulièrement, le rythme est bon, je garde en tête la nécessité de m’alimenter copieusement pour conserver un bon régime. Les km défilent sans que je m’en rende compte, le jour se lève gris et humide, alors que je suis pris dans le tourbillon de la course. Stress, inquiétude, où est l’Autrichien, quels sont les écarts ?

« Arrête de te retourner, c’est pas bon du tout pour l’aérodynamisme ! et roule ! »

On s’en doutait, vu les conditions météo, le dernier Ventoux est escamoté, nous rentrerons par le modeste Col des Abeilles, Villes sur Auzon, Mazan, Pernes les Fontaines. Je gère mon effort dans l’inconnu, encouragé de manière admirable par Jean-Charles, ne me doutant pas de l’intensité du scénario qui est en train se jouer derrière moi entre Vénier et Renaud. Les Abeilles, ce petit col de rien du tout, avec son triple effet kiss cool au sommet, n’est qu’une simple formalité à remplir après ce périple. La descente est abordée comme une délivrance, elle marque la fin réelle des difficultés, comme sur une voie royale vers l’arrivée je file à plus de 60km/h sans un coup de pédale, quel bonheur de se laisser glisser ainsi quelques instants car il va falloir à nouveau aller chercher des forces pour rallier St Rémy le plus rapidement possible. Il reste une cinquantaine de kilomètres à rouler sans se retourner pour éviter un éventuel retour de l’Autrichien, après plus de 20h d’effort plus rien n’est facile. Surtout rester concentré, ne pas se désunir, ne pas commettre d’erreur, continuer à s’alimenter, avancer coûte que coûte. Pernes, Velleron, Le Thor, Caumont sur Durance, le pont de Bonpas, ces lieux anodins sur la carte sont maintenant chargés de sens pour moi. Noves, St Rémy de Provence  est annoncé à 13km, la suite vous la connaissez.

Un vélo venu d’une autre planète.

125410_1_Comment ne pas parler de mon enthousiasme pour cette machine conçue par François ?

Je ne reviendrai pas sur les aspects techniques que j’ai déjà longuement développés dans un précédent article.

Ses atouts reposent sur une position parfaitement bien étudiée, et une géométrie adaptée, il en résulte une économie d’énergie et de fatigue plus que profitable sur 21h de vélo.

On peut dire maintenant que le choix des matériaux et des composants a été validé en situation sur le terrain. Les qualités de l’acier utilisé ne sont plus à démontrer, confort et rendement sont au rendez-vous. Le choix des développements était prudent, même si le plateau de 40 et la roue libre 12/23 m’ont permis de tout négocier confortablement, le fait de disposer d’une roue de secours avec le triple plateau était un avantage psychologique, j’étais à l’abri de la panne de jambe tout en évitant les désagréments du compact en matière d’étagement des rapports.

Le RZW0, je me répète, est une bombe atomique en descente, plus que des longs discours le RPE 2007 s’est gagné en partie dans la descente de la montagne de Lure. Il y a les sceptiques et ceux qui l’ont essayé.

François m’a convaincu d’utiliser les roues carbones qu’il a conçues alors que j’étais plutôt réticent. Les effets sur le comportement du vélo sont assez extraordinaires, ce n’est plus réellement le même vélo tant la vivacité en courbe est impressionnante. François m’avait dit « quand je mets au point un produit, il est fiable. » Vous pouvez le croire.

La page du RPE 2007 se referme.

J’ai tenu à faire ce compte rendu rapidement pour vite refermer la page du RPE 2007 et me concentrer sur un autre184446_1_ objectif du côté de l’Autriche.

Je terminerai en félicitant tout ceux qui ont contribué à faire ce que le RPE a été, les organisateurs, les acteurs, les assistances. Une épreuve d’une telle ampleur entraîne son lot de moments d’émotions, de joies, de déceptions, de drames, de colères, personne n’en sort indemne, il y a un avant et un après RPE qui n’est pas toujours facile à gérer et à faire comprendre à ceux qui ne l’ont pas vécu.

La victoire appartient à tous ceux qui sont allés au bout de leur défi, ponctué de péripéties, bravant la pluie, le grêle, le vent, la nuit, la fatigue, les problèmes de digestion pour certains, les problèmes d’orientation pour d’autres.

Mention spéciale pour Jean Pierre qui a fait une entrée remarquable et remarquée sur sa première épreuve qualifiée d’ultra. Je suis sûr que tu oublieras ta déception finale pour ne garder que le meilleur de cette expérience. Coup de chapeau à Mark Haycraft avec qui j’ai assez souvent roulé pour préparer ce RPE, victime des classiques problèmes de digestion sur longue distance, Mark est allé au bout de lui-même avec une force de caractère incroyable pour rallier St Rémy. Bravo à Igor qui ne savait pas dans quel traquenard il avait mis les pieds et qui s’en est sorti avec brio.

Tout le monde gagne quelque chose sur un RPE, et plus que jamais je me rends compte que, comme le dit si justement Perry Stone : « l’ultra est plus difficile à comprendre qu’à pratiquer. »

La preuve :

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Merci Didier pour cette photo absolument atroce, mais essayez de manger un bout de cake pendant que l'on vous enfile des gants et l'on en reparlera!!

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Photos : Laure Rico, Gisèle Russias et Didier Miranda.

Liens :

- Le Raid Provence Extrême sur véloconcept :

http://www.velo-concept.com/?pg=articles&rub=5&cat=14&id=1310&lang=

- Le Raid Provence Extrême sur vélo101 :

http://www.velo101.com/actualite/default.asp?Id=12521&Section=Cyclosport

- Le Monde parle d'Ultra :

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3242,36-916273@51-903262,0.html

- Le Raid Provence Extrême de JP vu par Philippe Ronat :

http://chamrousse.team.cyclosport.over-blog.com/article-10576333.html

17 septembre 2006

Le Raid Provence Extrême 2006: 22h25 sur un nuage.

Le Raid Provence Extrême 2006 : 22 h25 sur un nuage.

RPE30_laure_hugues« Tu n’es pas venu ici pour gagner mais pour boucler le parcours avant tout. Met toi bien ça dans le crâne !!! »

Ça pourrait en perturber plus d’un, dans mon cas c’est cette petite phrase de Laure qui m’a permis d’aller jusqu’au bout. Nous sommes à Aiguines, au km 220, à l’entrée des Gorges du Verdon. Il est 18h40, je m’accorde la première véritable pause depuis le départ. Un instant de répit,  5mn seulement, pour soulager un peu les pieds, manger du consistant, faire le point sur la situation. Je suis tout seul devant, Alessandro Forni a fait petite une erreur de parcours dans le secteur de Manosque, l’avance est confortable, Dominique est en embuscade, le reste de la troupe des solos est éparpillé.

