09 août 2008
Come back to DFU – Barcelonnette 28 juin 2008
Après un hiver et une première partie de saison beaucoup plus light (raisonnable ?) que les précédentes années, me voici de nouveau au départ des défis des Fondus de l'Ubaye en cette belle journée du mois de juin 2008. Cette année, Anne et Mark ne sont pas là, ils sont en train de pédaler sur les routes de la Super Rando Coppi (plus de 500 km et 10 500m de dénivelée), Anne doit d'ailleurs être dans la Bonette. Un peu refroidie par ma mauvaise gestion de l'alimentation l'an dernier sur ses mêmes DFU et la façon dont j'ai péniblement escaladé les 3 derniers cols, j'ai prudemment refusé sa proposition de l'accompagner mais ce n'est que partie remise J Cette année, l'objectif est donc de refaire ces 7 cols proposés par Claude Véran et son équipe(voir les 2 comptes-rendus, 2006 et 2007 sur ce blog) soit 320 km et 6 800m de dénivelée mais en améliorant mon temps, gain qui devrait découler d'une meilleure gestion de mon effort et de mon alimentation: j'ai parié sur un gain de 2h soit moins de 18h. Hugues a tenu à faire ces DFU à mes côtés, sur le vélo, en mode "décontraction" après avoir déjà bouffé du km et dénivelée depuis 2 mois entre le RPE, le Glocknerman et la RATA juste le week end précédent, histoire de partager cette belle journée ensemble J D'un autre côté, sa présence pour la nuit me rassure, je n'ai encore jamais roulé seule de nuit, et puis je suis à peu près sure qu'il ne m'imposera pas un train d'enfer comme parfois lors de certaines sorties, la récup de l'enchaînement Glocknerman-RATA en 15 jours demande tout de même un certain délai !
Autre changement par rapport aux DFU 2007: mon vélo. Je sillonne les routes depuis 1 an sur un RZWO pour moi toute seule, conception François Kérautret. Aujourd'hui, il est paré de ses magnifiques et ultra légères roues carbones, faites uniquement pour moiJ. Alors que Hugues s'est trituré les méninges pendant 3 mois pour se décider à rendre visite à François dans son atelier, il m'a fallu 15 mn pour que je me décide moi aussi à passer commande, juste le temps de poser les mains sur un exemplaire qui attendait son futur propriétaire ! Je fonctionne beaucoup aux coups de cœur, je ne regrette vraiment pas celui là. Pour les détails techniques de ces vélos, je vous laisse aller lire les articles sur ce blog. En plus d'une conception qui me permet d'exploiter au mieux ma petite puissance, j'ai gagné d'avoir repris confiance dans les descentes et en confort physique et technique avec les boyaux : 1 seule crevaison en 1 an soit 12 000 km, et seulement 2 paires de boyaux usés.
Côté jambes, si le dérouillage de début de semaine m'a laissé dubitative, la sympathique petite sortie de décontraction de la veille au soir en compagnie de Pascal Bride dit "Bridoux la Moulinette" du CCK, qu'on ne connaissait jusque là que par mail et forum interposés, ainsi que de Gilles Esselin, autre "velo101 forumeur" et Laurent Gissinger, un des frères de Sébastien, m'a rassurée.
Le départ est donc donné à 5h35 par le chef d'orchestre de cette manifestation qui, je le rappelle, est à but caritative pour la lutte contre la mucoviscidose. Le jour montre tout juste le bout de son nez, nous ne sommes hélas pas très nombreux à nous élancer dans le calme de Barcelonnette encore endormie. Seulement 80, ce n'est pas assez en regard du nombre de bénévoles qui vont se démener jusqu'à 2h du matin dimanche pour permettre à chacun de réaliser son défi, sachant que 4 parcours sont possibles pour s'adapter au niveau du maximum de cyclistes. Nous avons retrouvé aussi Jacques le gapençais et Ludo le Vercoriens, du Team Chamrousse, venus eux aussi partager cette belle journée sur les routes de l'Ubaye.
Voici donc un petit photo-reportage sur cette journée riche en paysages, rencontres, émotions … et douleurs à gérer, faut pas rêver, ça ne se fait pas comme dans du coton, un beau parcours comme cela, ça se mérite !
Col de Pontis
Le long faux plat descendant la vallée de l’Ubaye a laissé place aux pentes assez sévères du col de Pontis. Chacun adopte son rythme de croisière, on tombe les manchettes, la douceur est déjà de la partie. Je passe du GP au PPP tout à gauche ! Le chiffre de la vitesse oscille entre 9 et 10, mais Hugues me dit qu'on monte bien ! Bon, en tous cas, j'arrive à parler et à ne pas me faire trop mal aux jambes, juste ce qu'il faut pour me hisser jusqu'au 1er contrôle 6 km plus haut. La vue sur le lac de Serre-Ponçon en contre bas est toujours aussi belle au jour levant.
La descente côté Savines-le-Lac s'effectue à allure réduite, la route est étroite et sinueuse avec des plaques de gravillons par endroit, je n'ai pas envie de m'étaler de si bon matin.
Col St Jean
Et ça papote, et ça papote, depuis le début de la remontée par les gorges de l’Ubaye, et ce n'est pas moi la plus bavarde, comme quoi ! Mettez trois mecs ensemble, qui ne cherchent pas à se tirer la bourre, et vous ne verrez pas le temps passer ! Les jambes tournent toutes seules dans ce col aux pentes modestes, et la discussion aidant, il passe comme une lettre à la poste. Le bal des va-et-vient a commencé, un petit coucou à ceux qui sont redescendent déjà. Finalement je l'aime bien celui-ci, la vue est sympa toute la 1ère partie, … et il n'est pas dur ! Pointage au sommet, pause pipi, regroupement avec d'autres concurrents et on redescend … coucou à ceux qui montent encore, coucou Mathieu (Lunel) avec qui j'avais fait une grande partie du parcours les deux années précédentes.
S'ensuit le retour sur Barcelonnette, il faut remonter le long faux plat que nous avons dévalé dans le sens descendant tout à l'heure. C'est sans doute la partie la moins agréable du parcours mais cette année, le vent est favorable et notre groupe bénéficie d'une mobylette, la mienne perso, que je veux bien prêter aujourd'hui J Elle est certes un peu encrassée fatiguée, mais justement, elle prend l'allure pilepoil qu'il faut, un bon diesel quoi ! Elle se verra d'ailleurs gratifiée de plusieurs remerciements de concurrents qui se sont accrochés à la locomotive. Merci donc à ma mobylette préférée pour ces 20 km que nous avons tous réalisés (lâchement) bien planqués.
Col d'Allos
De retour à Barcelonnette, nous nous dirigeons vers Uvernet Fours pour les deux cols suivants. Petite pause ravito, on laisse le coupe-vent chaud pour un plus léger, on remplit les bidons et c'est reparti pour les 16 km du col d'Allos. Ce col est magnifique, on ne se lasse pas de la vue en contrebas sur le départ du col de la Cayolle, le long du Bachelard et des différents panoramas sur l'Ubaye. Je suis dans un bon jour, les jambes tournent toutes seules (pour l'instant !), je ne sens pas passer le kilomètre à 9-10 % et le replat à mi-chemin arrive très vite. Peu après, nous sommes rattrapés par quelques cyclos de Gap, "ohé, salut Michel, qu'est-ce que tu fais là ?!" Michel Rodriguez, instigateur de l'Alpigap vient de nous rattraper lors d'une sortie avec quelques cyclos de son club. On prend le temps de papoter 5 mn puis il repart vers le sommet. Coucou à Sébastien, Pascal et les autres qui sont déjà dans le sens descendant. Déjà 45 mn que ça grimpe, j'avale un pain au lait (miam, ça passe tout seul ça !), je n'avais rien mangé du bas jusqu'au sommet en 2006 et s'en était suivi un bon coup de bambou dans le col suivant. On finit sur le même petit train, les jambes sont toujours bonnes et Hugues joue au photographe. Sommet, 2247 m, il fait bon là-haut, deux bénévoles nous accueillent tout sourire pour le pointage. Je prends le temps d'avaler un sandwich, et on s'en retourne sur Uvernet.
Col de la Cayolle
Nouvelle pause pour remplir les bidons et on repart tranquillement le long du Bachelard en direction du col de la Cayolle. Une crainte commence à m'envahir : jusque là, j'ai pu grimper les cols sans trop de difficulté, en mode économie, les jambes légères, mais je sais bien que cela ne va pas durer tout le long des 7 cols ! On a déjà fait 150 km, et on pédale depuis près de 7 heures. Je sais que le moment où les jambes s'alourdissent, s'engorgent de toxines et se font plus faibles, ne va pas tarder à arriver, et j'appréhende ce moment où il va falloir commencer à gérer la douleur et la fatigue. Le sandwich avalé au sommet d'Allos a un peu de mal à passer, je me force à boire mon bidon d'eau par petites gorgées très rapprochées. Heureusement, les 20 premiers km ne sont pas trop durs bien qu'irréguliers, le vent dans le dos nous pousse agréablement mais réchauffe considérablement les pieds ! Pause à la fontaine de Villard des Arnauds, pour asperger les pieds et remplir les bidons. On arrive vite à la petite descente vers le hameau de Bayasse, là où paraît-il subsiste un boulanger qui travaille dans la tradition du bon pain à l'ancienne.
