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Un RZWO au sommet : samedi 19 mai, 2640m premier Galibier saison 2007

171319Essayer un nouveau vélo constitue toujours un moment excitant. Les premiers tours de roues permettent de ressentir cette alchimie résultant de la géométrie du cadre, de la position adoptée, des matériaux utilisés, des roues et des différents composants. Depuis mes débuts en cyclosport en 1991 avec la Marmotte, j'ai eu le loisir d'user mes cuissards sur pas mal de vélos différents, qui, au fil des kilomètres parcourus, des cols escaladés, des gamelles, des cyclosportives, se sont forgés leur propre histoire. Dix vélos en 15 ans de pratique qui ont oscillé entre carbone et alu, et un choix pour les roues qui s'est orienté du 700 vers le 650 sans aucun regret. Si mon 11e vélo devait être également en 650, je rêvais de quelque chose de radicalement différent.

Comment s'y retrouver dans l'offre surabondante que le marché nous propose, comment distinguer un bon cadre d'un autre ? Comment croire que tel cadre sera autant confortable que rigide ? Comment croire que ces cadres à moins d'un kg sur la balance ne vous pétera pas entre les jambes au bout d'une saison? Comment faire un choix alors que ma pratique s'oriente de plus en plus vers les longues distances où les principaux critères seront le confort et la fiabilité ? Comment s'y retrouver parmi les différentes études posturales du marché qui d'un concept à l'autre vous feront varier vos côtes de plusieurs centimètres ? Tellement de questions sans réponse, et quelque soit le choix que je ferais il faudra faire des compromis. Face à ces doutes et après avoir épuisé les différents catalogues, surfé sur tous les sites de constructeurs, mon choix s'est porté sur la production de François Kérautret suite aux conseils avisés d'Olivier Dulaurent. Vous ne trouverez peu ou pas de pub dans les magasines pour cet homme, les vélos qu'il conçoit ne sont jamais sélectionnés pour être élu vélo de l'année, et pourtant…

C'est avec une pointe d'émotion que j'ai pris mon téléphone pour contacter François Kérautret, on comprend tout de suite que cet homme est un passionné, qu'il n'est pas là pour vous refourguer un vélo à tout prix et qu'il va falloir être patient pour rentrer dans son univers. Le rendez-vous est pris pour une visite à Six Four les Plages dans la banlieue de Toulon pour discuter de tout ça et déjà une légère excitation se fait ressentir.
10 jours plus tard, nous nous rendons avec Laure à Six Four pour rencontrer François chez lui dans son atelier. L'endroit est sobre, une pièce est aménagée en poste de travail pour 152655concevoir les plans de ses vélos, alors que le reste de l'espace est réservé au montage. Quelques roues carbones sont exposées permettant d'admirer la qualité du travail, nous avons de la chance, un vélo est là en attente de livraison, le coup de foudre est immédiat : qualité des peintures, géométrie du vélo, finitions, prise en main du cintre, souci du détail…Nous avons passé l'après midi à échanger, l'homme est à l'écoute des attentes de ses clients, son discours est passionnant. Patiemment il nous explique tous les détails qui font que ses vélos sont uniques, petit à petit on sent qu'il élabore dans sa tête la future machine qu'il va concevoir. Viennent alors les choix des braquets, du groupe, des roues, des pédales, des couleurs. Le vélo prend forme dans notre imagination, les doutes se sont envolés, le RZWO sera le vélo de nos rêves, celui que l'on n'osait plus espérer. Après cette rencontre pour le moins excitante, le plus dur reste à faire: attendre et retrouver son vieux vélo.

Le temps passe, on se pose à nouveaux des questions : est-ce que j'ai fait le bon choix ? Puis un samedi du mois de mars, en pleine ascension du Col de Porte, je reçois un coup de fil de François qui m'annonce que la conception du vélo avance bien, il lui a fallu 8h de travail pour en faire les plans, il me parle des roues carbones et des avantages que cela pourrait m'apporter sur les grosses dénivelées vu le faible poids en rotation, il faut aussi que je me décide pour la couleur. L'excitation est montée d'un cran, il faudra encore un peu de patience.

Fin avril, je termine un tour assez corsé dans le Champsaur et je reçois un SMS avec une photo. Intrigué, j'ouvre la pièce jointe : Surprise je découvre mon vélo qui est en fin de montage dans l'atelier de François, il ne manque plus que la guidoline. Coup de fil au monsieur : "Ton vélo est prêt, tu peux passer le chercher mardi." C'est énorme, j'ai prévu de faire une sortie de 200km demain lundi et je n'arrive pas à fermer l'œil, je ne pensais pas que je pouvais encore être aussi excité à l'idée d'un nouveau vélo.