« Tu gères ton effort, surtout ne te prends pas la tête, tu ne t’occupes pas des autres. » Patrick essaie tranquillement de me réconforter.

Le scénario le plus fou pour ce RPE, celui auquel je n’avais jamais pensé, est en train de se dérouler devant moi. C’est ce qu’il y a de surprenant avec l’ultra, rien n’est écrit à l’avance, tout est possible… tant que la ligne d’arrivée n’a pas été franchie.

Comment on se retrouve un beau samedi du début du mois du juin en tête du Raid Provence Extrême, quelque part entre le Ventoux, la Montagne de Lure, le Plateau de Valensole et les Gorges du Verdon, sur un parcours de cinglé de 600km et 10 000 m de dénivelé ?

Une préparation bien menée.

02194713_1_Je l’avais bien préparé ce RPE 2006. Malgré un hiver et un printemps à nouveau calamiteux cette année, j’avais pu aligner une bonne demie douzaine de sorties bien corsées de plus de 200 km à fort dénivelé, et un beau 300km sur les routes du RPE qui m’avait permis de reconnaître les pièges du Road Book entre Banon et Manosque. La condition physique s’avérait bien meilleure que l’an dernier à la même époque, pas de chutes dans les jours qui précèdent le départ, pas de problèmes aux pieds, tous les atouts étaient de mon côté. Le week end précédant j’avais pu m’offrir en un peu plus de 10h cinq ascensions du Ventoux au cours des Ventoux Master Séries, le tout sans vraiment me presser et sans fatigue excessive. J’avais la chance d’avoir une assistance à la pointe cette année avec Laure aux commandes et sa sœur Gisèle en renfort. Il ne restait plus qu’à pédaler et oublier ce satané mistral qui sévissait dans la vallée du Rhône depuis plus d’une semaine. Le vent, c’est bien connu, c’est l’ennemi numéro 1 du cycliste, surtout lorsqu’il devient un défi aux lois de l’équilibre. Il souffle avec une telle force du côté de St Rémy de Provence que Patrick François envisage de prendre la décision de décaler le départ géographiquement vers Mazan, soit 10km avant le départ réel à Bédoin. Les 50 premiers kilomètres qui devaient être parcourus à allure neutralisée seraient supprimés. Nous serions ainsi plus à l’abri à cet endroit pour prendre le départ dans des conditions de sécurité optimale.

Le départ se fera…en voiture !

DSC00950Samedi 3 juin, 9h, la décision est prise, l’ensemble des participants part de St Rémy en convoi motorisé. C’est insolite pour le départ d’une course de vélo ultra distance, mais c’est plus sage vu la force du vent. Dans ces conditions les 50 km neutralisés auraient été une véritable épreuve.

Une nouvelle donnée vient de s’ajouter à la longue liste des inconnues qu’il va falloir gérer dans les heures à venir : Wolfgang Fashing, le vainqueur sortant, la star incontestée de l’ultra, ne sera pas au départ !!! Merde, j’ai peut être ma chance… surtout rester concentré…

Le convoi s’arrête à Mazan pour ce nouveau départ fictif, on débarque rapidement les vélos, les derniers préparatifs sont vite expédiés. Bonjour à Gaby et Pedro, nos amis de sudvélo. De son côté Alessandro Forni fait des accélérations à l’échauffement. Je crois qu’il faudra oublier un départ tranquille dans le Ventoux.

Alors que les voitures d’assistance nous ont quitté pour aller prendre place dans la montée du Ventoux après le fameux virage de St Estève, nous partons tranquillement pour 10km d’échauffement jusqu’à Bédoin. 10km où tout le monde reste concentré, à l’écoute de ses sensations, les premiers coups de pédales sont parfois indicateurs de ce que sera la journée. Nouvel arrêt à Bédoin avant le départ réel. Le Ventoux nous attend sagement pour établir les valeurs. La suite du programme est simple : 600km de routes sinueuses et exigeantes en solitaire, la chaleur, la nuit, le froid, le vent…

Le Ventoux en apéro.

03112753_1_11h15, c’est parti, ou plus exactement Alessandro Forni est parti comme un missile à l’assaut du Ventoux. Avant même les pentes difficiles, Alessandro a décidé de mettre le feu. Mark Haycraft et Dieter Kleiser sont partis à sa poursuite, au fond de moi je me dis que ça va être une véritable boucherie si le rythme est si élevé d’entrée. Derrière, nous nous mettons en route plus gentiment jusqu’au virage de St Estève, nous savons tous qu’au-delà de ce point la pente nous révèlera rapidement nos limites. Pour ma part, dès les premières pentes, les sensations me poussent plutôt à l’optimisme. Le coup de pédale tombe facilement et je me détache assez rapidement de la troupe sans trop forcer la cadence. J’ai en point de mire Mark, Dieter et Alessandro un peu plus loin, le risque étant de s’emballer à vouloir les rattraper trop tôt, le surrégime étant fatal dans des pentes à 10% . Je maintiens un honnête 14km/h dans les fortes pentes menant au Chalet Reynard, j’ai pu rattraper en cours de route Mark et Dieter, Alessandro a pris le large. Drôle d’ambiance ce matin dans le Ventoux, alors que nous nous appliquons à grimper consciencieusement le géant de Provence, nous rattraponsVentoux_1_ de nombreux cyclistes peu entraînés et mal équipés, sur des VTT trop lourd ou des VTC, parfois en baskets, souvent en équilibre sur les pédales pour vaincre la pente, sûrement attiré par le mythe de cette montagne qu’il faut avoir gravie dans la vie d’un cycliste. Le contraste est saisissant avec les concurrents du RPE suréquipés suivi de leur véhicule d’assistance. Dans cette agitation, nous ne nous sommes même pas rendu compte que le vent avait sensiblement baissé d’intensité. Après le Chalet Reynard, le sommet se laisse apercevoir, il nous nargue durant 6km. La forêt a laissé la place au paysage lunaire si caractéristique du Ventoux. La pente se fait aussi moins forte, ce qui permet de remettre un peu de braquet pour gagner quelques précieux km/h. L’instant est sublime, j’évolue sans trop souffrir dans ce paysage si particulier où tout est lumière : La rocaille blanche, le ciel limpide, la vue à l’infini vers le sud… 1h18 après le départ de Bédoin, je franchis le sommet du Ventoux, ça paraît presque trop facile, c’est peut être trop rapide vu la route qu’il nous reste à faire, tant pis, Alessandro à du passer en 1h15 !

La température est clémente, je ne prend pas le temps de m’arrêter et fonce directement dans la descente. Prudence quand même avec les touristes motorisés qui sont autant d’obstacles sur la route. J’assure un petit 80 km/h dans la ligne droite du Mont Serein. A Malaucène je retrouve Alessandro qui semble avoir hésité sur la direction à suivre. Nous voilà tout les deux en tête du RPE, comment gérer cette situation ?