Bon, mais là, les préoccupations sont plutôt à ce qui nous attend puisque nous arrivons dans la partie la plus raide du col. Il reste 9 km à 7-8% réguliers, l'altitude et les km/dénivelée accumulés aidant, le coup de pédale n'est plus aussi léger. J'essaie de me concentrer sur le paysage environnant plutôt que sur mes sensations, "j'ai un petit coup de mou" ! Hop, un pain au lait pour rallier le sommet, et tenter de souffler dans le clairon tendu par les deux bénévoles qui nous attendent au pointage, mais non, y'a rien qui veut sortir ! Désolée, j'ai toujours été archi-nulle en musique ! On se couvre et on ne tarde pas trop, des nuages un peu trop gris à mon goût commencent à arriver par le sud. Nous apprendrons le lendemain que certains concurrents passés après nous auront été bien arrosés.
De retour à barcelonnette, je prends le temps de manger une bonne ration de sportdéj et Hugues de casser le capteur de vitesse fixé sur ma fourche ! Et mon profil du parcours alors ! Un bout de chatterton plus tard et les poches et bidons remplis, nous voilà repartis en direction des trois derniers cols après seulement 20 mn d'arrêt. Le moral est bon, j'ai une bonne avance sur l'an dernier. Mais je sais pertinemment que le plus dur reste à venir. Il faut tout d'abord s'appliquer à relancer la machine sous la chaleur de ce bel après-midi d'été, et rallier Jausiers.
Cime de la Bonette
Normalement, Barcelonnette Jausiers, en plein après-midi, ça se fait les doigts dans le nez à 35 km/h et sur une jambe, poussé par une bonne thermique. Là, elle est bien présente mais je dois dire que j'ai les jambes sacrément plombées, du coup c'est pas loin de 10 km/h moins vite que nous faisons cette portion et je dois demander plusieurs fois à Hugues de ralentir. Aie aie aie, surtout ne pas s'affoler et ne pas penser à la suite !
Jausiers, son plan d'eau, et les premières rampes se présentent déjà à nous. Même si les jambes sont beaucoup moins fraîches qu'il y a quelques heures, j'arrive à garder un petit train plus gaillard que l'an dernier, et pour l'instant l'estomac tient le choc. Je m'applique à me fixer des objectifs courts pour que cette grimpée de 24 km passe plus vite : tous les 200m de dénivelée me paraît pas mal.
Peu de kilomètres plus loin, les choses vont malheureusement se détraquer côté estomac. J'ai beau boire régulièrement et avoir tombé presque mes deux bidons en 1h de temps, je sens que les nausées commencent à me gagner. Après analyse, j'ai dû trop doser le bidon de produit énergétique, par cette chaleur (35°C au compteur) et après une grosse ration de sportdéj, deux bidons d'eau pure auraient été préférables. Histoire de corser un peu les choses, une grosse tension est en train de s'installer entre mes omoplates. kezako ??.
Je parle de mes difficultés à Hugues, à la recherche d'un réconfort psychologique, mon allure se ralentit sensiblement. Nous rattrapons un cycliste encore plus à la dérive que moi, il nous demande de l'eau quand nous arrivons à sa hauteur. Vu le petit ¼ qu'il me reste et la distance qui nous sépare du sommet (nous ne sommes pas encore à la Côte 2000), je refuse poliment et me fait enguirlander. Oui, je reconnais avoir manqué de solidarité mais je remarque qu'il est parti avec un seul bidon ... et puis là, c'est sauve qui peut. On lui dit tout de même qu'il devrait y avoir de l'eau un peu plus haut, au bar de la Côte 2000. Celle-ci arrive d'ailleurs plus rapidement que je ne le pensais, mon compteur affiche une altitude de 1800 et des brouettes. Malheureusement, le bar est fermé… et je suis à sec. Hugues se dévoue pour aller voir s'il y aurait une source dans le coin, et revient avec nos bidons pleins d'eau fraîcheJ. On peut reprendre notre route, les "carottes" que je me fixe passent les unes après les autres : le verrou rocheux, le petit lac et son replat, tiens, Gilles Esselin qui nous rattrape … et s'arrête un peu plus loin pour prendre de l'eau dans le torrent !
Houps, y'a comme de méchants nuages gris foncés qui envahissent le ciel par le sud. "Faut que je me grouille peut-être ?". Le problème, c'est que ça va être difficile pour l'instant. "On s'abritera dans le baraquement militaire si besoin". Oui, certes, mais je me passerais bien d'un orage à plus de 2500 m d'altitude ! Tiens d'ailleurs, il fait plus frais, et si je m'arrêtais mettre les manchettes ? Encore 1 km, Gilles n'est pas mieux que moi. Tiens, j'ai senti une goutte, si je m'arrêtais mettre mon coupe-vent ?! Il arrive un moment où on cherche tous les stratagèmes pour faire une petite pause ! J'aurais pu mettre le coupe-vent et les manchettes au même moment, mais Hugues ne me fait pas de reproche, il connaît bien la musique. "Aller, c'est le replat". Ouf, cette partie où on peut remettre le plateau de 39 est un véritable "st Bernard" et permet de reprendre quelques forces pour escalader le dernier km qui nous amène à la Cime de la Bonette et ses 2802 m d'altitude. Le paysage est toujours aussi grandiose, on se sent peu de chose dans un tel environnement, on est à la frontière des orages qui se déclenchent sur le Mercantour, le vent s'en donne à cœur joie et la température n'est plus aussi clémente. Autant de choses qui ne donnent pas trop envie de s'attarder une fois la feuille de route validée. Un bel éclair nous confirme qu'il est temps de ne pas traîner. K-way, genouillères, et on s'élance pour 25 km de belle descente en compagnie de Gilles, la route a été refaite pour le passage du tour de France fin juillet, c'est un vrai billard.
A Jausiers, nous retrouvons nos sacs déposés par l'organisation, la chaleur nous accueille de nouveau. Nouvelle pause pour équiper les vélos avec les éclairages et se ravitailler, et puis j'en ai bien besoin !
Col de Vars
Nous repartons sur un petit train souple pour remettre les jambes en route. Le col de Vars ne commence vraiment qu'à St Paul sur Ubaye, jusque là, un long faux plat et quelques rampes laissent tout le loisir à Hugues et Gilles de discuter côte à côte, je reste tranquillement derrière, cette allure me convient. L'an dernier, nous avions atteint St Paul à la tombée de la nuit, cette année, il fait encore grand jour, mon pari est jouable, rien de tel pour motiver avant ce col que j'apprécie moyennement ! Je l'ai d'ailleurs monté bien lamentablement début mai, ayant voulu jouer les dures à cuire, j'avais refusé la cassette de 25 que m'avait proposé Hugues les jours précédents ! Aujourd'hui, je l'ai, mais j'ai 250 km dans les jambes et non pas 90 ! A St Paul, la pente se fait plus sévère, le bruit des voix laisse place au silence et à la gestion de l'effort en cours. Puisque je suis en avance sur l'horaire de l'an dernier, j'ai droit au bon zef défavorable que tout cycliste escaladant ce col par vent de nord se doit d'affronter en plus de la pente ! Les kilomètres 5 et 6 des 8 qui permettent de rallier St Paul au sommet sont toujours aussi raides, la patience doit être le fil conducteur de notre progression. La tête devient le moteur des jambes, la progression est lente, il s'agit de conserver un rythme qui maintient le cœur dans son tempo "endurance de base" et n'essouffle pas sous peine de se voir exploser !
Au sommet, à 2109 m, la température est encore étonnamment clémente, il n’est pourtant pas loin de 21h mais les rayons du soleil nous caressent encore les mollets. Les deux bénévoles du sommet nous accueillent avec joie, ils nous ont reconnus ! "Vous êtes en meilleur état que l'an dernier" !!! Tu parles ! Une petite pause de 5 mn pour m'allonger et me soulager le dos et l'estomac, puis nous repartons et dévalons la pente en sens inverse, bien poussés par Eole cette fois. La tête est légère, il ne reste plus qu'une "petite" difficulté et c'est gagné. Plus bas, les derniers candidats au titre de Grand Maître se sont rassemblés en deux gruppettos pour aller au bout de leur défi, la présence de compagnons de route à ses côtés, même aussi affaiblis que soi, est un soutien psychologique indéniable pour repousser un peu plus ses limites et gérer la fatigue physique et les idées noires qui peuvent venir vous titiller les neurones. Ainsi, on découvre que contrairement à ce que l'on pensait, et bien si, on en peut encore, le tout étant de le vouloir et de croire dur comme fer qu'on va y arriver.