151026Mardi 1er mai, c'est la fête du travail, pas pour François qui nous reçoit à nouveau chez lui. Difficile de décrire cet instant magique, ces quelques secondes où vous apercevez pour la première fois votre nouveau vélo tant attendu. C'est un régal, les couleurs sont beaucoup plus sobres que ce que les photos laissaient paraître. Le blanc nacré, le orange et les liserés gris se colorent de petites paillettes discrètes à la lumière du jour, de plus les teintes changent suivant l'angle de la lumière. J'observe intimidé les détails du montage, c'est parfait, quel soucis du détail, c'est admirable. Toutes les gaines de transmission ont été étanchéifiées au maximum, la guidoline a été renforcée pour le confort. Je suis conquis. L'après midi se passera comme sur un petit nuage, entre petits réglages, explication, et démonstration de collage de boyau. Vient l'instant du départ, et là on sent que François laisse partir avec une petite pointe d'émotion le fruit de son travail, il veille à son bébé jusqu'au bout en vérifiant qu'il est bien protégé dans notre Berlingot. Chapeau bas monsieur, c'est un vrai travail d'artiste qui a été accompli, et l'attente ne pèse vraiment pas lourd quand on voit le résultat. En comparaison, le réseau Bouticyle-Cyfac est en train de mettre plus de temps pour réparer le bris d'une pièce sur mon cadre carbone que François Kérautret pour concevoir un vélo de A à Z.

Parlons un peu de ce vélo qui répond au nom étrange de RZWO, qu'est ce qui fait sa particularité ?155226

A l'heure où le carbone règne en maître sur le marché, François Kérautret reste fidèle à l'acier. Cela peut surprendre. Les tubes en acier Marval, un acier rare que seul François Kérautret utilise pour concevoir des cadres, sont issus de plusieurs constructeurs en dehors du circuit classique des fournisseur de tubes. Ils sont élaborés suivant un cahier des charges draconien et retravaillé pour leur donner les caractéristiques de confort, rigidité et nervosité voulue en fonction du profil de l'utilisateur. Il suffit de passer sa main sur les tubes pour sentir le travail sur la section et le diamètre impressionnant des tubes diagonal, horizontal et de la douille de direction. Le travail des soudures est de première qualité, le trait est fin et régulier et il n'a pas été poli pour un souci de fiabilité

Visuellement il est impossible de rester insensible à la géométrie du RZWO, on aime ou on n'aime pas, personnellement j'ai adhéré immédiatement à ses lignes atypiques, la rupture esthétique est radicale avec ce qu'on a l'habitude de voir..

En premier lieu notre regard se porte sur l'arrière du vélo, si tout semble normal au premier coup d'œil, on 162247aura remarqué au passage la beauté de l'usinage des pattes arrières, un examen attentif nous permet de voir que l'arrière du vélo est asymétrique. En effet la base arrière droite est décalée sur la droite de 7 mm environ par rapport à la boite de pédalier, ce principe permet de monter des roues arrières au rayonnage symétrique supprimant ainsi le fameux parapluie. Grâce à ce principe, François Kérautret parvient à monter des roues arrières symétriques dotées d'un rayonnage équilibré et extrêmement tendu. D'autre part le réalignement des lignes de chaînes permet des croisements jusque là impossible, les fanas du tout sur la plaque adoreront.

162152L'aspect le plus frappant du RZWO provient du train avant, c'est ce qui pourra choquer les esprits conservateurs et finir de convaincre les plus audacieux. On remarque immédiatement la potence d'une taille minuscule, ce choix s'explique par la présence d'une fourche à déport nul, Rake Zero en anglais d'où l'explication des initiales RZ. En effet François Kérautret est le seul fabricant de vélo au monde à proposer une fourche droite du pivot jusqu'aux pattes. Sur une fourche classique dite droite, seul les fourreaux sont droits, les pattes étant positionnées 4 ou 5 cm en avant de la projection du pivot de fourche.  Bien entendu cela modifie sensiblement la géométrie du cadre qui se caractérise par une longueur inhabituelle afin d'avancer la colonne de direction et d'obtenir un empattement suffisant pour garantir la stabilité du vélo.
Les atouts de ce principe sont multiples: conjuguer stabilité et maniabilité, conserver un excellent appui au sol de la roue avant lorsqu'elle pivote, et supprimer le phénomène de lacets. Faites l'expérience avec un vélo normal dans une bosse avec un gros braquet, le vélo aura tendance à tanguer de gauche à droite, alors que le RZWO reste droit. C'est autant d'énergie économisée.

Pour les roues, François Kérautret reste fidèle au 650 quelque soit la taille de l'utilisateur, les avantages de ce diamètre ne sont plus à démontrer en terme de qualités dynamiques. D'autre part François encouragera ces clients à goûter aux joies des boyaux, le confort et le touché sur la route étant incomparable par rapport à des pneus haut de gamme. Le slooping bien prononcé du cadre permet d'obtenir des géométries bien équilibrées et harmonieuses quelque soit la taille de l'utilisateur.

Je continue ce petit tout d'horizon avec la présentation des périphériques.155322

Le cintre Kéro3 est une pure merveille, ergonomique dans le vrai sens du terme, permettant plusieurs positions des mains en haut du cintre, une prise main en bas du guidon facilitée, et un appui au niveau des cocottes exceptionnel sans pourtant entraver l'accès aux poignées de frein pour les petites mains.