Des paillettes dans le Toulourenc.

Avec_l_Italien_alessandro_forni_1_La suite du parcours est un véritable traquenard. Nous empruntons la route du hameau de Veaux qui se caractérise par une succession de montées et de descentes sur une route sinueuse, suivie par la magnifique Vallée du Toulourenc qui longe le versant nord du Ventoux. Alessandro applique avec une grande rigueur la règle du non drafting et me laisse environ 200m d’avance. La situation n’est pas confortable pour moi, je me trouve obligé d’imprimer le train sans trop savoir ce qui se passe derrière moi. Je me doute qu’Alessandro envisage de me laisser m’épuiser devant et de me cueillir au moment voulu. A ce petit jeu, je mène le tempo jusqu’à Reilhanette au bout de la vallée du Toulourenc, mais je ne suis pas très serein avec l’Italien dans le rétroviseur. Dans la montée sur Aurel, je m’en doutais, Alessandro passe à l’offensive. Il accélère sèchement sur la gauche de la route dans son style de grimpeur, suivi de près par son berlingot bleu assorti à la couleur de son maillot. Je me rend compte que son maillot est maculé de paillette, style « la fièvre du samedi soir », ces italiens, ils sont incroyables, ils sont capables de prendre le départ d’une épreuve de 600km avec une tenue pour aller en boite de nuit. De plus en l’observant s’éloigner je remarque une espèce de rondelle de la taille d’un CD au niveau de ses fesses insérée sous son cuissard. Ce mec est étrange, je ne saurais jamais ce qu’était cette rondelle !! Pour en revenir à son accélération, je ne réagis pas, faut pas déconner on n’a pas fait 100 km, et puis le contrôle d’Aurel n’est pas loin.

Jeu de piste sur le plateau du Vaucluse.

Je déboule un peu au taquet au PC n°2 d’Aurel, Alessandro a du prendre environ une grosse minute d’avance selon mes estimations. Je cherche mon Berlingot couleur sable, moi aussi je suis suivi par un Berlingot !! Laure ??? Gisèle ??? A Gauche !!! Merde, ça tourne à gauche toute et dans une bosse. Je m’arrête, signe la fiche que me tend le contrôleur, changement de bidon… »Tu veux quoi à manger ?? » « Sandwich … », ça va à 100 à l’heure…1 mn et c’est reparti .On sort d’Aurel par une bonne petite bosse, au sommet je vois qu’Alessandro n’est pas loin. Il se retourne, me voit et coupe son effort pour me laisser revenir. On se retrouve assez rapidement côte à côte, un regard, un petit sourire, on fait quoi ? Une petite partie de poker s’engage, qui va passer devant ? Et ben j’ai perdu c’est moi qui m’y colle à nouveau. On file maintenant plein pot avec un bon vent favorable sur le plateau du Vaucluse en direction du Revest du Bion. Deux cyclistes, deux berlingots, des champs de lavandes, le tableau est original. Je connais bien  le road-book, j’ai repéré les bifurcations pièges de ce secteur au mois d’avril. Aucune hésitation à Banon où je tourne à droite à l’entrée du village pour prendre la D5 vers St Michel l’Observatoire. J’apprendrai plus tard que quelques concurrents ont raté cette bifurcation qui n’est effectivement signalée par aucun panneau directionnel.

Les belles portions vent dans le dos menant à St Michel nous permettent de progresser souvent à plus 60km/h. Je mène un espèce de faux train qui pousse Alessandro à passer devant mais il semble peu sûr de lui sur la direction à suivre, il se retourne souvent, sûrement pour vérifier si je suis toujours là, signe qu’il est 03182609_1_sur la bonne route ! La section entre St Michel l’Observatoire et Manosque est très piégeuse, je vais laisser Alessandro prendre un peu de champ, qu’il se débrouille pour l’itinéraire…

Je temporise dans le petit col avant de basculer sur Manosque, je ne vois plus du tout l’homme aux paillettes avec un CD dans les fesses. Il a passé la vitesse supérieure ?

La traversée de Manosque est pénible, il faut se frayer un chemin dans la circulation du samedi après-midi sans rater la direction de Valensole. Je ne vois même pas le Berlingot bleu bloqué dans les bouchons, je ne comprends pas comment ils auraient pu me prendre autant d’avance.

Changement de scénario à Valensole.

La route qui mène à Valensole est un long faux plat usant d’une dizaine de kilomètre suivie d’une petite séance de montagnes russes sur le plateau. Je suis dans un bon rythme, confiant, les jambes tournent bien. J’atteins le PC n°3, dressé à la sortie de Valensole, à un peu plus de 17h, soit environ 170km avec 3200m de dénivelée parcourus en un peu plus de 5h45. Je suis sur une bonne base mais la route est encore longue. Au moment de la signature, surprise, je suis le premier à émarger, l’italien n’est pas encore passé. Il a du rater une bifurcation !! Le vélo est un sport plein de surprises. Ce scénario je ne l’avais pas du tout prévu. Te voilà en tête mon coco, tu ne sais pas ce qui se passe derrière, va falloir gérer, ne pas s’affoler … et d’abord aller pisser un coup.

3mn de répit en tout et c’est reparti en direction de Riez sur des routes qui deviennent vraiment casse pattes. Le relief environnant se fait imposant, signe que l’on se rapproche des Gorges du Verdon, le deuxième gros morceau de ce Raid Provence Extrême après le Ventoux.

Je commence à ressentir des troubles digestifs, cela devient gênant et je ne voudrais pas que les problèmes de l’an dernier se reproduisent. Laure et Gisèle me prennent de l’avance pour trouver quelque chose contre la nausée dans une pharmacie de Moustier Ste Marie. L’assistance d’un cycliste qui cherche une pharmacie, ça peut prêter à sourire par les temps qui courent…

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Je continue ma route qui longe le lac de Ste Croix en direction d’Aiguines, l’entrée des gorges du Verdon est absolument magnifique, même avec un arrière goût de vomi dans la bouche.

Le Berlingot est revenu au pied de la montée sur Aiguines. J’attaque souple car à partir de maintenant ça va pas être simple dans le Verdon.

« Tiens, prend ça ! » « C’est quoi ? » « Du vogalène. C’est contre la nausée, il paraît que ça agit vite. ».

Je monte quelques kilomètres, la voiture de direction de course me double et m’encourage, j’ai l’impression qu’il y une bonne ambiance dedans.

« Ça va mieux ? » « Non !! »

Voilà Aiguines, le PC n°4.

Changement de régime alimentaire à Aiguines.

RPE17_aiguineCette fois ci, on va prendre un peu plus de temps pour souffler. Laure sort le pliant, je m’assied et aère un peu les pieds. Il faut que j’oublie le sucré pour m’alimenter, je passe à la fougasse et à la quiche. L’estomac en veut bien c’est bon signe pour la suite. On discute un peu, l’ambiance est détendue. 5mn au calme avant la suite du programme.