St Anne la Condamine
Nous quittons les coupes-vent au pied de cette ultime grimpée de 6 km vers la petite station de St Anne la Condamine, c'est l'heure du digestif après tous ces longs cols ! Le jour commence à baisser, je m'amuse à observer l'évolution de la luminosité et à calculer si nous aurons le temps de faire la descente avant la nuit. Nous avions effectué l'ascension de nuit l'an dernier et nous n'avions aucune indication préalable de la pente. Là, je peux apprécier à l'avance les belles rampes qu'il va falloir gravir ! Finalement, ça ne passe pas trop mal, le plaisir du défi réussi donne parfois des ailes pour avaler l'ultime difficulté. Nous atteignons le sommet au crépuscule, juste le temps de signer, et nous nous élançons dans la descente tant que les formes se distinguent encore dans la pénombre. Une moto de l'organisation nous suit pour nous éclairer. Au village en bas, nous sommes encouragés par des clients qui profitent de leur soirée sur la terrasse du restaurant.
Barcelonnette
Le retour sur Barcelonnette s'effectue tambour battant, moi bien calée dans la roue de Hugues et Gilles dans la mienne, les endorphines et l'odeur de l'écurie nous donnent des ailes pour avaler les 15 km de faux plat descendant. Nous sommes de retour à la salle communale à 22h40, j'ai réussi mon pari (moins de 18h): 17h05, je suis toute fière de moi … et je crois que Rataman aussi J Nous retrouvons La Moulinette, Sébastien et ses frères, et d'autres encore, ils sont déjà tout propres et restaurés ! Le temps de se changer et on nous propose un repas complet chaud, hum des spaghettis bolo avec plein de fromage dessus J On pourrait discuter toute la nuit tellement toutes ces rencontres sont sympas, mais la fatigue commence à prendre le dessus, direction le dodo pour une … mauvaise nuit comme il se doit quand on est dans un état de fatigue avancée !
Dimanche matin
Comme chaque année, l'équipe organisatrice nous invite à une petite remise des diplômes fort sympathique le lendemain dans la matinée, avec remise des chèques collectés à la responsable départementale de l'association Vaincre la Mucoviscidose, et au cours de laquelle Claude remet cette année avec émotion son diplôme à un jeune atteint de cette maladie qui s'est entraîné fort pour pouvoir réaliser son rêve : monter à la Cime de la Bonette en tandem avec un Grand Maître.
Vous pouvez d'ores et déjà réserver votre samedi 27 juin 2009 pour venir grossir la liste des Membres, Maîtres et Grands Maîtres de ces Défis des Fondus de l'Ubaye. Un grand merci à Claude Véran et toute son équipe de permettre à chacun de se lancer un petit défi sur ces cols vraiment magnifiques !
Texte: Laure
Photos: Hugues
30 juin 2008
Défi des Fondus de l'Ubaye 2008: Laure supersonique!
Après plus de 67 heures d'assistance et 3 nuits blanches effectuées en 15 jours au service de son mari, Laure vient de s'offrir le 28 juin pour la deuxième année consécutive les 7 cols du Défi des Fondus de l'Ubaye. 317 km et 6 800 m de dénivelée effectués en 17h10, Laure "Fashing" Rico explose au passage son record de plus de 2h40. Rataman est encore sidéré par l'exploit accompli par sa femme.
Comme on dit au pays du Glockner Man: "C'est SIOUPER !"
08 août 2007
Le DFU 2007: 20 h de bonheur !
Peut-on parler de bonheur quand on passe 18h30 (20h arrêts compris) sur son vélo, à appuyer sur les pédales et à souffler pour escalader des cols, en passant par divers états, de bien, jambes légères, moins bien, jambes lourdes, soif, faim, estomac en vrac, allure "comme on peut" jusqu'à "tout va bien, même plus mal aux jambes tellement je suis grisé(e) par les endorphines" ? Certains vous regarderont comme des zombies, d'autres en se demandant si vous ne vous payez pas leur tête, d'autres penseront "mais c'est pas ça la vraie vie", et enfin quelques uns tout de même vous envieront. Comme on dit, tout est relatif, chacun a sa propre conception de la vie, et pour certains cyclistes dont je fais partie, quand la météo est au beau fixe, que vous êtes dans une région qui regorge de cols magnifique à savoir l'Ubaye, et que vous attendez ce rendez-vous depuis 1 an, oui, passer sa journée et même plus à escalader les 7 cols proposés par Claude Véran et son équipe, correspond à une journée de bonheur. Parmi ceux qui vous envieront, ces malades de la mucoviscidose pour qui nous allons pédaler, puisque la moitié du prix d'engagement est reversé à l'association qui lutte contre cette maladie génétique. "C'est un privilège que vous avez de pouvoir souffrir dans ces cols" nous lance Claude juste avant le départ, et il a bien raison.
Comment se retrouve t’on un samedi matin à 5h30 sur la ligne de départ des DFU (Défis des Fondus de l'Ubaye) avec au programme 325km et 6 800m de dénivelé reparti sur les cols de Pontis, St Jean, Allos, Cayolle, Cime de la Bonette, Vars et montée de St Anne de la Condamine, alors qu'il n'y a pas si longtemps les sorties de plus de 150km vous effrayaient à force d'hypo et de coups de bambou monstrueux ?! Disons qu'avoir un mari qui s'est lancé sur les épreuves "ultra" aide un peu à se tourner dans cette direction, même si cette notion d'ultra est relative, pour certains la barre est à 200km, pour d'autres dont je fais partie entre 300 et 400 - pour l'instant J -, et enfin pour une minorité, il n'y a pas de limite ! Après 2 participations à la Wysam 333 (333km mais seulement 3300m de dénivelé) et la formule des 5 cols de ces DFU en 2006, cette année, je monte ma limite "ultra" d'un échelon avec les "7 cols" à mon programme !
A côté de moi, Anne Haycraft, mon amie de Laragne avec laquelle j'ai déjà partagée quelques beaux tours cette année dont le brevet de 300 km qualificatif pour PBP de gap, et son mari Mark, ainsi que des copains "chamroussiens". Hugues, encore blessé suite à sa chute à la RATA le week-end précédent, n'est pas sur le vélo mais … dans le berlingot, appareil photo autour du cou : aujourd'hui, on inverse les rôles ! Bien que l'organisation ait tout prévu pour que les concurrents puissent avoir des sacs personnels à différents points du parcours, il nous propose de s'occuper de nous comme de petites reines J Il était de toute façon prévu qu'il me fasse l'éclairage avec la voiture pour la nuit, je n'ai encore pas pratiqué cet exercice en montagne. Finalement, il va vite s'apercevoir qu'on ne s'ennuie pas lors d'une assistance !
La moulinette dans Pontis.
On s'élance sous les premières lueurs de l'aube, Barcelonnette encore tout endormie. L'allure est cool, c'est super, pour une fois que je ne fais pas les frais d'un départ tambour battant ! On discute à droite à gauche, la journée va être longue. Le peloton descend ainsi la vallée de l'Ubaye jusqu'au pied du col de Pontis. Là, petit braquet toute, ça attaque directement par de fortes pentes. Seulement 4 km, mais des km qui oscillent entre 9 et 11% sur une petite route rugueuse, chacun essaie de trouver son rythme et son souffle. Tiens, voilà JP qui me rattrape, il discutait derrière avec Anne. Quelques mots échangés et il s'envole tranquillement, me laissant sur place à ma moulinette ! 1er sommet, la vue sur le lac de Serre-Ponçon est magnifique sous les premiers rayons du soleil. Descente scabreuse, attention aux éventuelles chèvres, et on retrouve la route principale qui nous ramène sur Le Sauze du Lac.
Du renfort dans le col St Jean.