Le jeux de direction made in FKC est particulièrement soigné, équipé de joints en PTFE graphite, monté dans des coupelles en inox, entièrement étanche et doté de graisse de haute qualité. Après 1000 km d'utilisation, et déjà des sorties sous la pluie, aucun jeux n'est à déplorer, aucun réglage à effectuer. Oubliez les jeux de direction intégrée qui se dérèglent tous les six mois, uniquement créés pour faciliter la production de masse.

Le boîtier et le pédalier sont issus de la production FSA mais avec un cahier des charges scrupuleux établi par Kérautret. Encore une fois les choix peuvent surprendre, François m'a orienté sur un triple plateaux (32/40/53) étant donné mes objectifs avec des manivelles de 175 pour obtenir un pédalage plus économique sur le long terme.

Je reste fidèle au Dura Ace pour la transmission, seule touche exotique avec des étriers chorus skeleton "modifié".

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162225La tige de selle est aussi une grande trouvaille avec un système de réglage par expandeur interne qui se démonte et se règle sans outil. Avec ce système, impossible d'être victime d'une selle qui baisse intempestivement. Quand à la selle, pas d'hésitation François monte une Fizi:k Aliante Braided pour tout le monde, une selle incomparable de confort qu'il a lui même élaboré avec Fizi:k.

Après ce long descriptif, on ne souhaite qu'une chose: essayer la bête. Vous ne serez pas déçu!!

La première impression est celle d'une rigidité phénoménale du train avant: l'ensemble fourche avec pivot surdimensionné, petite potence, et cintre se révèle inflexible même sur les sollicitations les plus brutales.

La deuxième impression frappante repose sur une position parfaite, on retrouve très rapidement ses appuis, les angles de pédalage sont différents de ce que j'ai connu auparavant avec un recul bien plus important. Après un petit temps d'adaptation, on réapprend à exploiter son potentiel musculaire, et nul doute que petit à petit des progrès se feront sentir. Pour étudier la position d'un cycliste, François Kérautret commence par positionner celui-ci dans l'espace sans aucune contrainte matérielle, en respectant les angles de travail, les points d'appui à l'effort et le transfert des masses dans les différentes positions de pédalage. Ensuite, le plan du cadre est établi en fonction de ces points d'appui à l'échelle 1/1, et un système inédit de retranscription permet de construire le cadre avec un précision de 1/10e de mm par rapport au plan.

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Troisième constatation: le rendement général du cadre est étonnant, en aucun cas il ne souffre de la comparaison avec les cadres carbones ultra rigide disponibles sur le marché. Je n'ai ressenti aucune perte de rendement par rapport à mon cyfac carbone T800H malgré que le RZWO soit en acier, avis aux fanatiques de la fibre composite. Je peux même rajouter que le cadre se révèle plus confortable que tout ce que j'ai connu jusqu'à présent, résultat de la position idéale, du travail des tubes, et des roues à boyaux.

Pour finir sur l'aspect le plus incroyable, le vélo possède une tenue de route et une maniabilité extraordinaire. Il faut l'essayer pour le croire: fini les appréhensions à l'entrée d'un rond point, la peur des descentes scabreuses et des routes humides. Le vélo se révèle très ludique, se positionnant où l'on veut, adoptant n'importe quel type de trajectoire, il devient redoutable dans les enchaînements de lacets. Sans exagérer on peut se permettre des passages en courbes serrées avec 4 à 5 km/h de plus. La sensation de sécurité est totale grâce à une accroche efficace du vélo quand celui-ci prend de l'angle. Un mauvais descendeur pourra se sentir en confiance avec cet engin, alors qu'un très bon descendeur pourra faire des dégâts redoutables. Le RZWO, il vaut mieux l'avoir avec soit que contre soit!

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Pas la peine d'en dire plus, vous avez compris mon enthousiasme pour cette machine.

Bien entendu le moteur principal du vélo reste le nombre de watts que l'on pourra lui envoyer, mais la somme de grandes trouvailles qui composent cette machine permettent d'exploiter au maximum nos possibilités et connaître un plaisir sans limite. Comment décrire ces instants formidables où l'on se sent en harmonie avec son vélo, que celui-ci roule bien avec une sensation de fluidité, le tout dans un cadre naturel hors du commun et c'est l'extase totale.

François Kérautret a l'immense mérite de vouloir sortir des sentiers battus, d'expérimenter de nouvelles idées, de bousculer les idées reçues dans le milieu du cycle qui se veut particulièrement conservateur. Il possède aussi ce don qui est de susciter le rêve chez les utilisateurs. Après de nombreuses années de pratique et beaucoup de matériels utilisés, il est encore possible de ressentir des sensations nouvelles et de s'émerveiller devant un vélo en acier.

Un grand merci à François pour le bouleau accompli, sa disponibilité et pour m'avoir fait connaître une autre dimension.

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Pour en savoir plus sur le travail de françois Kérautret :

http://www.fkc-concept.com