C’est du grand spectacle qui nous attend : la Corniche Sublime, le pont de l’Artuby, les Balcons de la Mescla. Le grand canyon du Verdon avec la lumière et le calme d’une fin de journée, c’est féerique. On évolue en apesanteur au dessus de vides vertigineux, on en oublie presque la difficulté du terrain. Bosses après bosses, j’avance sur un tempo régulier. Mon estomac fait encore des siennes de temps en 03190243_1_temps, je suis passé à l’eau pure et au coca.

Trigance, qui m’avait fait tant souffrir l’an dernier, est abordé dans le sens de la descente, je la préfère comme ça cette route !! Au Pont du Soleil nous avons atteint l’extrémité Est des gorges  et du parcours, changement de rive, changement de cap, on met les voiles plein Ouest.

Le spectacle continue, mais maintenant nous sommes au fond des gorges, entourées de vastes parois calcaires impressionnantes. La route se fraie un chemin  hasardeux  taillé dans la roche à coup de tunnels. Une fois passé la clue de Caréjuan et le Point Sublime le paysage devient plus calme mais les difficultés sont toujours bien présentes. Dans une ambiance un peu moins rocailleuse et par une série de petites bosses de 4 à 5 km on se rapproche du PC de la Palud sur Verdon.

Changements de vélo à la Palud sur Verdon.

gorges_du_verdon_1_Deux ou trois Kms avant le PC, Laure et Gisèle me prennent de l’avance pour préparer de quoi me refaire une petite santé : le pliant, du flan, de la quiche, du gâteau de riz, il en faut peu pour mon bonheur et continuer à avancer.

Je suis seul et comme le veut la loi de l’enmerdement maximum, c’est à cet instant que ma chaîne se brise. J’évite le pire, pas de gamelle. Un petit malheur mais un grand coup de chance, un véhicule de l’organisation est en train de venir à ma rencontre et il a de quoi réparer. Il s’occupe de tout. Je piétine, dans ces instants 1mn semble durer une éternité.

« Il y a du monde derrière ? »

« Ne t’en fait pas tu as encore de la marge ! »

Un coup de file à Laure qui revient en trombe, je saute sur mon vélo de rechange.

« Roule on s’occupe de la réparation »

Au PC n°5 de la Palud, je m’octroie quand même la pause prévue : petit massage et engloutissement de gâteau de riz en prévision de la suite plutôt musclée.

Mon St Bernard est revenu : « voilà, ton vélo est réparé. »

Il est 21h10, il est temps de mettre l’éclairage en place, le moral est solide.

Je repars en direction de la fameuse boucle des crêtes de la Maline, je ne me suis même pas rendu compte que le relais de Mark et Anne Haycraft est arrivé au PC juste après mon départ.

Les crêtes de la Maline c’est d’abord 6 km de montée avec des pentes à 10% suivie d’une descente vertigineuse à flanc de falaise, la route slalome entre les à pics et les belvédères, le Verdon coulant 600m plus bas. Je me grouille d’effacer cette difficulté pour pouvoir faire la descente avec les dernières lueurs du jour. Ça passe sans trop souffrir sur le 42/25, j’enfile une veste au sommet et des gants longs car la température est en train de chuter. Je suis dans un instant d’euphorie, je plonge dans la descente, belles trajectoires avec le peu de jour qui reste.

Pour sortir des gorges il va falloir repasser par la Palud et franchir le petit col d’Ayen. Dans la Palud visiblement la fête bat son plein dans les bars, je fais un passage remarqué. Le degré d’alcool aidant, la vision d’un cycliste qui visiblement essaie de rouler vite,  suivi par un Berlingot plein phare avec deux femmes au volant, ça fait son effet !!

Je commence à bien ressentir l’acide lactique dans les jambes, signe que l’on doit avoir plus de 300km au compteur. La sortie des gorges est roulante, la route est belle, je peux ainsi maintenir un rythme rapide jusqu’ au 2e passage à Moustier Ste Marie. Il fait nuit noire maintenant, et c’est grisant de rouler vite dans les phares de la voiture. Les sensations sont différentes, tout est feutré autour de nous.

Laure est en train de recevoir des appels d’encouragements, visiblement il y a du réseau SFR entre Moustier et Puymoisson, c’est dans ce coin que j’avais reçu les messages de JdlC l’an dernier. Message aussi sur mon répondeur, c’est ma sœur qui pense à nous, un petit réconfort moral qui permet de retrouver des forces.

Le vent est un peu défavorable sur le plateau de Valensole mais je sais que la suite du parcours jusqu’à Oraison est calme et roulante.

Oraison, les choses sérieuses vont bientôt reprendre.

PC n°6, il y a de l’agitation sur la petite place d’Oraison, l’assistance de Pedro et Gaby est aux aguets, Patrick François est là aussi, Laure et Gisèle ont déjà tout préparé.

Il est 0h23, en 6mn tout est expédié : le fauteuil pliant, gâteau de riz, flan, café, coup de fil de Jean Charles.

« J’ai combien d’avance ? »

« Environ 20mn sur Dominique et Forni. »

Intérieurement je sais que c’est fragile comme avance car la suite est terrible. Il faut absolument que je me concentre sur la difficulté du moment et que j’oublie complètement le reste.

La route qui mène au pied de la montagne de Lure est truffée de difficultés, calmement je négocie le long faux plat qui mène à Forcalquier où il faudra un petit peu naviguer cette fois-ci pour trouver la bonne route. De même, je m’applique à garder un bon rythme dans la côte qui conduit à Fontienne. Petite descente tortueuse où j’apprécie bien l’éclairage du Berlingot, petite remontée de 2km et nous voilà à St Etienne les Orgues, au pied de la Montagne de Lure, le moment de vérité. L’an dernier j’avais pris une déchirée monumentale sur cette même montagne par le versant Nord, cette année c’est le versant Sud au programme que j’espère bien grimper plus brillamment. Il faut faire le vide, se concentrer sur l’effort, surtout bien penser à s’alimenter et s’hydrater. C’est parti pour 13,5 km antre 6 et 8%, les premières rampes font mal aux jambes, mais j’arrive rapidement à trouver un rythme de croisière entre 13 et 14 km/h. Chaque lacet, chaque borne kilométrique est un objectif à atteindre, les encouragements de Laure me pousse à en remettre une petite couche quand la route se fait moins pentue. Voilà le Refuge de Lure, les 5 Kms suivants qui mènent au sommet sont beaucoup moins durs, la température commence à se faire mordante, mais je sais que l’obstacle est vaincu. 3h07, j’arrive au sommet un peu groggy, on a largement dépassé le cap des 400km, il fait 3°.