Ce col est une simple formalité, mais, comme m'aura prévenue Hugues, au milieu d'une telle enfilade de cols, rien n'est une formalité, chaque col, petit ou grand concourt à augmenter la fatigue du cycliste. Redescendre du Sauze, remonter un bout de la vallée de l'Ubaye et prendre à droite toute pour escalader le col St Jean: 9 km mais des pentes de 5-6% seulement. Et cette année encore, nous avons le vent dans le dos : c'est mauvais signe pour le retour sur Barcelonnette! Hugues me propose un bidon, mais il m'en reste l'équivalent d'un entre le ½ bidon de Maxim et le ½ bidon de 640 chocolat. Je me fais … tendrement engueuler, déjà 3h de route et juste un bidon d'avalé, je le sais, ce n'est pas bien, je lui rappelle assez souvent qu'il faut boire quand c'est moi qui suis dans la voiture ! Aller, j'attrape un bidon de 640 version praliné que je me fixe de terminer pour Barcelonnette. J'ai retrouvé mon compagnon de route de l'an dernier, Matthieu LUNEL, avec qui j'avais passé 2h sous un abri bus l'an dernier en attendant que l'orage veuille bien cesser. Au sommet, le temps de faire tamponner ma carte, et voilà Anne qui arrive en galante compagnie. Super, voilà du renfort pour le retour sur Barcelonnette ! Et effectivement, la remontée de l'Ubaye vers Barcelonnette sera assez désagréable, Maître Eole ayant décidé de nous durcir la tâche.
Mon petit train d'ultra dans Allos.
Après une petite pause ravitaillement flan pâtissier-coca à Uvernet, il s'agit d'escalader le col d'Allos. Je le connais bien, il ne se passe pas une saison sans qu'on ne vienne y promener nos roues au moins une ou deux fois. 18 km, des pentes entre 7 et 10 % avec un bon replat au milieu, ce col est magnifique. Petite route étroite qui serpente tout d'abord dans les bois, puis dans les alpages, aux ¾ de la montée on a même droit à un beau point de vue sur le départ du col de la Cayolle, le prochain sur notre liste. Hugues fait des pauses photos, je suis dans la phase "les jambes tournent bien", j'ai pris mon petit train d'ultra comme il me dit. Petit coucou à JP puis à Mark, ensuite Philippe et enfin Jacques et Igor qui redescendent déjà. A ce petit jeu, je vais pouvoir constater l'écart qui se creuse entre eux et moi au fil des ascensions !! La température commence à monter, on ne va pas s'en plaindre, en très mauvaise auvergnate je préfère avoir chaud que froid ! Au sommet, pointage de la carte de route, nouvelle pause flan pâtissier (hum, keskechébon, pour une fois c'est moi qui peut en profiter !), Anne arrive à son tour ainsi que Matthieu. J'attaque la descente avant eux, je sais qu'ils me rattraperont. Heureusement pas trop de motards cette année, mais cette petite route si agréable à monter l'est un peu moins à descendre pour la piètre acrobate que je suis. Nouvel arrêt à Uvernet, très bref, juste le temps du regroupement et on repart à l'assaut du 4ème col de la journée.
Le temps file dans la Cayolle.
Déjà 5h à pédaler, je n'ai pas vu le temps passer. C'est l'avantage d'escalader des cols, surtout dans ces conditions, on est concentré sur notre effort, sur le paysage, boire, manger, il n'y a plus de rapport au temps, et pourtant j'ai le chrono affiché sous les yeux pour gérer mes prises alimentaires. Le départ est gentillet, notre allure aussi, on est passé au stade "jambes lourdes". Très long, ce col permet une mise en effort progressive, puisque avec 26km au total, on alterne
tout d'abord pendant 18 km les passages soutenus avec de bons moments de replat. L'eau de la fontaine du Villard des Arnauds est une invitation à l'arrêt "bidons", à côté, des touristes attablés qui sirotent leur apéro nous encouragent plus ou moins jovialement. Je commence à ressentir une douleur au genou gauche, c'est quoi c'binz, j'ai rien eu de toute la saison ! A Bayasse, le petit pont de bois franchi, on passe à l'assaut des alpages et la pente se fait plus forte. Hugues nous y attend, il n'ira pas plus haut car il a dans la voiture les affaires chaudes de Mark pour la Bonette, et Mark a déjà une bonne avance sur nous. Le vent est du nord, mais il nous gène encore ici pour atteindre le sommet L Petit coup de moins bien à 3 km du sommet, et les marmottes sont avares de leurs encouragements. Mais où sont-elles passées ? Petite croix dans la case "Cayolle", et de 4, on peut se laisser glisser jusqu'à barcelonnette pour la pause repas prévue par l'organisation. Le final de la descente est assez pénible avec les thermiques, courageusement, je reste planquée dans la roue de Matthieu qui ne me demande rien ! Ah ces filles ! Barcelonnette, 15h15, le ciel est bleu, pas de menace orageuse, on se programme donc un arrêt de 30mn. Dans la salle, d'autres participants se restaurent aussi, salade de lentilles, fromage, gâteau de riz, salade de fruits, sandwich à la demande, les bénévoles répondent à toutes les demandes de ces cyclos venus donner un peu de leur souffle. Pour moi ça sera sandwich au fromage et flan pâtissier, 2 parts m'attendent dans la glacière, je ne voudrais pas qu'elles s'abîment ! Il s'avérera un peu plus tard que ce n'était pas spécialement le plat du jour adéquat !
Sauve qui peut dans la Bonette.
J'aime bien l'humour de Claude Véran : "oh non, la Bonette, c'est pas méchant, il n'y a rien de dur, y'a juste la cime où les pourcentages sont plus forts" ! Et avec l'accent du sud s'il vous plait ! Nous repartons, Anne, Matthieu et moi, accompagnés d'un 4ème compagnon, sur un petit train digestif. Heureusement, nous avons 9 km jusqu'à Jausiers, en faux plat montant mais avec une bonne brise thermique dans le dos, c'est cool, petit plateau, les jambes tournent toutes seules ! Cette allure promenade du dimanche ne peut hélas pas durer. A Jausiers, Anne s'arrête au van qu'ils ont laissé la veille pour prendre des affaires chaudes en prévision de la descente. Je continue tranquillement, bifurcation à droite, et on attaque la longue montée qui doit nous mener jusqu'à 2800 m. Bien que la pente ne soit pas dantesque, seulement 7-8%, je sens tout de suite que le 5ème col s'annonce laborieux. Je croise JP puis mark qui en ont déjà fini, oulala, au moins 3h d'avance ! "Anne est au van", "ok, good luck". Hugues qui nous attendait à Jausiers me rattrape un peu plus loin : "si je monte jusqu'à la côte 2000, ça te va ?" J'ai basculé le compteur sur les fonctions température et altitude depuis quelques temps, je suis à 1 500, je ne calcule pas trop: "oui oui", et il s'éloigne. Prochain objectif donc, altitude 2 000. Oui mais là, je suis passé à la
phase "bide en vrac, fuyons, rien ne va plus", donc 500m de dénivelé, ça fait beaucoup ! Le doute m'envahit, comment vais-je pouvoir arriver au sommet ? Sans parler des 2 cols suivants ! Mais arrêter ici serait un échec, tous ces mois à penser à cette journée, à escalader des cols pour se préparer. J'écarte très vite cette idée d'abandon de ma tête. Ne pas penser à la suite, se donner des objectifs de très courte distance, 5-6 km maxi, être patiente. "La patience est une des principales qualités dont doit faire preuve le cycliste ultra", je ne sais plus où j'ai lu ça, mais on en a parlé quelques fois ! Le vent contre toi tu as, plus tard il t'aidera, la pluie sur toi s'abat, plus tard le soleil brillera, les jambes te manquent, plus tard elles seront fortes (enfin, si tu peux manger !), ah oui et "was ich will, ich kann" (traduire: je suis capable de faire ce que j'ai envie de faire), ça , c'est Fashing qui l'a dit ! Aller, arrête de cogiter, point intermédiaire, altitude 1 800. Je ne vois plus Matthieu, je m'efforce d'aller de virage en virage. J'ai vraiment les jambes dans du coton, si je veux faire les 7 cols, il faut absolument que je mange. Oui mais quand l'estomac veut plutôt régurgiter qu'ingurgiter on fait comment ? 640 ! J'ai lu que sur la RAAM, les concurrents tournent essentiellement à l'alimentation liquide pour palier à ces problèmes de digestion, et cela a bien fonctionné pour Hugues au RPE et à la RATA. Progresser de virage en virage, faire le point sur l'altitude, 1 700, 1 750, 1 800, … oh super, le berlingot est là ! Je m'arrête, épuisée. Hugues me sort le pliant, et me prépare un bidon de 640
façon bouillie. J'essaie tant bien que mal d'avaler cette soupe épaisse –parfum chocolat tout de même- quand Anne arrive à son tour et s'arrête à notre hauteur. Eclats de rire ! "Je suis dans le même état que toi" me lance t’elle. On prolonge l'arrêt de 5mn puis on repart. Péniblement, ou devrais-je dire lentement, on avance, chaque coup de pédale nous rapproche un peu plus du sommet, Hugues nous encourage tous les 500m et fait chauffer l'appareil photo. Juste après la mini descente, très bref moment de relâche pour les jambes, mon estomac se révolte vraiment, je n'ai plus trop de solution que celle de le soulager ! Un autre concurrent attentionné s'arrête à notre hauteur, et me propose son aide, c'est gentil, mais là, je peux me débrouiller toute seule ! On repart à la poursuite du berlingot à 8-9 km/h , il nous attend quelques centaines de mètres plus haut. Nouvelle pause coca. Aller, le passage raide du verrou rocheux et c'est le petit lac et son replat. La cabane militaire, un autre replat, finalement, on se rapproche petit à petit de cette cime. Je n'ai pas vu l'heure tourner, la luminosité a changé, il y a un calme reposant bien que notre pratique le soit beaucoup moins. Au détour d'un virage, elle se montre finalement, brutalement,
complètement dénudée, cette cime tant convoitée ! Le kilomètre avant d'arriver au col de Restefond est beaucoup plus facile, permettant de recharger les accus ! 500 m à 10% pour en finir avec cette ascension, curieusement, j'ai retrouvé des forces, sans doute l'ivresse des cimes ! Là haut, l'équipe de bénévoles nous attend avec du thé chaud et le sourire, malgré les heures d'attentes. On fait pointer notre carte, je me change dans la voiture, même si l'allure n'a pas été vive, on a bien transpiré, et je crains la fraîcheur qui s'est maintenant installée à 2 800 m d'altitude, il est tout de même 19h. Je ne lésine pas, sous-vêtement sec, veste manches longues, gore tex, je sais que Yves Chizelle a abandonné la RATA 2005 suite à une hypothermie, faute de s'être bien couvert la nuit. La descente sur Jausiers est un pur plaisir, personne sur la route, temps calme, juste le bruit du vent dans les oreilles.
Col de Vars: les hommes au volant, les femmes sur le vélo.
Arrêt sandwich /lumières au van à Jausiers, Mark a laissé un petit mot lors de son passage quelques heures plus tôt: "Hi everybody". Curieusement, je me sens sereine. Non pas que je pense avoir retrouvé des jambes de feu, mais je sais que j'arriverai à passer les 2 dernières grimpées, il ne reste plus que 2 fois 7 km à escalader, je connais Vars, St Anne est du même acabit, je suis à la bonne école, j'ai vu Hugues prendre son train de sénateur pour passer les derniers cols de la RATA et du RPE, il suffit de trouver l'allure qui nous convient, celle qui ne brusque pas le cœur, et la volonté fera actionner les muscles.
Anne prend un bon train dans la vallée qui nous mène au croisement avec le col de Larche. Je profite égoïstement de son long relais. La nuit commence à tomber, on croise Pascale, la 3ème féminine qui s'est engagée sur les 7 cols, ainsi que Matthieu et 2 autres concurrents, ils filent sur leur dernière grimpée. Les conducteurs des quelques voitures passant par là doivent nous prendre pour des fêlées, mais non, nous sommes tout simplement des fondues ! St Paul sur Ubaye, on ne distingue presque plus la route, seul un petit bout d'asphalte juste devant nous apparaît sous l'éclairage de nos lampes et des phares du berlingot. On attaque la montée proprement dite du col de Vars, on prend chacune notre train, à 10 m l'une de l'autre ! Une voiture nous double en klaxonnant, c'est Claude Véran, venu prendre des photos et encourager les derniers résistants. Soudain, j'entends quelqu'un qui court à ma hauteur, je vois Mark qui arrive vers moi en me faisant signe de ne rien
dire à Anne juste devant. Il arrive par surprise à sa hauteur, on s'arrête tous, gros éclats de rire et grand moment de bonheur. On se retrouve 2 nanas plantées à 9 à l'heure (je gonfle un peu, on arrondit toujours à la valeur supérieure !) dans le cols de Vars à 22h00 un samedi soir de juillet, avec chacune son homme dans la voiture suiveuse ! Quel tableau ! Et qu'est-ce qu'ils ont dû se raconter pendant ces 2 dernières ascensions! On reprend notre effort, je sens que les jambes retrouvent un peu de vigueur, mais le genou couine un peu, tant pis, il faudra qu’il tienne. Une petite minute de pause au milieu des 4 km à 10%, un petit vent contraire souffle encore, il devait être bien fort et freiner méchamment la progression des concurrents quelques heures plus tôt, j’ai déjà testé ! Le clair de lune nous permet de distinguer les sommets environnants, masses encore plus sombres que le ciel lui même. Finalement, nous arrivons au sommet vers 23h00. Deux autres concurrents sont là, essayant de se réchauffer avec du café. L'équipe qui nous accueille est toujours aussi chaleureuse. Je remets le gore-tex, avale 2 parts de quatre-quarts (c'est bon signe), me fait sermonner parce que je n'ai pas assez bu, et on s'élance dans la descente. J'appréhende un peu car je n'ai encore jamais descendu un col de nuit. Vous me direz, avec la voiture, on voit déjà nettement mieux que sans, mais il faut rester vigilant notamment dans les virages où d'un coup on se retrouve dans le noir. On n'est pas des plus rapides, mais je ne le suis déjà pas de jour ! La vallée jusqu'au pied de St Anne est vite avalée, à cette heure, nous avons la chance de ne pas être freinées par les thermiques.
St Anne la Condamine au clair de lune.
St Anne étant une station, on ne parlera pas de monter le dernier col, mais de la dernière grimpée de cette belle expérience. Pause déshabillage, la température est assez douce ici, du moins pour un milieu de nuit à 1 000 m d'altitude. Hugues nous prévient que la pente devient sévère au bout de 2-3 km. On attaque (le mot est un peu fort je le reconnais) cette ultime difficulté de la journée (là aussi, mais faut-il encore connaître la véritable définition d'une journée : 24h ou bien "période où la lumière du jour vous permet de distinguer où vous mettez les pieds"?), mes jambes tournent maintenant presque toutes seules, j'ai l'impression d'avoir mis en route la fonction "marche automatique", je crois que je suis dans la phase "même plus mal aux jambes tellement je suis bourrée (mais je tiens encore la route) d'endorphines", cette phase dont m'avait parlé Jean-Charles lors de notre préparation pour la Wysam 333 en 2005 et dont j'étais hyper jalouse ! Maintenant je sais ce que c'est , malgré la pente (10-12% tout de même), vous appuyez tranquillement sur les pédales, pas une once d'essoufflement, l'impression de pouvoir rouler ainsi pendant des heures et des heures, un calme intérieur impérial, rien ne peut vous arrêter. La route serpente, on croise de nouveaux nos 2 acolytes du col de Vars, encouragements. St Anne. Le contrôleur nous y attend à la lumière d'une cabine téléphonique, vestige du 20ème siècle que l'on trouve encore dans des coins isolés de notre civilisation hyperactive au téléphone portable greffé à l'oreille, même pour aller à carrouf. Il est aussi content que nous, le dernier concurrent n'est plus très loin (et non, on n'est pas les dernières !) et lui aussi va pouvoir aller se coucher. Il est 00h30, "ah, tout de même !". Je n'ai vraiment pas vu l'heure passer ! La descente sera presque plus douloureuse que la montée ... pour les mains ! La route est en mauvais état, on est constamment sur les freins, un peu trop parait-il ! Ils nous feront remarquer en bas qu'on est surtout descendu en ne prenant pas beaucoup de risque ! Moins vite que dans un faux plat descendant !
Dernière ligne droite, la vallée jusqu'à Jausiers puis Barcelonnette, on avale le faux plat descendant à vive allure (là, c'est pas exagéré, après 18h d'effort, on était sur un bon train), j'aperçois les lumières de Pra-Loup juste à côté de Barcelonnette, une pensée "heureusement que l'arrivée n'est pas là haut !" Mais finalement, on avait trouvé notre rythme ultra, on y serait bien monté s'il avait fallu !
Un 8ème l'an prochain ?
Barcelonnette: 01h30, cela fait presque 20h qu'on est parties, on a le sourire jusqu'aux oreilles l'une et l'autre, nos hommes aussi. Mark est affamé, il n'a même pas eu le temps de manger après avoir bouclé ses 7 cols, Igor nous attend lui aussi. On entre dans la salle des fêtes de Barcelonnette chaleureusement accueillis par les bénévoles qui attendent dans la bonne humeur les derniers concurrents. Le temps d'une bonne assiette de pasta bolognaises, et la fatigue nous tombe dessus. Plus c'est long, et moins il faut s'arrêter si on veut pouvoir repartir !
Un grand merci à toute l'équipe de Claude Véran, de pouvoir nous faire vivre une telle expérience un peu moins égoïstement, on se sent moins ingrat à savoir que nos efforts ne seront pas gratuits cette fois, on en redemande même. Il est seulement dommage que toute l'énergie déployée pour mettre en place cette magnifique journée qui nous est proposée ne soit pas mieux récompensée par une participation plus élevée. Chacun peut y trouver son compte, 1, 3, 5 ou 7 cols, 4, 6, 10, 20h, juste pour le mieux-être de ces enfants malades.
pour prolonger un peu le plaisir:

Texte: Laure RICO
Photos: Hugues RICO / Claude VERAN (photos de nuit)
16 décembre 2006
Le Défi des fondus de l'Ubaye 2006 : une journée au sommet.