Images surréalistes au sommet de la Montagne de Lure.

L’opération vêtements secs et ravitaillement va se faire au coin du feu. Nos amis d’Egobike nous ont réservé un accueil formidable : soupe chaude et feu de camp. Je suis complètement abruti par l’effort de la montée mais on ne perd pas trop de temps. Les filles s’activent pour me faire enfiler les jambières, sur chaussures, sous vêtements secs, buffs, veste d’hiver, gant. En même temps j’essaie d’avaler la soupe, le gâteau de riz, je suis un peu grognon sous l’effet de la fatigue, je ferme les yeux, surtout rester concentré, ne pas s’énerver, si j’en bave c’est pareil pour les autres…13 minutes d’arrêt qui semblent une éternité dans cette ambiance feutrée à 3h du matin à 1800m d’altitude, la douce chaleur du feu donne un sentiment de bien être… allez faut remettre le casque et repartir !

La suite c’est 25 Kms de descente piégeuse, sur une route pas toujours très lisse, avec quelques virages délicats en pleine nuit. J’ai repéré cette descente début mai, j’en connais les pièges, je suis en confiance, je n’ai pas froid, Laure me suit merveilleusement bien dans le Berlingot, ça file. Voilà le petit village de Valbelle qui marque la fin de la descente, on va tourner un peu plus loin à gauche pour attaquer la longue vallée du Jabron.

Les lueurs de l’aube dans le Jabron.

Débranche les neurones mon gars, la vallée du Jabron c’est 27 km de faux plats et de montées à faible pourcentage qui conduisent au col de la Pigière. Quand t’es cuit c’est une horreur.

Mais tu n’es pas cuit, dis-toi bien que tu n’es pas cuit, tourne les jambes, reste concentré.

« N’oublie pas de manger, tu veux quoi ? » 

« J’ai l’impression de ne faire que ça : Bouffer !! »

« Reprend une part de flanc, ça passe bien le flanc. »

Il y a du changement dans l’air, je ne sais pas encore quoi, mais il y a quelque chose qui change. J’entends des oiseaux depuis quelques instants, ça attire subitement mon attention car on était plongé dans un silence de plomb depuis quelques heures. Derrière moi, une vague luminosité apparaît dans le ciel, je viens de comprendre que la nuit était finie. C’est toujours un grand moment d’avoir traversé la nuit sur son vélo et de voir l’aube se lever, une difficulté a été vaincue et un sentiment de réconfort nous envahi.

« Regardes, le jour se lève, tu as fait le plus dur ! »

« Tu reprendras bien une part de flanc ! » Ouais, ne pas oublier qu’il reste de la route.

Le col de la Pigière est franchi, petite descente en roue libre suivi des 4 kms du col de Macuègne. La vache, je le sens passer celui là. Petit moment de faiblesse au sommet, il faut que je m’arrête 1 ou 2 mn, Laure continue son opération de gavage à coup de part de flanc. Ça va un peu mieux et j’attaque les 10 kms de descente vers Montbrun les Bains. Cette portion ne présente aucune difficulté technique, le revêtement est excellent et pourtant je crève de la roue arrière, le St Bernard-Berlingot est là et je peux changer rapidement de roue.

Nous retrouvons la route empruntée hier en direction d’Aurel, il s’en est passé des choses depuis, aujourd’hui Forni n’est plus là pour me poser une mine !!

remont_e_ventoux_matin_1_La surprise du PC n°8

6h28, je m’affale sur la chaise du PC d’Aurel, on doit bien en être à 500km parcourus. Je ne sais pas trop qui il y a autour de moi, je reconnais Pedro qui m’encourage, il paraît que j’ai maintenant une confortable avance sur le second solo qui n’est autre que Dominique himself. Il a eu tout le monde à l’usure, sacré gaillard ce Dominique.

Patrick François est là :

« J’ai une bonne nouvelle pour toi, on rabote le 2e Ventoux, on monte au Chalet Reynard et on rentre à St Rémy direct. Ça sent le cramoisi chez les solos, ça sera plus sage. »

Drôle de sentiment : d’un côté je suis vraiment soulagé car je redoutais terriblement  cette dernière ascension, de l’autre un petite sensation de frustration car j’y avais pensé tout le printemps à ce Ventoux avec plus de 500kms dans les jambes. Patrick a sûrement pris la bonne décision et je sais que maintenant, sauf incident, je ne serais plus rattrapé.



Pedro Grand Seigneur.

20km de montée pour Chalet Reynard, le coup de pédale est maintenant plombé mais je suis ivre de bonheur malgré la fatigue. Les premiers rayons du soleil font leur apparition, le ciel est d’une pureté incroyable, cet instant j’essaie de le savourer, de ne pas en perdre une miette, c’est tout simplement du plaisir à l’état brut.

Je sais que je ne vais plus très vite et j’ai le désagréable sentiment que quelqu’un se rapproche. C’est l’instinct cycliste, le petit coup d’œil derrière, la silhouette que l’on guette, et pourtant je ne vois rien. Je me reconcentre pour ne pas trop faire tomber la vitesse. Je réalise soudain qu’un autre Berlingot avec un gyrophare est derrière nous, je pense à Forni, non ce n’est pas possible. Simultanément un cycliste arrive à ma hauteur, ce qui me provoque une vive émotion. C’est qui ??

RPE_Hugues_pedro_ventoux_1_J’ai la tête dans le brouillard mais je reconnais Pedro, le coup de pédale léger, il doit monter 2 km/h plus vite que moi. Il vient de prendre le relais à Gaby à Sault, ils auront quand même mis plus de 500km pour me rattraper à deux, mais peu importe, ne cherchons pas à comparer. Le RPE en équipe ou en solo, ce sont deux épreuves totalement différentes avec leurs propres problématiques mais qui se rejoignent sur le but ultime : franchir la ligne d’arrivée.

Nous roulons maintenant côte à côte Pedro et moi, j’ai beaucoup de mal à exprimer quoi que se soit, la discussion se réduit au strict minimum, j’économise mes mots comme j’économise mes forces. Pedro m’encourage, j’ai compris qu’il n’avait nullement l’intention de me lâcher dans les derniers kms de Chalet Reynard. C’est ensemble que l’on terminera ce périple, dans un profond respect mutuel.

Je ne réalise même pas que l’on vient de franchir Chalet Reynard, je bascule sans trop me poser de questions. La descente rapide et technique est vite négociée, nous revoilà à Bédoin qui commence à s’éveiller, l’air se fait sensiblement plus doux. On va pouvoir savourer ces 50 derniers kms.

St Rémy de Provence : Le Retour.

Jacques, mon futur beau-papa, qui s’est tenu informé de l’évolution des choses, souhaite faire la fin du parcours avec nous. Je le retrouve à la sortie de Bédoin, il est parti de Sarrians au petit matin pour faire sa sortie de récup après la cyclosportive Ventoux-Beaume de Venise de la veille.