Le plaisir c'est simple comme un coup de pédale, alors pourquoi se restreindre quand on peut en faire beaucoup ?
Si l'on aime se sentir libre, atteindre les hautes altitudes, s'évader dans des ascensions sauvages, tracer de beaux itinéraires montagnards, comment résister à l'appel de la Vallée de l'Ubaye et de ses grands cols ?
Une pratique raisonnable voudrait que l'on se contente de un ou deux col, alors qu'une pratique sans concession et passionnée nous pousse à tenter la totale, tenter ce que l'on nomme le Défi des Fondus de l'Ubaye.
Le principe est simple, Claude Véran et son équipe nous proposent d'enchaîner dans un délai de 24h les 7 cols de la vallée de l’Ubaye, soit dans l'ordre : le col de Pontis (1301m), le col St Jean (1333m), le col d’Allos (2247m), le col de la Cayolle (2326m), le col de la Bonnette (2802m), le col de Vars (2109m), le col de Larche (1848m), remplacé par la montée à Ste Anne la Condamine pour cause de restrictions de circulation. L'enchaînement des 7 cols constitue une randonnée de 320 km avec 6800m de dénivelée positive. Le candidat qui en sera venu à bout accédera au grade de Grand Maître dans la Confrérie des Fondus de l'Ubaye. Rien d'insurmontable pour celui qui aura su être patient et se jouer des éléments naturels souvent capricieux dans les hautes vallées alpines. Il faut rajouter que l'ensemble des participants contribue à la lutte contre la mucoviscidose par un don lors de l'inscription de 20 euros ou plus reversé à l’association « Vaincre la Mucoviscidose », ainsi nous gardons à l'esprit que nos petites souffrances vélocipédiques sur les pentes de l'Ubaye sont bien dérisoires et qu'il s'agit d'un privilège qu'il faut savourer.
Revenons sur cette journée pas tout à fait comme les autres.
Une question d'organisation.
Le parcours du DFU se caractérise par un enchaînement de cols que l’on fait en aller-retour, il est ainsi possible de faire le parcours en autonomie tout en restant léger. En effet, l'organisation met à la disposition des participants des ravitaillements liquides au sommet des cols, des ravitaillements solides à Uvernet et à Jausiers, ainsi qu’un repas complet à mi parcours à Barcelonnette. A cela s’ajoute la possibilité de laisser à Uvernet, Barcelonnette et Jausiers des sacs personnels dans lesquels on aura pris soin de laisser des affaires de rechange ou du ravitaillement supplémentaire. L’art consistant à bien anticiper nos besoins aux différents stades du parcours en terme d’alimentation, boissons et vêtements. Une fois ces détails réglés, on peut se lancer dans l’aventure l’esprit serein.
Dimanche 24 Juin, 5h du matin, il fait encore nuit sur la petite place de Barcelonnette où une bonne centaine de cyclos attend tranquillement de s’élancer à l’assaut de 4, 5 ou 7 cols. Après les Ventoux Master Series et le Raid Provence Extrême, nous voilà parti, Laure et moi, pour une nouvelle aventure montagnarde. Le peloton s’élance doucement en direction du Lauzet pour une mise en route agréable d’une trentaine de kilomètres en légère descente. Nous découvrons la vallée de l’Ubaye avec les premières lueurs de l’aube. Nous filons à vive allure avec une agréable sensation de facilité, d’autant plus que la température est douce, laissant augurer une agréable journée. Dans une ambiance détendue, nous faisons connaissance avec nos compagnons du jour au grès des mouvements du peloton.
Le col de Pontis : petit mais costaud.
Pour le cycliste flânant le long du lac de Serre Ponçon, le col de Pontis constitue une transition brutale. Une bifurcation à droite nous fait passer sans prévenir d’une route large et plane à une route étroite au revêtement rugueux extrêmement pentue. Il vaut mieux ne pas tenter le passage en force et adopter un développement adapté pour négocier les 5km à 10% et plus qui se dressent devant nous. C’est à partir de là que chacun prend son rythme, que les alliances du jour se forment. Je dis au revoir à Laure, nous nous reverrons un peu plus tard dans la journée.
L’effort est violent pour se mettre en route, Daniel de Gabai et Benoît Rouland sont
plus à l’aise que moi dans l’enchaînement des lacets du Pontis, comme très souvent j’ai du mal au démarrage, pas d’inquiétude à avoir tout va rentrer dans l’ordre. Je bascule au sommet avec un peu de retard, et, après un petit moment d’hésitation car je ne trouve pas le pointage au sommet, on apprendra plus tard qu’il a été supprimé, je retrouve rapidement Benoît dans la descente. Daniel a disparu, Benoît m’explique qu’il est parti de chez lui ce matin en oubliant ses bidons et qu’il va faire un détour pour aller les récupérer, il en a pour une heure de route en plus environs. Cela m’amuse car le DFU a de quoi en effrayer plus d’un et Daniel rajoute un détour sans trop se poser de question.
Nous sommes donc parti pour faire un bout de route ensemble Benoît et moi. Une fois le col de Pontis dévalé, nous repartons en direction du Sauze du Lac par une route magnifique dominant le Lac de Serre Ponçon. Avec la lumière du petit matin, impossible de ne pas être saisi par ce paysage de carte postale. L’eau du lac est d’un bleu limpide, aucun souffle de vent ne vient troubler le reflet parfait des montagnes. Devant ce spectacle, nous franchissons tranquillement la petite côte du belvédère, suivie d’une descente très rapide pour rejoindre les rives du Lac et revenir au pied du Pontis.
Le col St Jean : juste une formalité.
Le deuxième col du jour est un moment agréable : 13 km en pente douce, excédant rarement les 5-6 %. Les conditions étant idéales, le vent encore discret, nous progressons facilement à un train correct tout en discutant. Nous avons de nouveau le loisir d’admirer des points de vue imprenables sur le lac de Serre Ponçon jusqu’au belvédère du col St Jean.
« Comment ça va depuis l’an dernier ? »
« Qu’est ce que tu as déjà fait cette année ? »
Ainsi le sommet est vite atteint, nous y trouvons cette fois-ci un poste de pointage et de quoi nous ravitailler brièvement. A partir de maintenant, au sommet de chaque col il faudra faire demi-tour et revenir sur nos pas. Cette particularité nous permet de croiser dans la descente l’ensemble de la troupe, c’est plutôt sympathique : on se salue, on s’encourage. Nous sommes quelques uns à être venu faire le DFU en couple, on se rassure en constatant la bonne progression de sa protégée. Laure semble avoir pris son petit train dans le col St Jean, la moulinette est en marche.
Benoît et moi en avons fini avec l’échauffement de la basse vallée de l’Ubaye, il faut maintenant revenir à notre point de départ à Barcelonnette pour s’attaquer aux hautes altitudes et à l’enchaînement redoutable des 4 cols à plus de 2000 m. En temps normal, pour remonter la vallée de l’Ubaye, les brises thermiques sont les alliées des cyclistes, aujourd’hui un vent chaud souffle en sens contraire et rend la progression un peu pénible, nous mettons en place des petits relais pour ne pas y laisser trop de force. Nous savons tout les deux qu’il en faudra pour négocier la suite.
Le col d’Allos : il mériterait d’être pyrénéen !!
Avant d’attaquer le col d’Allos une petite pause s’impose. Le ravitaillement d’Uvernet arrive à point nommé pour refaire le plein après une centaine de kilomètres parcourus. Nous sommes accueilli chaleureusement par les bénévoles qui s’inquiètent activement de savoir si nous ne manquons de rien. Nous faisons aussi la connaissance, entre un sandwich et une banane, avec le photographe du DFU, Eric de Blablaprod, débordant d’enthousiasme et ne manquant pas d’humour.
Nous repartons rassasiés à l’assaut du col d’Allos et de ses 19 km pour 1100 m de dénivelée. La première partie du col, jusqu’à la petite station des Agneliers, n’est pas facile à négocier, les pentes y sont souvent supérieures à 8 % durant 7 km. Le paysage y est remarquable, la route s’élevant rapidement au-dessus des gorges du Bachelard à flanc de falaise. Si l’on est observateur, certaines trouées dans la forêt nous permettent d’apercevoir au fond de la vallée la route du col de la Cayolle qu’il faudra négocier tout à l’heure. Un bon replat de 3 km permet de récupérer au niveau des Agneliers avant d’aborder la seconde partie du col, caractérisée par une pente à nouveau soutenue durant 9km jusqu’au sommet. Nous montons sur un train régulier Benoît et moi, sans rater une bribe du spectacle magnifique que nous offre le col d’Allos : forêts, rocailles, alpages, ciel limpide, tout est parfait.