Nous voilà 3 cyclistes côte à côte.

« Salut Jacques ! Alors cette Ventoux ? » Difficile de trouver une discussion intelligente dans un tel moment.

RPE25_groupe_face_1_Un peu plus loin, c’est Gaby qui remonte sur son vélo pour terminer le RPE avec son équipier comme le veux la tradition pour les teams sur les épreuves Ultra. J’en profite pour enlever la veste d’hiver, les gants et les jambières, c’est vrai qu’il doit faire plus de 20° maintenant et tout le monde est en tenue d’été.

C’est en véritable convoi que nous franchissons successivement Mazan, Pernes les Fontaines, Velleron et Caumont sur Durance. 4 cyclistes, 2 berlingots et la voiture de Patrick François, nous prenons de la place, quelques excités motorisés du dimanche matin nous doublent nerveusement, je n’y prête même pas attention tellement je suis sur mon petit nuage.

Les deux anciens, Jacques et Gaby, discutent comme des cadets, je savoure le moment en silence. Le mistral s’est bien levé maintenant et nous propulse vers l’arrivée, 40km/h après 22h d’effort c’est sympathique !!

Noves, ça commence à sentir sérieusement l’écurie, le panneau indique St Rémy de Provence 13 km, souviens-toi bien profondément de cet instant. Le décompte a commencé, 12 km, 11km, 10 km,…

Je vais boucler mon 2e RPE, je commence à réaliser que je vais le remporter, c’est énorme, même dans mes rêves les plus fous je n’avais pas envisagé cette éventualité. Je sais que Fashing n’était pas là, Forni a fait une erreur de parcours, peu importe, c’est énorme pour un petit gars qui a passé des heures et des heures à l’entraînement pour s’offrir un tel instant de bonheur.

Le panneau St Rémy de Provence…Les derniers rond points…

« Vas-y Hugues, savoure !! »

Virage à gauche, virage à droite …La ligne d’arrivée… je lève le poing…Il est 9h40, c’est terminé.

L’émotion qui nous envahit dans de tels instants est difficilement explicable, Laure me rejoint, je n’ai jamais réussi ou voulu exprimer ma joie de manière trop démonstrative en public, mais intérieurement à cet instant ça bouillonne.

Vendredi lors du briefing, on pouvait lire sur le tableau une question sans réponse : « le RPE : souffrance ou bonheur ? ». Aujourd’hui, sans hésiter un seul instant, je choisis la seconde réponse.

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Retour à la vie normale.

Le retour sur terre est toujours dur après de tels moments, on est félicité de toute part, beaucoup de sollicitations, il faut garder les pieds sur terre, je n’ai fait simplement que ce que j’aime faire : pédaler.

Il faut aussi affronter le regard de tout ceux qui sont totalement étrangers à ce petit univers des sports d’endurance, notamment au boulot où je reste très discret sur mes activités extra professionnelles. Les collègues découvrent une autre facette de ma personnalité, je ne suis pas seulement un gestionnaire du personnel, je suis aussi un cinglé qui va passer 24h à pédaler sur les routes de Provence.

Pourquoi ? Qu’est ce qui me motive ? Comment faire comprendre… Entre incompréhension, amusement et admiration, il faut rester serein et continuer à croire en ce que l’on fait.

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Je ne pourrais pas terminer sans remercier Laure et Gisèle qui ont réalisé un véritable coup de force en matière d’assistance, nos familles respectives pour leur confiance, nos compères de Sudvélo, Manu, Serge, Bernadette, Camille  pour leurs encouragements, Jean Charles qui m’apprend à donner du sens à ce que je fais, Pedro et Gaby pour leur sportivité, Patrick François et toute son équipe sans qui rien ne serait possible, et bien sur tout ceux que j’oublie…

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Pour en savoir plus:

http://www.velo-concept.com/?pg=articles&rub=3&cat=34&id=1178&lang=

21 mai 2005

Le Raid Provence Extrême: une initiation à l'Ultra.

174637_1_666km et 9000m de dénivelée avec pour toile de fond le Ventoux, la Montagne de Lure, les Gorges du Verdon, c'est une invitation à la découverte de la Provence que nous propose ce sublime parcours. Unique véritable épreuve d'Ultra distance en France le Raid Provence Extrême sert également de support au Championnat d'Europe de la discipline. Le RPE peut se disputer en solo avec ou sans assistance, ou par équipe de 2 ou de 4.
Il faut du courage et de la patience pour venir à bout des difficultés proposées, sachant que la réussite repose sur une gestion consciencieuse de l'effort et une alimentation adaptée. Comme d'habitude sur ce genre d'épreuve la sélection est impitoyable. Le vainqueur incontesté de cette édition, Wolgang Fashing aura mis à peine moins de 20h pour boucler le parcours, son poursuivant immédiat, Daniel Wyss, accuse déjà un retard de 57mn. Sur la cinquantaine de candidats au départ seul 22 solos et une équipe rallieront l'arrivée en un peu plus de 30 heures pour les plus attardés.

Pour moi il s'agissait de ma première expérience sur une épreuve d'Ultra distance. L'apprentissage aura été difficile avec des erreurs d'alimentation, des douleurs aux pieds, et un immense moment de découragement dans la montagne de Lure où psychologiquement j'avais jeté l'éponge. L'important est de pouvoir surmonter cet instant où rien ne va, et de continuer sans se soucier de ce qu'il reste à faire. En général lorsque le cap est franchi on retrouve de la force et du courage jusqu'à l'arrivée.

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Une fois le ligne franchie, la joie est immense, du premier au dernier la satisfaction se lit sur les visages avec cette petite lueur dans les yeux qui dit "je viens de vivre quelque chose d'exceptionnel".
Au rayon des souvenirs inoubliables:
- La tombée de la nuit et mon énorme défaillance dans la montagne de Lure.
- Laure qui me dit "tu ne t'attendais pas à ce que ce soit facile" alors que j'étais à deux doigts d'abandonner.
- Le Verdon dans la nuit avec les bestioles nocturnes.
- L'aube sur le lac de Ste Croix en arrivant à Aiguines.
- Le coup de fil de JdlC au petit matin.
- Les 24h  d'assistance non stop de Laure en solo.

Petit apperçu en photo du RPE 2005:

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Wolfgang Fashing, la référence mondiale en matière d'Ultra et vainqueur de ce RPE.







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Valentin  Zeller, l'un des favoris du  RPE, vainqueur de la RATA en 2004.






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Dominique Briand et Pascal Pechalat. Les crazy gones de la RAAM.





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Fashing en action dans le Ventoux.







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Les Baronnies vue du Mont Serein.               190521_1_


                     Montbrun les bains.



                                                   

                            La Montagne de Lure vue depuis la vallée du Jabron.

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La Côte de Ste Ane au dessus de la Roque d'Anthéron (21%) et la Côte de Vernègue avec près de 600km dans les jambes.
Des montagnes de playmobil selon JdlC.





Le site de l'épreuve : vélo-concept.com

Jean de la Ciotat: un autre regard sur le RPE.
RER, SFR et RPE: un certain sens du cyclisme.

RER, SFR et RPE : Un certain sens du cyclisme

Vendredi 20 mai… 19 h 12, station Saint-Michel : j’appelle Laure : « Ils partent demain à douze heures. Tu peux l’appeler sur son portable, il aura l’oreillette, et comme je sais que tu te couches tard, je crois que si tu l’appelles dans la nuit, s’il n’est pas dans la descente de la Montagne de la Lure, il sera content de t’entendre ». Je quitte la lourdeur de l’air parisien… Le RER C m’éloigne d’une semaine d’art et de rendez-vous en lieux choisis dans la capitale du XIXe siècle. Je vais rejoindre mon Vitus déposé en début de semaine chez Martial pour une virée en Eure-et-Loir, mais j’ai le profil de la Provence et la représentation d’un néo-ultra suivi la nuit par une Golf grise dans les gorges du Verdon dans la tête. Samedi 21 mai : 12 h 23… Je remonte à la hauteur de Martial et Gérard… Nous sommes sur Saint-Arnoult en Yvelines – Maillebois – Saint-Arnoult en Yvelines, une randonnée sympa de 210 kilomètres à plus de 34 km/h dans les 75 premiers kilomètres dans un petit groupe de oufs tiré par un type trop bien musclé et trop bien en ligne pour être licencié à la FFCT et un licencié à la FFCT trop rompu aux moyennes des hommes de tête de Bordeaux-Paris pour qu’on puisse discuter avec Martial et Gérard. Mes relais sont minables, ma présence toutes les minutes quelques secondes en tête de notre petit groupe de turbocyclotouristes rattrapant tout le monde, ridicule : un coup de cul, une dizaine de mètres sans trop de volonté, un retour en force dans les roues, un peu d’acide dans les cuisses et mon mental de mec qui doute de plus en plus de l’intérêt de s’aligner sur des épreuves avec si peu de capacités décide de laisser partir… Alertés par ma tronche de dépressif en milieu sportif, mes deux anges gardiens de l’esprit cyclosportif convertible en cyclotourisme renoncent à leur partie de manivelle, on va dérouler à 30 de moyenne jusqu’à l’arrivée — pause salade de riz – sandwich – coca – camembert – compote – banane non comprise. Merci les gars, sympa de foutre en l’air votre week-end pour un mec qui ferait mieux de tomber la plaque et de mettre des sacoches… Je me sens minable (le mec qui gêne)… Un ado mal dans ses cuisses… pas très intéressant. Martial cherche à détendre ma difficulté à être ici et maintenant dans la cadence de pédalage d’un 200 bornes rondement mené en me faisant à nouveau part de son obsession au sujet des sensations temporelles… Einstein, Saint-Augustin et Heidegger (il sait que je déteste Heidegger) revisités à 32 km/h entre deux « À gauche ! À gauche » (fléchage jaune fluo)… De son côté, Gérard demande à Martial s’il sait comment on dit « Châteaux fort » en belge… La moyenne est en train de gentiment chuter… Martial dit « non », Gérard en roue libre, se retourne et hurle : « CHÂÂTEAU !!!! »… : j’éclate de rire. L’épreuve de préparation à je ne sais plus trop quoi tourne à la convivialité. « Bon sérieux les gars : ça fait 23 minutes qu’ils sont partis… ». Gérard : « Qui ? ». Moi : « les ultras du RPE, 666 kilomètres… Bordeaux-Paris + 9 250 de dénivelée… Simple. » Gérard : « Ils passent par le Ventoux ? » Moi : « Ils passent par le Ventoux et la Montagne de Lure… la nuit… Là, ils auront basculé dans un autre truc… ». On a pas les watts, mais on a le respect. « Il aura l’oreillette… enfin l’oreillette de son portable »… Martial : « ok ce soir, on l’appelle »…

21 h 30, Martial me dépose Place de Clichy… On n’a pas réussi à joindre Hugues… Warning… Au revoir rapide en double file… Cinq étages à monter les tendons d’Achille douloureux et le Vitus dans la housse… J’avoue que le périple RER + métro, je le sentais moyen. Merci Martial (one more time). Je m’effondre dans le futon… Les jambes légèrement en l’air, mais ne pas dormir, ne pas s’endormir. J’essaye une nouvelle fois : encore ce jingle SFR… Trouver la force de rester éveiller… Pas de problèmes, la tension post-tu-t’es-défoncé-et-ça-fait-du-bien opère encore. Mes heures de selle entre Saint-Arnoult et Maillebois s’estompent, maintenant j’ai la tête dans la nuit du Raid Provence Extrême… Hugues sur son Cyfac, Laure dans sa Golf… Est-ce qu’il se sera remis de sa chute aux 1000 Bosses ? Est-ce que les deux ou trois 300 bornes qu’il aura pu faire suffiront ? 23 heures, j’ai un nouveau message. Tiens, comment ça se fait que je l’ai pas entendu… Ah ben évidemment, c’était quand j’étais aux ch… C’est comme DHL ou Fedex, toujours à ce moment-là que ça sonne… « Oui Jean, c’est Laure… Bon écoute, t’as pas pu l’appeler, parce qu’on est perdu dans la montagne, donc on a pas de réseau. On est dans la descente de la montagne de Lure, il est 11 heures moins le quart… Il est pas trop mal placé, puisqu’il est huitième !… Mais ça va pas du tout puisqu’il a envie de vomir ! Donc voilà, je sais pas comment ça va évoluer… Écoute, tu peux toujours essayer de l’appeler, et moi je te tiendrai au courant de la suite des événements, quand on aura du réseau bien sûr… àààà plus »… 11 heures moins le quart dans la descente de la Montagne de Lure : c’est vrai que ça ne va pas du tout, le Road Book annonçait l’arrivée au sommet à 22 h 50… D’après Orange, le message a été reçu à 22 h 42… No comment. Rataman est en train de déchirer sa race comme on disait à Mantes-la-Jolie dans les années 80. Aux alentours de minuit, je parviens enfin à parler avec Laure… : « Je le ravitaille »… Moi, captant l’intensité du moment : « OK, à vite… ». Quelques minutes plus tard… : « Bon, il est toujours pas monté dans la voiture, il n’arrive pas à avaler autre chose que des sandwiches, mais bon il continue… »… Ça semble foutu pour les sucres rapides… Ce qui est certain : Le brassé du Team Chamrousse ne sera jamais sponsorisé par une marque de produits de l’effort. Ce qui est moins certain : aller s’aligner sur la RATA si le RPE se termine cette nuit… Mais bon, tu vas arrêter de nous faire ch… et tu vas aller au bout… Je tente à nouveau de l’appeler… Cette fois-ci ça sonne, mais Rataman ne répond pas… Une descente peut-être ? Un gros bout de sandwich dans la bouche ? Un visage blême qui dit non à la dernière bouchée ? J’essayerai plus tard… Cinq nouvelles tentatives, mais là, c’est direct le jingle SFR : les zones du territoire peu habitées et propices aux épreuves qui modifient pendant quelques heures votre rapport au monde et au temps ne sont pas encore totalement couvertes pas le réseau ; on s’en doute, on le sait, mais c’est chiant… Je commence à somnoler… Pas mon habitude à minuit, mais le manque de sommeil accumulé dans la semaine + mon 210 km en sous-entraîné total commencent à faire leur effet, je vais bientôt m’endormir : Je me résous à laisser un message sur la boîte vocale de l’apprenti ultra… Ça ne sert à rien, il aura le message longtemps après l’arrivée et je ne sais pas comment on encourage un ultra sur une boîte vocale, et puis pour dire quoi… ? Que j’y étais ? Le bip est passé, c’est à moi de parler… Je ne sais plus trop ce que je dis ni ce que j’ai dit… Ma nuit n’est pas la sienne… Faire court au cas où quand même… : « Hugues, c’est Jean… Il est zéro heures dix, je sais où tu es, je sais dans quel état tu es… tu auras certainement ce message dans plusieurs heures, mais bon… tu vas nous digérer tout ça et ça va passer… Ça va passer Hugues… Voilà, dis-toi qu’un mec qui va s’écrouler de fatigue appelait juste pour t’encourager un peu… Allez roule gamin, roule… »… Et Rataman va rouler, il se paiera même le luxe d’écouter ses messages quelques minutes plus tard, quelque part sur le plateau de Valensole, entre Puimoisson et Moustiers Sainte-Marie. Minuit trente, j’essaye encore. Caramba, encore raté. Et ce jusqu’à 1 h 30… Je laisse un message à Laure… Mon envie d’apporter une petite, mais évidemment bien modeste aide morale au visage blême que j’imagine grimacer devant son assistance inquiète à travers la nuit du Verdon est en train de céder aux injonctions du sommeil que réclame mon corps de mauvais cyclo fatigué par une balade sans dénivelée positive. Mes yeux commencent à se fermer. La dame de la Golf grise transmettra à l’éclairé.