« Qu’est ce qu’il est beau ce col, il mériterait d’être pyrénéen !! » Lance Benoît, rompant ainsi le silence dans lequel on était plongé depuis quelques instants. Cette remarque me fait sourire.
« Ben quoi ! Ils ont quoi de plus les cols pyrénéens par rapport aux cols alpins ? »
« Rien, rien, c’est une blague entre potes ! »
Il y a là sujet à un vaste débat, quels sont les cols les plus beaux entre les Pyrénées et les Alpes, la réponse nous ne l’aurons pas aujourd’hui.
Au détour d’un des ultimes lacets sous le sommet nous retrouvons notre photographe d’Uvernet perdu dans un troupeau de mouton, toujours aussi enthousiaste :
« Mais on s’est pas déjà vu quelque part ? »
Voilà le sommet à 2240m, un coup de tampon vite fait, le temps d’enfiler un coupe vent et l’on fait demi-tour pour redescendre ce que l’on vient de monter. Nous recroisons à nouveau tous les protagonistes du DFU : hello Mark, allez Pascal, courage Philippe, coucou le photographe, attention les moutons, André est concentré, Sébastien se balade avec ses frères, Patricia s’applique, Laure mouline, Anne est tout sourire, Marie Laure courageuse,Daniel a récupéré ses bidons…
Retour à Uvernet où nous nous accordons une pause d’une dizaine de minute pour faire à nouveau le plein. J’en profite pour attaquer mon ravitaillement personnel, à base de cake maison, flan pâtissier et crème de marron.
Sans se précipiter nous repartons à l’assaut de notre prochain objectif : le grandiose col de la Cayolle.
Le col de la Cayolle : qui a allumé le chauffage ?
Le col de la Cayolle sera long et chaud. 26 km d’ascension très irréguliers nous attendent pour nous hisser jusqu’à 2326 m. J’ai beau le connaître ce col mais à chaque fois je le redécouvre grâce à son extrême variété. L’entrée en matière est douce physiquement mais impressionnante visuellement avec la traversée des gorges du Bachelard. Une série de petites rampes permet d’atteindre la cotte 1700m sans trop de difficultés. Nous avons repris notre rythme de croisière régulier afin que l’effort soit supportable, et nous permettant de discuter de choses et d’autres. Nous cherchons les coins d’ombre sur la route car la chaleur est devenue vraiment sensible. Comme d’habitude dans ces conditions je commence à ressentir des échauffements aux pieds.
Après le village de Bayasse, le passage d’un pont et un grand virage à droite annoncent la seconde partie plus difficile du col, il reste environ 9 km à 7% de moyenne pour atteindre le sommet. Le paysage se fait un peu plus aride, les quelques arbres encore présents laissant la place à un mélange d’alpages et d’éboulis. Nous évoluons dans un vallon où se succèdent portions rectilignes et petits enchaînements de lacets, ainsi l’ascension n’est jamais monotone. J’éprouve un peu de difficultés sur les 3 deniers kilomètres alors que Benoît semble encore à l’aise. Une fois le sommet atteint, nous nous accordons une petite pause avant de faire demi tour et de plonger une nouvelle fois sur Uvernet. Dans la descente le vent chaud qui remonte la vallée rend l’ambiance un peu plus étouffante. Au passage, nous n’oublions pas d’encourager à nouveau nos compagnons et nos compagnes.
Pour faire une fringale sur le DFU, il faut vraiment le chercher. Après pas loin de 200km parcourus, les concurrents sont accueillis à Barcelonnette comme des rois avec un véritable repas confectionné par l’équipe de Claude Véran. La table est mise, il n’y a qu’à s’asseoir et se laisser servir : salade de riz, gâteaux de riz, tout ce qu’il faut pour tenir la distance. Nous profitons aussi de la fraîcheur de la salle mise à la disposition pour l’occasion. Un petit quart d’heure de repos où nous commentons le chemin déjà parcouru et celui qu’il reste à parcourir. Nous nous motivons pour repartir, la machine est toujours dure à remettre en route après un arrêt trop prolongé.
La Bonette : Orage et des espoirs.
La vallée entre Barcelonnette et Jausiers est absolument suffocante, il doit faire allègrement 35°, j’ai la désagréable sensation d’être scotché au bitume, je regarde mes freins : non non, ils ne touchent pas la jante, pourtant j’aurai juré que…
Quelque chose a changé dans l’atmosphère, je jette un petit coup d’œil au ciel en direction de la Bonette et ce que je vois ne m’inspire pas confiance. De gros cumulus blancs sont en train de se former au dessus des sommets, et en général ce genre de formations nuageuses évolue rapidement vers l’orage en montagne. Soyons zen, pour l’instant nous arrivons au panneau indiquant : « Route de la Bonette Restefond 2807 m – Plus haute Route d’Europe », nous avons du pain sur la planche, une bagatelle de 24 km d’ascension et 1600m de dénivelée. Ce col n’est jamais très dur, à part la dernière rampe de la cime, mais il faut savoir gérer la longueur avec beaucoup de patience. Dès les premières rampes, je sens que je vais passer un mauvais quart d’heure, les cuisses sont douloureuses, peut être une petite déshydratation, il va falloir que je sois prudent pour éviter la sanction. Benoît maintient une cadence un peu trop rapide vu mon état de fraîcheur, je dois temporiser un peu et le laisser filer à la sortie de la première série de lacets. Je le regarde s’éloigner tranquillement dans les traversées des hameaux de Lans, la Chalannette et Prégonde, puis l’écart se stabilise dans la seconde série de lacets franchissant le joli verrou rocheux du Rochas. Benoît doit à son tour connaître un coup de moins bien car je grignote maintenant du terrain, jusqu’à revenir à son niveau au passage de l’auberge de la cotte 2000 m. Nous poursuivons l’ascension en roulant côte à côte quelques kilomètres, en silence, assommé par l’effort et la chaleur.
« Ça va ? »
« Bof »
Un petit coup d’œil vers les sommets confirme mon impression de tout à l’heure, les nuages grossissent à vue d’œil, il va falloir beaucoup de chance pour échapper à l’orage. Une troisième série de lacets nous permet d’atteindre une zone où la pente se fait beaucoup moins raide. Cet endroit est assez caractéristique de la Bonette, nous traversons un vaste alpage assez plat où nous pouvons admirer un petit lac qui donnerait envie de s’y arrêter pour y faire une sieste, le cadre est absolument fabuleux, minéral, entourés de haut sommets arides. Je ne m’en suis pas rendu compte mais Benoît a décroché et je ne le vois plus du tout, là il a du connaître un sacré coup de bambou !! J’ai envie de l’attendre, mais un nouveau coup d’œil vers la couleur du ciel me pousse à continuer, voir à accélérer. La pente se refait soutenue pour atteindre les cabanes de Restefond, il faut un peu de ténacité pour franchir cette nouvelle série de lacets. Quelques petites averses commencent à se déclencher, rien de méchant, juste de quoi se rafraîchir, mais le ciel devient franchement inquiétant. Dans un lacet je retrouve une silhouette que je connais : tiens notre photographe d’Uvernet et d’Allos !
« Nous nous sommes pas déjà vu quelque part ? »
Je débouche enfin sur le replat terminal qui précède la boucle de la Cime de la
Bonette, une vision d’horreur m’attend : derrière la Cime le ciel a pris une couleur de fin du monde, un gris tendance noir profond zébré d’éclairs, avec un fond sonore lointain de craquements et de roulements de tambours. Au fond de moi je me dis que si j’accélère je dois avoir le temps de basculer avant l’apocalypse. J’attaque donc la dernière rampe comme un dératé, à l’arraché, je pointe rapidement ma carte au sommet. Si j’avais le temps et un appareil photo j’immortaliserai bien cet instant particulier. 2807 m, il fait doux, la lumière est crépusculaire, le temps est comme figé dans l’attente de l’explosion de l’orage qui gronde. Je méditerai plus tard, j’enfile un coupe vent et fonce dans la descente. Je croise Benoît qui a du vraiment marquer le coup, Mark imperturbable dans les rampes sous les cabanes de Restefond, Pascal semble piocher, le reste de la troupe est éparpillée le long de la Bonette.
J’ai une chance incroyable, je parviens à faire la quasi-totalité de la descente au sec, l’orage semble patienter encore un peu. Je retrouve une route mouillée à Jausiers, Patricia est en train d’attaquer les premières rampes de la Bonette, je n’ai pas vu Laure.