Dimanche. 6 h 26… Paris n’est pas encore trop bruyant, même la fenêtre ouverte… J’ai la tête dans la demi-conscience du réveil, je cherche mon téléphone dans les creux du futon. Je suis dans le pâté… Encore et toujours hors réseau. Je laisse un message à Laure qui me rappelle un quart d’heure plus tard… L’homme qui n’arrivait pas à absorber de sucre rapide navigue à un quart d’heure du petit groupe de Dominique Briand… Un quart d’heure, c’est rien du tout. C’est rien du tout et c’est génial… « Ben ouais, mais bon maintenant il a peur de la montée de la Roque d’Anthéron… Y a un passage à 21 %… et il est cuit quoi… »… Bon il est cuit, mais maintenant il va pas nous em… pour un petit coup de cul à 21 %… C’est quoi un passage à 21 % après avoir avalé 9 000 mètres de dénivelée… ? Non mais, je vais l’appeler pour le secouer un peu moi… Ixième tentative… Tiens, cette fois ça sonne… C’est quoi cette émotion qui monte en moi… ? Je me sens con tout d’un coup, je me sens con, mais… « Oui ? »… « Hugues ? Alors dis-toi qu’au bord de la route, t’as Jean de La Ciotat qui court à côté de toi… » — « Quoi… ? »… — « C’est Jean… » — « Ah… » — « Bon, je sais où tu es, je sais à quelle vitesse tu roules, je connais l’état de ton estomac, mais c’est presque fini… plus que 140 km… c’est rien Hugues… » — « Tu sais, là je roule pas bien vite… »… Moi con, ému, ne sachant pas que dire — « Et tu redoutes la montée de la Roque d’Anthéron… » — « Ouais, puis y a les Alpilles »… — « Les Alpilles… Mais les Alpilles et la Roque d’Anthéron, c’est des montagnes Playmobil !… » — « Quoi ? » — « Des montagnes PLAYMOBIL !… » De plus en plus con (putain d’émotion) — « Écoute, je vais pas rester longtemps, économise ton souffle… je vais te suivre via Laure et je te rappelle après l’arrivée… » — « Ça me fait vachement plaisir que tu m’appelles… [ici le réseau commence à déconner] »… 11 heures. Gare Saint-Lazare… Dernière tentative avant de monter dans le train pour Mantes-la-Jolie… Laure décroche, mais on s’entend mal… je comprends rien… Attention au départ… 20 minutes plus tard… Le vibreur : « Laure »… Y a pas de zone pour téléphoner sans déranger les autres dans les trains de banlieue… Coup d’œil autour de moi… quatre cinq passagers à moitié assoupis… Oh et puis m… y a urgence : « Oui Laure »… « Ben écoute, il a rattrapé le p’tit groupe… » — « C’est génial… Ah c’est génial (décidément l’émotion et l’intelligence de l’événement ne vont pas ensemble)… On s’rappelle après l’arrivée »… Mantes-la-Jolie, Mantes-la-Jolie, deux minutes d’arrêt… Ils doivent être dans les tout derniers kilomètres… Le temps de faire un calcul rapide ; ça doit être bon… « Alors ? » — « Ben alors, ils ont fini ensemble… ». Moi, toujours aussi limité dans mon rôle de supporter manquant de vocabulaire : « super, c’est super ». Elle : « Tiens, je te le passe »… Le moment est rare (surtout pour lui), l’échange est chaotique, l’apprenti ultra brassé qui avait peur de la Roque d’Anthéron est peu à peu en train de reprendre contact avec le temps et l’espace de celles et ceux qui ne peuvent pas savoir ce qu’un corps et une conscience qui ont effectué 666 kilomètres et 9 250 mètres de dénivelée positive à 27,66 km/h de moyenne ont vécu 22 heures 16 durant : « Quand ils ont lâché les chevaux dans le Ventoux, là tu te dis d’accord… ils s’échauffaient… C’est une autre planète… Mais bon, c’est un truc… C’est… »… La voix est calme, et pour une fois, apparemment Rataman ne culpabilisera pas parce que pendant une petite semaine, il ne roulera pas. Merci Mister R.

Voilà, cette fois-ci, je peux éteindre mon portable et si le cyclisme a encore un peu de sens, c’est celui-là que j’aimerais partager.

JdLC

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