Un ravitaillement est posté à la sortie de Jausiers en direction de la Condamine-Chatelard, le tonnerre gronde, le vent devient capricieux, l’orage semble nous tourner autour. Je m’arrête pour manger un morceau, j’enfile rapidement deux maillots secs l’un sur l’autre en prévision de la suite. Le monsieur qui tient le poste de ravitaillement semble étonné :
« Vous faites les 7 cols ? »
« Euh, ben oui ! Vous pensez que l’orage va tomber ? »
« Vous savez on ne peut pas trop prévoir ce qui va se passer, si ça se trouve sur Vars ça tiendra. »
Je ne traîne pas et repars vers le prochain col.
Le col de Vars : Recherche un K-way désespérément.
A peine remonté sur ma selle, une véritable tempête se lève, les rafales me propulsent en direction de la Condamine-Chatelard. J’ai joué un coup de poker contre l’orage, j’ai eu l’espoir de gagner mais il a décidé de dévoiler son jeu, je dois me coucher. Je rentre dans la Condamine accompagné d’une véritable tornade, avec la désagréable sensation que quelqu’un me vide un seau d’eau sur la tête, vite un abri, n’importe quoi … Je me précipite dans une cabine téléphonique que j’aperçois sur la place principale de la Condamine, merci France Telecom de les avoir conservées. L’orage peut se déchaîner.
Je suis bien dans ma cabine, il y fait chaud alors que dehors un véritable déluge se déverse sur l’Ubaye. Impressionnant ! Ça tourbillonne dans tout les sens, ça claque, ça gronde !
Il faut que j’appelle Laure pour savoir où elle en est, pour me rassurer aussi :
« Comment ça se passe ? »
« Je suis à Jausiers, à l’abri devant un hôtel, c’est le déluge !! »
Tout va bien, elle me dit qu’elle va attendre que ça se calme pour faire la Bonette, et qu'elle a trouvé un compagnon de route. De mon côté je me rend compte que j’ai oublié mon K-way à Barcelonnette, ça va être un peu délicat pour le col de Vars.
La seule chose qu’il me reste à faire pour l’instant c’est de patienter. 25 minutes plus tard je tente une sortie de ma cabine, la pluie s’est calmée sans pour autant cesser définitivement. Je poursuis tant bien que mal ma route vers le col de Vars, malheureusement, le tonnerre me rappelle rapidement à l’ordre alors que simultanément de nouvelles averses très intenses se déclenchent. Impossible de trouver un abri jusqu’à St Paul sur Ubaye, il reste 8 km très difficile pour atteindre le col de Vars, je suis trempé et l’orage semble s’intensifier. Dans un grand lacet, j’aperçois des bâtiments sur ma droite où je peux m’abriter, je m’y précipite. Surprise, il s’agit en fait de la gendarmerie de St Paul sur Ubaye, je suis bien accueilli. Les gars semblent étonnés par la présence d’un cycliste dans ces conditions :
« Mais vous faites quoi par ce temps ? »
« Ben, c’est le défi des fondus de l’Ubaye ! Vous ne connaissez pas ? »
Visiblement je suis pris pour un fou quand je leur explique en quoi ça consiste, et qu’il me reste encore le Col de Vars et la montée à Ste Anne la Condamine. Mon brigadier est bien sympathique, il m’explique mètre par mètre les difficultés de la montée à Ste Anne. Il m’apprend également que l’orage est encore plus violent du côté de Barcelonnette.
« Vous vous entraînez beaucoup pour faire des trucs pareils ? »
« Euh, ben oui, quand même un petit peu… »
Un petit quart d’heure plus tard, je profite d’une accalmie pour sauter sur le vélo. Cela devient difficile de trouver le bon rythme avec ces arrêts prolongés. Je négocie sans trop me faire mal les dernières rampes du col de Vars, non sans m’être pris à nouveau quelques rincées bien gratinées. Je débouche au sommet sous une pluie constante, la température a maintenant bien chuté, il doit faire 10°. Je cherche le contrôle, un gars me fait signe dans une voiture, je viens vite prendre place côté passager. Un coup de tampon et il me propose un café chaud. Je prends mon temps au chaud et à l’abri dans la voiture, tout en discutant de l’état d’esprit qu’il faut pour faire des longues distances. Au fond de moi j’appréhende la descente car je sais que je vais me cailler méchamment sans mon K-way.
C’est mon jour de chance : une voiture se gare à nos côtés et je vois Laure qui en sors :
« Qu’es-ce que tu fais la ? »
« Je me faisais du soucis vu ce qu’il tombe et vu que tu n’as pas de K-way, j’ai profité de la voiture de mon compagnon de route pour t’en monter un ! Je retourne à Jausiers, si ça se calme je fais la Bonette !! »
Incroyable, même dans mes rêves les plus fous, jamais je n’aurai pu imaginer qu’un K-way puisse apparaître comme ça à 2000m d’altitude, c’est énorme, merci Madame.
Je suis bien dans ma voiture à discuter le bout de gras avec mon copain du moment, mais il va falloir songer à repartir à la prochaine accalmie. Je déteste repartir dans le froid et l’humidité après un arrêt, je me fais un peu violence pour y retourner, prudemment.
Où en sont les autres ?
La descente est moins pénible que ce à quoi je m’attendais. Je croise Mark au niveau de St Paul sur Ubaye, solide et déterminé, je l’encourage en lui disant qu’il fait beau là haut !
La pluie a maintenant cessé, je pédale vigoureusement pour me réchauffer. La montée de Ste Anne n’a qu’à bien se tenir.
Ste Anne la Condamine : après la pluie…
En vélo il existe des moments de rêve, où l’on a l’impression que tout est facile, ce sont des instants d’euphorie, sûrement dus aux fameuses endorphines, que l’on connaît parfois sur des parcours longs et difficiles. Je me souviendrai de la montée de Ste Anne comme d’un instant euphorique. Dans une ambiance humide, l’orage aura duré plus de 2 heures, j’attaque la montée sur une route détrempée, parcourue de petites coulées de terres par endroits. Les différentes couches de nuages se déchirent peu à peu, laissant deviner des rayons de soleil timides. C’est comme un sentiment d’apaisement, la nature s’est enfin calmée. Les 6 km de montée à Ste Anne sont durs, comportant de nombreux passages à 10%, et pourtant cette montée passera bien, je serai même surpris d’atteindre le contrôle facilement. Je savoure ce grand moment de satisfaction. La dernière difficulté est vaincue, il ne reste plus qu’à rentrer à Barcelonnette.
Le plaisir c’est simple…comme 7 cols.
Le retour dans la vallée est vraiment plaisant, une petite brise pousse alors que normalement, en pleine journée, un puissant courant thermique rend le retour sur Barcelonnette pénible.
Entre la Condamine et Jausiers je croise les rescapés du DFU qui ont décidés d’attendre la fin des intempéries pour achever leur défi sur les 7 cols. Petite pause à Jausiers pour récupérer mon sac au ravitaillement, et voilà, je vais déguster les 9 derniers kilomètres en faux plats descendant jusqu’à Barcelonnette, si je pédale bien je serais arrivé avant 19h.
Le DFU restera une journée de vélo inoubliable, qui a pris une tournure inattendue avec cet orage fabuleux, mais qui a pris aussi une saveur et un sens particulier compte tenu difficultés qu’il aura fallu gérer pour parvenir au but. 4, 5 ou 7 cols, chacun aura vécu une expérience particulière faite de plaisirs et de sensations intenses.
Epilogue.
Une fois arrivé, je consulte mon portable. Laure est repartie avec son collègue du jour s’offrir une Bonette à la fraîche et valider ainsi ses 5 cols, elle sera de retour vers 21 h.
A son arrivée, une belle satisfaction se lit sur son visage, après un périple de 240 km et plus de 5000m de dénivelée, elle qui redoutait il y a encore peu de temps les longues distances.
La soirée se poursuit joyeusement avec la traditionnelle pasta-party dans la salle du marché couvert de Barcelonnette. Tout le monde y va de son récit de la journée, interrompus seulement par les arrivées des concurrents du DFU qui en terminent avec leur défi. Ils ont tous le même regard, indescriptible, comme tombé d’une autre planète. Les moins rapides auront jusqu’au dimanche matin 5h pour boucler le parcours. Nous apprendrons le lendemain que Marie-Laure, la compagne de Benoît, est allé jusqu’au bout de son défi avec très peu d’entraînement, en bouclant les 7 cols à la frontale sur les coups de 3 h du matin. Chapeau !!
Photos: Eric Ben Attar / Blablaprod
DFU_2007
commander_une_tenue_du_DFU




































































